La vie publique, elle ne connaît que ça, depuis vingt-cinq ans. Carla Bruni-Sarkozy, 41 ans, a déjà vécu plusieurs vies, en suivant son instinct. Son rôle d'épouse de chefd'Etatn'arienchangéàiaffaire. Dix-huit mois après son mariage avec Nicolas Sarkozy, elle s'impose en première dame crédible.
Invitée à participer au 35e sommet du G8 à LAquila, elle est certes venue, mais le dernier jour, ignorant avec insolence le programme officiel. Retrouvant cette Italie natale qui ne la vénère pas, où on la considère encore, dans la presse berlus-conienne surtout, comme une arriviste snobinarde, elle a joué seule une partition solidaire, tendant une main secourable à la capitale des Abruzzes, dévastée par un violent séisme il y a trois mois.
Cette fois encore, Carla rien a fait qu'à sa tête, mais la rebelle a du cœur. Au premier jour du sommet déjà, compensant une absence remarquée, elle appelait, via une tribune libre dans le quotidien anglais The Guardian, les dirigeants du G8 à poursuivre leur effort multilatéral contre le sida, la tuberculose et le paludisme en Afrique!
Sarko admiratif
Elle apprend vite, Carla. Au point que d'aucuns la décrivent aujourd'hui comme une hyper-première dame. Belle, bien sûr, mais surtout spontanée, au risque de bousculer le protocole pour faire la bise à Michelle Obama, Carla Bruni-Sarkozy a fait mieux que prendre ses marques. Rares sont ceux qui lui résistent. «Elle a une intelligence extraordinaire des hommes et des situations», souligne, admiratif, Nicolas Sarkozy. Carla en a fait un autre homme, moins agité, plus ouvert d'esprit, limite intello: un comble pour cet ancien inconditionnel des Bronzés et de Marc Lévy...
Il y a eu la Carla top-modèle et croqueuse d'hommes, puis l'artiste. Bien qu'aujourd'hui elle s'amuse et s'étonne du pouvoir que les médias lui attribuent, la nouvelle Carla est une figure puissante et courtisée. On se l'arrache, allant jusqu'à se disputer ses photos de nu quand l'une d'elles apparaît dans une vente aux enchères, comme dernièrement à Berlin.
Au cours de son existence, Carla Bruni n'a cessé de gagner en influence, satisfaisant l'ambition qui, de l'avis de ses proches, la caractérisait jeune fille déjà. De chaque mue, elle a conservé quelque chose d'utile, tel ce sens épatant de l'image et du placement qu'elle a emprunté à la mode.
La croqueuse d'hommes, bien que rangée, demeure une séductrice entre douceur, sage provocation et persuasion - des traits de caractère qui ont aussi fait son succès de chanteuse. L'échec relatif de son troisième album, Comme si de rien n'était, sorti à l'été 2008, ne l'a pas découragée. L'un de ses textes figurera sur le prochain album de Sylvie Vartan, attendu en 2010 et, surtout, Carla chantera ce samedi 18 juillet au Radio City Music Hall, à New York, àl'occasion du concert du Mandela Day, organisé au profit de la lutte contre le sida en Afrique.
Humaniste de gauche
Par amour, la belle Italienne a épousé la France de Sarkozy. A gauche, certains se sont émus de voir une si jolie sympathisante-n'a-t-elle pas confié un jour que voter à gauche était une tradition familiale? - se jeter ainsi dans la gueule du lion. Ceux-là ont conclu trop vite au mariage arrangé. Ne dit-on pas que les contraires s'attirent? Il est le feu, l'excitation, et elle, la douceur incarnée. Quand Le Point lui demande le nom de son héros contemporain, la réponse fuse: «Nicolas Sarkozy.»
Invitées à papoter plus d'une heure «entre copines» avec Carla Bruni-Sarkozy à l'Elysée, cinq lectrices du magazine Femme actuelle ont découvert une première dame proche d'elles, qui a consenti à faire l'inventaire de son sac à main, extrayant, en vrac: une trousse de maquillage, un brumisateur, une peluche porte-bonheur offerte par son fils Aurélien et son précieux carnet de chant.
Ces témoins privilégiés ont surtout pu observer un couple amoureux lorsque le président a débarqué, à l'issue de son jogging. «Et voilà, dès qu'il y a des filles...» lui a lancé Carla dans un éclat de rire. Plus tard, prenant congé de son époux, qui devait recevoir le premier ministre irakien, la première dame a ajouté: «Bon courage, chouchou!» La scène a faitle tour du web.
«Je ne me permets pas de lui donner des conseils politiques, mais plutôt des conseils humains»
Le couple présidentiel ne vit pas dans le logement de fonction de l'Elysée. Ils s'y retrouvent en revanche souvent le week-end, avec les enfants. Carla loue depuis des années un hôtel particulier dans le XVIe arrondissement de Paris, où le président la rejoint plusieurs fois par semaine. Elle suit son propre rythme.
Nouvelle Marianne
Elle a redoré le blason de la France, grâce à son style, son élégance, mais aussi son intérêt pour les arts et les lettres, qui la distingue de tante Yvonne (de Gaulle) ou de Bernadette Chirac. Carla fascine les Français, qui en ont fait leur nouvelle Marianne: pas mal pour quelqu'un qui, il y a encore un an, ne possédait que la nationalité italienne! Même l'armée de l'air française a succombé à son charme. La preuve? Le nouvel avion qui transportera le président, un Falcon 7X, a été baptisé Carla One par les pilotes!
Grâce à elle, Sarko effectue sa propre révolution culturelle. Il est passé de Stallone à David Lynch, des Bronzés à Woody Allen - ce dernier a d'ailleurs avoué lors de sa récente visite à Paris qu'il serait prêt à offrir n'importe quel rôle à Carla. Idem en chanson où, après Didier Barbelivien et Chimène Badi, le président français a flashé sur Bob Dylan et Marianne Faith-full. Elle lui a permis de devenir l'ami des artistes. Il a invité à dîner Voulzy, Bertignac, Julien Doré, Julien Clerc, Maxime Le Forestier: rien que des voix de gauche. Envolé le Sarkoquis'affichaitentre Mireille Mathieu et Steevy du Loft pendant la campagne présidentielle.
Le président a aussi découvert les plaisirs de la lecture. Il dévore Jean-Marie Le Clézio, redécouvre Maupassant, se régale avec Houel-lebecq, reçu en tête-à-tête. Doué d'une mémoire extraordinaire, hypermnésique selon le terme consacré, Nicolas Sarkozy a soif d'engloutir tout ce que son épouse lui suggère. Il se rend aux expositions, fréquente les critiques d'art. «On ne gagne pas avec les intellectuels, mais on ne gagne pas si on les a contre soi», confiait-il lors d'un conseil des ministres ce printemps. Carla se charge de son éducation, et pas seulement sentimentale.
Sa priorité à elle, c'est lui! Carla se dit blessée quand son époux est injustement critiqué dans la presse. Elle est sa complice, sa confidente, sa muse. «Je ne me permets pas de lui donner des conseils politiques, mais plutôt des conseils humains sur ce que je ressens», avoue-t-elle. Dans Le Point, il lui renvoie l'ascenseur: «Sa place est immense et j'attache grand prix à ce qu'elle dit.» Elle jure toutefois ne jamais chercher à lui imposer son point de vue.
Niant toute autorité, Carla Bruni-Sarkozy rien désire pas moins donner un sens personnel à cette fonction de première dame, qui l'autorise à agir en son nom propre. Nommée ambassadrice du Fonds mondial contre le sida, elle souhaite s'engager plus encore à la tête de sa fondation, afin de développer la culture dans les milieux défavorisés, de lutter contre l'illettrisme ou encore de soutenir des projets artistiques.
A l'Elysée, Carla dispose d'un modeste bureau, d'où elle milite à sa façon. Elle la démontré en relayant personnellementïappelde son amie Jane Birkin en faveur de la libération de la dissidente birmane et Prix Nobel de la paix Aung Sang Suu Kyi. Un geste salué par de nombreux socialistes, Jack Lang en tête.
La gauche Carla
Sarko jubile. Il est le grand bénéficiaire du réseau que son épouse a tissé dans l'opposition. Mitterrand avait sa gauche caviar, Sarko a désormais sa gauche Carla, au grand désespoir du PS qui, en panne d'idées, doit maintenant composer avec les défections de figures confirmées, comme Michel Rocard, ou supposées comme Frédéric Mitterrand, promu ministre de la Culture.
Carla Bruni a-t-elle pour autant su réveiller «le Che qui sommeille en Nicolas Sarkozy», pour reprendre le titre d'un papier du Sunday Times? En tout cas, l'omniprésident a bien changé. Au poignet, il ne porte plus sa rutilante Rolex, mais une Patek Philippe, infiniment plus sobre. Encore un cadeau de Carla.