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L'interview de Thomas Lüthi
«La vie de pilote est faite d’extrêmes»
Sacré sportif suisse de l’année 2005, Tom Lüthi vit une saison de cauchemar. Eliminé après quinze secondes de course dimanche à Brno, le motard bernois aligne les contre-performances. Pourtant, il devrait passer dans la catégorie reine la saison prochaine. Entre gloire et désillusions, regard sur une vie de champion.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 18.08.2009
Six novembre 2005, Valence. Sur le podium, Tom Lüthi, ému, lève les bras. A 19 ans, il vient d’être sacré champion du monde de moto, catégorie 125 cm3. Quatre ans plus tard, sur un ponton au bord du lac de Thoune, à un coup de gaz de Gunten où il vit, le Bernois a les mains dans les poches. Derrière lui, le lac est calme, aussi étale que la courbe de ses exploits. Depuis son passage en 250 cm3, Tom Lüthi n’a réussi que deux podiums en trois ans. Cette saison, il a déjà chuté sept fois, la dernière à Brno dimanche dernier, fauché par un concurrent dans le premier virage. Seulement dixième au classement mondial, le pilote roulera pourtant, selon toute vraisemblance en MotoGP l’an prochain. Un jour héros, l’autre zéro, Tom Lüthi confie sa vie de pilote.

Un pilote vit avec la gloire, les honneurs, mais aussi avec les critiques les plus vives. Une vie d’extrêmes?

Oui, je crois. Le monde de la course motocycliste est déjà extrême en soi. On travaille des années durant pour cinq minutes d’intenses émotions sur le podium. Chacun veut la victoire, chacun est totalement motivé. Pour ces cinq petites minutes, chaque pilote est prêt à tout donner. Alors oui, la vie de pilote est certainement une vie d’extrêmes.

N’est-ce pas encore plus difficile de se retrouver derrière lorsqu’on a été une fois champion du monde?

Evidemment, c’est toujours plus agréable de se retrouver devant. L’année qui a suivi mon titre en 125 n’a pas été facile, puis il y a eu le passage en 250 cm3 avec une première année plutôt bonne. Cette saison est plus compliquée, c’est vrai. Quand on est derrière, on doit encore plus travailler.

Une situation dure à supporter?

Dure, non. Mais c’est plus de travail que quand tout fonctionne parfaitement. On réfléchit plus, on cherche le pourquoi du comment, c’est normal. Les hauts et les bas font partie de la vie, sauf qu’en sport ils sont encore davantage exacerbés. Mais on apprend beaucoup dans la difficulté et on se renforce.

Le regard des gens a-t-il changé?

Non, je sens toujours le même enthousiasme, les gens sont derrière moi et me soutiennent. C’est beau de voir que les gens croient en moi. Beaucoup m’encouragent en me disant qu’ils sont persuadés que cela va de nouveau bien se passer.

Et vous, avec quel regard vous considérez-vous?

Je suis très motivé, je veux vraiment retrouver les premiers rôles et, pour l’instant, me concentrer à fond sur la catégorie 250 cm3 qui disparaîtra l’an prochain.

Vous ne vous dites pas: «Je suis plus mauvais qu’avant»?

Non! Je suis plus fort qu’avant. Je n’ai jamais fait une préparation physique aussi poussée que l’hiver dernier et l’équipe est tout à fait à la hauteur, il n’y a là aucun motif de se plaindre. Ce qu’il faut, c’est continuer à travailler dur.

Vous êtes tombé sept fois cette saison, qu’est-ce qui se passe?

C’est vrai qu’il y a eu quelques chutes, certaines sans gravité, d’autres plus embêtantes, avec des blessures. On cherche toujours à aller à la limite, rouler aussi vite que possible. Sur la piste, on est comme sur un fil, dès lors, il suffit de pas grandchose pour passer de l’autre côté et tomber. Au Sachsenring, en Allemagne, je me suis blessé à une épaule, mais là je n’ai plus de douleurs. Ça ne change rien au problème: je vais continuer à conduire à la limite, tomber fait partie de la course. Les gens disent: «Qu’est-ce qui se passe? Lüthi est déjà tombé sept fois», mais je vois les choses différemment. Quand on roule à la limite, il arrive que la roue avant glisse. Ça va très vite, on n’y fait même pas attention. Je ne savais pas que j’étais tombé sept fois cette saison. Il y a des coureurs qui chutent deux ou trois fois par week-end et ce n’est pas un problème.

Combien de cicatrices avez-vous récoltées en sept ans sur le circuit?

Oh! je n’ai pas fait le compte, mais déjà quelques-unes, aux clavicules, à la main.

Vous roulerez selon tout vraisemblance la saison prochaine dans la catégorie reine. N’est-ce pas surprenant, car on monte en MotoGP généralement après d’excellents résultats. Or, vous n’avez réalisé que deux podiums en trois ans…

Oui, c’est juste. D’ailleurs cela a toujours été important pour moi d’avoir du succès dans les classes inférieures avant de faire le prochain pas. La situation est un peu différente, il n’y aura plus de 250 l’an prochain, mais une catégorie Moto2 avec des 600 quatre temps. En MotoGP, ce sont des 800; du coup, la question de passer directement dans la catégorie supérieure se posait. Avec en toile de fond le fait que la MotoGP a toujours été un rêve. Tôt ou tard, je voulais y accéder. Vu les changements, pourquoi, si cela est possible, ne pas faire le saut directement cette année? Les discussions sont maintenant bien avancées.

Vous n’êtes pas vraiment compétitif en 250, peut-on dès lors l’être en MotoGP?

Oui, je crois. Il faut utiliser l’expérience acquise et apprendre rapidement les nouveautés. Il ne faut pas vouloir se comparer à Rossi, Pedrosa ou Lorenzo, qui ont tout de suite eu du succès en MotoGP, ce sont des exceptions. Il faut apprendre d’eux bien sûr, mais se fixer des objectifs plus réalistes.

En MotoGP, la vitesse est encore plus grande, les risques aussi. Y pensez-vous?

Quand vous montez sur une moto sur un circuit, vous ne pensez pas aux risques, vous faites votre boulot en essayant de la conduire le plus vite possible. Je ne crois pas que le risque soit plus grand qu’en 250. Et, pour l’heure, je suis d’abord concentré sur la fin de saison.

Quand on est pilote, on joue avec sa vie?

Non. Il y a plein de choses bien plus dangereuses, ne serait-ce que de se retrouver dans le trafic. Il ne faut pas oublier que, sur un circuit, il n’y a pas de voitures, pas d’obstacles, des mesures de protection.

Mais quand vous voyez l’accident du skieur Daniel Albrecht, ça ne vous fait pas réfléchir aux risques que vous-même prenez?

Oui, bien sûr. Le sport comporte des risques. J’ai vu la chute de Dani et c’était vraiment terrifiant. On est conscient des risques, mais on ne pilote pas avec ce genre de pensées.

Vous êtes de nouveau en couple avec votre amie, Fabienne Kropf. Un signe positif pour l’avenir?

Oui, je crois. Dans tous les cas, ce n’est pas un mauvais signe.

Que faites-vous en dehors de la moto?

Le sport en général est très important pour moi. Je fais volontiers des sports aquatiques, du kitesurf, du motocross aussi. Il y a toujours pas mal d’action dans mon quotidien.

Vous habitez à Gunten, au bord du lac de Thoune, pas loin de Linden, où vous êtes né. Est-ce important pour vous de rester dans cette région?

Non, pas fondamentalement. C’est une très belle région, mais je suis tout à fait ouvert, je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. Ce n’est d’ailleurs pas l’endroit le plus intelligent où vivre pour quelqu’un qui voyage beaucoup, mais pour le moment, ça va.

Vous évoluez dans un univers international, visitez les plus grandes villes, mais venez d’un petit village dans l’Emmenthal: avantage ou inconvénient?

Je le vois comme un avantage. Le championnat de moto c’est, vu de l’extérieur, le grand et vaste monde, le bruit et la fureur. Revenir à la maison et vivre le contraire, soit le calme, la tranquillité, permet d’évacuer la tension. Je crois que c’est très positif; en tout cas, cela me convient.




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Tags: Thomas Lüthi, moto, MotoGP, 250 cm3, course motocycliste, lac de Thoune Aller en haut de page Haut de page

 

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