L’art des relations publiques
Grâce à l’internet, Obama contrôle son image.
Roosevelt disposait de la radio pour inaugurer les causeries au coin du feu. Obama, lui, ne se prive pas de l’internet. Le site de partage flickr.com, par exemple, est régulièrement alimenté de photos officielles. La vie à la Maison Blanche comme si vous y étiez. «Ce lieu appartient aux Américains», avait déclaré le 44e président américain.
L’ouverture de ce bunker relève avant tout d’une opération de relations publiques parfaitement huilée. Une maquilleuse est à disposition, qui contribue à immortaliser quelques scènes de la vie de cette famille presque comme les autres: Barack avec son ballon de football américain qui lui sert de grigri ou jouant au basket; Michelle qui jardine; balançoire, batifolage et bisous tendres avec leurs filles Malia et Sasha; course poursuite avec le chien Bo. Pareille efficacité impressionne le conseiller administratif genevois Pierre Maudet, familier de l’internet. «Cela dit, les réseaux sociaux sont certes importants, mais ils ne doivent pas devenir la seule vitrine d’un politique. Cette proximité virtuelle se révèle souvent factice, car très anonyme quant au destinataire.» Chaque matin, pour garder un pied dans le monde réel, Obama lit dix lettres d’Américains, choisies parmi les milliers reçues.
Pour séduire l’opinion publique, il est sur tous les fronts. Une fois par semaine, un déplacement est prévu hors de la capitale pour des meetings publics. Les samedis, une allocution est diffusée à la radio et sur YouTube. Depuis le 26 mars, nouvel exercice: répondre en direct aux questions posées via l’internet. Pedro Simko, à la tête de l’agence Saatchi Suisse: «La limite de cette communication sera donnée par les raisons d’Etat. En tant que chef d’un Etat aussi puissant, vous ne pouvez pas tout le temps dire ce que vous pensez. Il sait parfaitement jusqu’où aller.» A croire qu’il est toujours en campagne électorale.
Barack Obama, côté jardin
Dans une interview accordée à l’hebdomadaire «Newsweek», le président dévoile quelques aspects de sa vie privée.
Ses feux filles, Malia et Sasha«Vous savez, grâce en partie au tempérament et à l’incroyable talent éducatif de Michelle, j’ai juste deux enfants heureuses et normales. Elles ne se rendent pas compte de toute l’agitation autour d’elles. Je m’inquiéterai plus lorsqu’elles deviendront des adolescentes qui seront embarrassées par des parents constamment à la télé et par des gardes du corps dans leurs sorties.»
Son emploi du temps «Je suis un noctambule. Mon quotidien est le suivant: tôt le matin, je m’entraîne en salle de sport; je suis au bureau vers 9 heures et travaille jusqu’à environ 18 h 30; je dîne avec la famille, passe un peu de temps avec mes filles et les couche vers 20 h 30. Ensuite, j’enchaîne sur de la paperasserie jusqu’à 23 h 30 à peu près, puis j’ai généralement une demi-heure pour lire avant d’aller au lit… à minuit et demi, parfois un peu plus tard. (…) A la télé, je ne regarde que le sport ces temps-ci.»
Son livre de chevet«Je suis en train de lire Netherland, de Joseph O’Neill. C’est sur un type qui se lance dans le cricket à New York. Fascinant. C’est un livre merveilleux, bien que je n’y connaisse rien à ce sport.»
Le dernier film qu’il a vu «J’ai vu dernièrement Star Trek, que j’ai trouvé bon. Tout le monde disait que j’étais Spock, donc j’ai pensé que je devrais le vérifier (le président fait le salut vulcanien). J’avais l’habitude de regarder cette série qui était en avance sur son temps. Les effets spéciaux n’étaient pas vraiment bons, mais les storylines étaient toujours évocatrices, les commentaires et la philosophie pop assimilables pour un gamin de 10 ans.»
Le dur passage de l’idole à l’homme d’Etat
Tout le monde l’adore! Rarement il y eut président américain aussi populaire. Mais pour Obama, c’est la fin de l’euphorie. Afghanistan, Proche-Orient, Etats-Unis: on l’attend désormais sur des résultats.
Texte: Frédéric Vassaux
Son entrée à la Maison Blanche a résonné comme un long cri d’espoir. Les Etats-Unis et presque l’ensemble de la planète se sont réjouis et ont salué l’accession de Barack Obama à la présidence. L’Europe, qui vient de le recevoir entre Londres, Strasbourg, Prague et Kehl, en Allemagne, l’a accueilli comme une rock star. Fin avril, au terme des traditionnels cent jours à la tête du pays, sa popularité restait sans faille, avec presque 70% d’opinions favorables, soit le meilleur score d’un président américain depuis vingt ans. Mais aujourd’hui Barack Obama se trouve à la croisée des chemins. Proche-Orient, Afghanistan, Guantánamo, de la manière dont il réussira à faire avancer ces dossiers dépendra la façon dont l’histoire le jugera.
«Il faut se rendre compte que la décision de Barack Obama de se préoccuper de la question israélo-palestinienne au début de son mandat est tout à fait extraordinaire, estime Mohammad-Reza Djalili, professeur d’histoire et politique internationales à l’Institut des Hautes Etudes internationales (HEI) de Genève. D’habitude, les présidents américains ne s’y intéressent qu’en fin de second mandat!»
Un geste d’autant plus fort que, l’économie intérieure américaine en pleine crise, on aurait pu s’attendre à ce que le président s’y consacre quasi exclusivement. «Absolument. Cela m’a beaucoup surpris, glisse Daniel Warner, directeur du Centre pour la gouvernance internationale, à Genève. C’est courageux de sa part et cela démontre qu’il estime que la clé du terrorisme se trouve au Moyen-Orient.» Reste que la rencontre entre le premier ministre israélien et le président américain à Washington n’a pas démontré de réelles avancées, chacun campant sur ses positions. «Barack Obama ne peut pas faire de miracles», juge le professeur Djalili.
1 Les rapports de force au Moyen-Orient
Directeur de l’Observatoire des pays arabes à Paris, Antoine Basbous estime pourtant que, face à Obama, Nétanyahou n’a que peu de latitude. «Israël ne peut pas vraiment résister. L’Etat hébreu est trop dépendant des Etats-Unis, que cela soit pour son armement, pour la gestion de son espace aérien. Israël a même dû admettre la présence d’une base américaine responsable d’un radar ultrasophistiqué dans le désert du Néguev. Si l’Etat hébreu peut peser sur l’administration américaine via les lobbys et ses soutiens au Congrès, le rapport de force ne lui est pas favorable. D’ailleurs, historiquement, jamais Israël n’a résisté à un président américain véritablement déterminé.»
Beaucoup attendent la visite de Barack Obama au Caire, le 4 juin prochain, pour mieux appréhender l’axe de la politique étrangère américaine. Le président doit en effet y délivrer un discours au monde musulman. Selon certains, il s’agirait même «d’un grand coup pour réveiller le Proche-Orient». «Cela prolongera le discours qu’il a déjà tenu en Turquie, estime plutôt Antoine Basbous. La volonté de Barack Obama est de réhabiliter l’image de l’Amérique au Moyen-Orient et de favoriser une réconciliation avec le monde islamique.» «Il veut essayer de juguler ce sentiment d’antiaméricanisme qui, en dix ans, a fortement progressé», poursuit Mohammad-Reza Djalili.
Une politique qu’il conduit partout, au Venezuela où il vient de rencontrer Hugo Chávez, en Russie où il doit s’entretenir avec Medvedev en juillet, même en Iran puisqu’Obama a transmis ses vœux au gouvernement de Téhéran à l’occasion du nouvel an perse, à la fin de mars. «Nous sommes dans un processus de construction de confiance, observe le politologue américain Daniel Warner. A travers ses visites et dans ses déclarations, Obama veut incarner la rupture d’avec l’administration précédente. Il prône l’ouverture et dit en substance: «Voyons si l’on peut appuyer sur le bouton restart et travailler ensemble.» Un dialogue qui s’annonce plus difficile avec la Corée du Nord de Kim Jong-il qui vient d’effectuer un nouvel essai nucléaire.
2 La reculade sur les tribunaux d’exception
Rompre avec le passé est paradoxalement peut-être plus facile à l’étranger que sur son propre sol. Après avoir d’abord promis qu’il ne s’opposerait pas à la publication de nouveaux clichés mettant en scène les brutalités infligées aux prisonniers issus de la lutte contre le terrorisme, il a fait volte-face. Même chose pour les tribunaux d’exception, qu’il a d’abord voulu supprimer mais qu’il a fini par conserver, assurant qu’ils seraient «améliorés».
Sa reculade a fâché une bonne partie des démocrates, même s’il a confirmé sa farouche volonté de fermer la prison de Guantánamo. Barack Obama estime que «la publication de ces photos n’aurait fait que raviver les sentiments antiaméricains». Incompatible donc avec sa politique de séduction. «A côté de l’homme de principe prédomine l’homme d’Etat, commente Mohammad-Reza Djalili. Il ne veut pas d’une chasse aux sorcières contre les membres de l’ancienne administration, susceptible de déstabiliser le système interne aux Etats-Unis. Quelque part, il fait de la réalpolitique et essaie de limiter les dégâts.»
Etonnamment, il paraît plus attaqué sur ce point que sur ses solutions face à la crise économique. «Il faut dire que le Dow Jones est remonté largement au-dessus de la barre des 8000 points, alors les gens sont moins inquiets, considère Daniel Warner. On a l’impression qu’on a vu le pire de la crise. Mais il est vrai qu’aux Etats-Unis les gens sont extrêmement sensibles quand il s’agit des droits civiques et politiques, moins lorsqu’il s’agit des droits sociaux. C’est une question culturelle.»
3 Le risque de fuite en avant en Afghanistan
Reste l’épineux dossier de l’Afghanistan et du Pakistan. En autorisant l’envoi de 17 000 soldats supplémentaires, Barack Obama poursuit la politique de George Bush. Certains y voient déjà une fuite en avant et prédisent que cette guerre sera le Vietnam d’Obama. «Cette question, les gens se la posent, surtout ceux qui, comme moi, ont connu la période de la guerre du Vietnam, poursuit Daniel Warner. Obama a hérité de cette situation. En fera-t-il sa guerre, comme l’a fait Lyndon Johnson? Je ne sais pas, mais je suis inquiet.»
«C’est très risqué, estime lui aussi Antoine Basbous. Il n’y a pas de solution magique. Le problème est que le gouvernement afghan est très faible et corrompu, et qu’au Pakistan le pouvoir se délite. Se retirer serait remettre le pays dans les bras de Ben Laden et du mollah Omar. La suite dépendra peut-être moins de l’envoi de soldats supplémentaires que de la capacité des ONG américaines et des programmes d’aide à redorer sur place le blason de l’Amérique.»
En multipliant les contacts en Europe, au Moyen-Orient, en tentant de renforcer la situation américaine en Afghanistan, Barack Obama est en quelque sorte parti à la pêche. Reste à savoir ce qu’il ramènera dans ses filets.
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Barack Obama, ici aux Archives nationales, à Washington, doit désormais assumer ses choix, au risque de faire baisser son immense popularité.
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Le dur passage
de l’idole
à l’homme d’Etat
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Tout le monde l’adore! Rarement il y eut président américain aussi populaire. Mais pour Obama, c’est la fin de l’euphorie. Afghanistan, Proche-Orient, Etats-Unis: on l’attend désormais sur des résultats.
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