La première fois qu’elle apparaissait, au hasard d’une paresseuse soirée télé, sur l’écran d’un téléspectateur peu friand de téléréalité, cette caricature de gouvernante semblait destinée à être rapidement zappée. Mais s’il restait malgré tout quelques minutes sur M6 face à cette immersion surréaliste au cœur de la famille catastrophe coachée ce soir-là par Super Nanny, ce même téléspectateur méfiant vérifiait l’impensable: cette femme était impeccable, ses conseils précieux, son empathie totale.
Pas de grandes théories
Le tailleur strict, les lunettes rectangulaires et le chignon imposés par le rôle étaient secondaires: au milieu de ces parents pathétiques et de ces mioches diaboliques, Cathy sublimait souverainement son accoutrement. Elle incarnait avec un naturel absolu les valeurs qui devraient présider au fonctionnement de toute famille. Et c’est sans aucune démagogie qu’elle rappelait à la maisonnée à l’envers comment tout remettre à l’endroit. Pas de grandes théories, pas de grands discours. Quelques mots, quelques gestes, quelques exemples ou encore un tableau punaisé au mur suffisaient pour que Monsieur Dupont comprenne ce que signifie le rôle de père ou pour que Madame Michut pige enfin qu’aimer ses enfants n’implique pas de céder à tous leurs caprices. Et c’est ainsi que, au fil des jours d’intervention de la lumineuse visiteuse, des gosses dont l’ignoble comportement aurait presque justifié le crime d’infanticide redevenaient des trésors et que des parents pitoyables inspiraient à nouveau l’admiration. Le montage favorisait sans doute un peu ces happy ends, mais le sérieux général de la démonstration n’avait rien de chiqué.
Au terme de l’émission, on se demandait d’où pouvait venir cette femme exceptionnellement authentique et professionnelle dans un domaine, celui de la téléréalité, où la tromperie sur la marchandise est la règle. Il a hélas fallu qu’un cancer des poumons, succédant à deux cancers du sein, ait raison de sa courageuse et discrète résistance pour que son vrai prénom, sa vraie histoire, ses vraies origines qu’elle avait dévoilés dans son autobiographie soient largement rendus publics. Cette femme de 47 ans s’était construite toute seule à partir d’une enfance pauvre à Tunis, d’un mariage arrangé et de trois maternités précoces. Elle qui était arrivée à Paris à 16 ans en baragouinant un improbable français avait acquis une maîtrise parfaite de la langue de Molière en regardant les téléjournaux. Sa formation d’éducatrice lui avait valu d’exercer dans des familles riches. Et, dès 2004, elle est choisie pour incarner le personnage qui la rendra immortelle. Mais, en fait, cette femme avait surtout construit sa propre liberté. Elle avouait notamment sortir en boîte avec ses filles jusqu’à 6 heures du matin, sa belle silhouette moulée dans un jean serré.
Elle s’appelait Kalthoum
Et dire qu’en France le dernier débat en date et qui fâche tourne autour de l’identité nationale. Qu’est-ce qu’être Français? est-on prié officiellement de se demander. On aurait bien aimé entendre la réponse à cette question de Kalthoum Sarraï avant qu’elle ne rejoigne sa dernière demeure, sur les rives sud de la Méditerranée. L’immigrée tunisienne qui éduquait la France et qu’on avait rebaptisée Cathy justement pour faire plus français avait sans doute une idée très précise de l’identité de tout être humain.
Les cinq commandements de Super Nanny
Petite synthèse de «Tous les bons conseils de Cathy» (Ed. Hachette), la bible pédagogique de Super Nanny.
1 Dans une famille, ce sont les adultes qui décident
C’est LA règle de base sans laquelle rien n’est possible. Pour Super Nanny, la mode des enfants rois est toxique pour toute la famille. Les adultes doivent donc assumer et exercer leur autorité parentale. Mais pas n’importe comment, évidemment. Les commandements qui suivent permettent de mettre des cadres efficaces à cette reprise du pouvoir.
2 Tout le monde doit se respecter
Une fois les détenteurs de l’autorité clairement désignés, la deuxième condition pour une vie familiale plus harmonieuse, c’est le respect. Le respect des parents envers leurs enfants, le respect des enfants envers leurs parents, mais aussi le respect des parents et des enfants entre eux. Les insultes sont donc totalement intolérables dans le cadre familial et doivent être rapidement et fermement interdites. Les demandes incessantes des enfants auprès de leurs parents témoignent également d’un manque de respect de leur part. Mais les parents doivent aussi savoir se mettre à la place de leurs gosses afin de mieux les comprendre. Ils doivent notamment prendre la peine d’expliquer aux enfants, avec des mots adaptés à leur âge, les raisons d’un ordre, les causes d’une punition. Et les parents doivent être solidaires afin de montrer une image cohérente de leur autorité.
3 Rétablir un rythme familial grâce à des horaires
Dans une famille en perdition, la gabegie est souvent favorisée par un manque d’organisation. Cathy insiste donc sur l’importance des horaires et de leur respect. Il y a des heures pour manger, des heures pour faire ses devoirs, des heures pour se laver, des heures pour s’endormir. Cette discipline collective permet à la famille de mieux fonctionner en créant notamment des rituels apaisants, de partager des instants de complicité. Elle redonne de la valeur à chacun des moments clés du quotidien.
4 Télévision, console de jeu et ordinateur sous contrôle
Dire qu’il a fallu une émission de TF1 pour rappeler à des millions de parents que la télévision et les jeux vidéo en tous genres ne devaient pas phagocyter le quotidien et l’imaginaire des enfants. Dans son livre, Cathy édicte sept règles sur ce thème. En voici trois, très simples: pas de télévision ni d’ordinateur dans les chambres des enfants; définir des heures télé; organiser d’autres activités pour démontrer qu’on peut s’amuser sans avoir forcément besoin de loucher sur un écran.
5 On ne badine pas avec l’école
L’école influence très fortement le comportement d’un enfant. Mais les parents s’y prennent souvent mal avec leur enfant en difficulté scolaire et ne font qu’accentuer le problème. Pour Cathy, il faut suivre de près le parcours scolaire de son enfant, mais sans en parler tout le temps et sans multiplier les reproches. Il faut en revanche exprimer très clairement l’obligation de faire ses devoirs et contrôler si ce travail est fait. Il est important également de ne pas dénigrer l’école et de féliciter son enfant quand il est en progrès.