De tous les cantons suisses, Vaud possède de loin le plus riche patrimoine archéologique. Une exposition et un livre passionnants rendent compte des découvertes les plus récentes.
Par
Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 16.12.2009
Le directeur du Musée romain de Vidy-Lausanne, Laurent Flutsch, rappelle le credo des archéologues d’aujourd’hui: «Le meilleur moyen de préserver les objets archéologiques, c’est de les laisser là où ils sont, dans la terre qui les a protégés jusqu’à aujourd’hui. Chaque fois que l’on fouille un site, on le détruit. La chasse aux beaux objets, c’était l’archéologie du XIXe siècle. Dans cinquante ou cent ans, les archéologues dotés de moyens plus modernes nous maudiront d’avoir endommagé des sites avec nos techniques d’aujourd’hui. Pour nous, un grain de pollen ou une trace dans la terre sont souvent plus importants qu’une jolie sculpture de plus…»
Depuis une quarantaine d’années, les spécialistes vaudois pratiquent
avec bonheur une archéologie dite préventive. Selon la loi, chaque fois
qu’une construction, une autoroute ou une nouvelle voie ferroviaire est
prévue sur l’un des 3300 sites recensés dans le canton de Vaud, les
archéologues sont consultés (avec possibilité d’intervenir) avant le
premier coup de pioche. Ce qui n’empêche pas quelques ratés: à Lutry,
personne n’avait soupçonné la présence de menhirs à moins d’un mètre
sous le parking prévu au centre du Bourg. A l’inverse, en pleine
construction de Rail 2000, quelque 200 fouilleurs ont pu passer au
crible le tracé entre Yverdon et Neuchâtel. C’est là, à Onnens, qu’ils
ont mis au jour les restes du plus vieux des Vaudois… Un enfant de 3
ans mort il y a plus de 6500 ans.
Le livre Archéologie en terre vaudoise est un passionnant catalogue
de l’exposition Déçus en bien visible à Vidy. Un travail scientifique
sérieux mis en perspective avec un humour («Un caveau peu catholique»,
p. 204) et un respect («Des parents inconsolables» p. 154) qui
stimulent à la fois l’imagination et la curiosité.