«Avatar» n’est pas «Titanic»! Le nouveau James Cameron tient bon les flots et le choc avec le monument annoncé. Chef d’œuvre trois dimensions.
Par
Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 18.12.2009
Douze ans après Titanic – onze oscars et le film le plus vu de l’histoire –, doté d’un budget pharaonique, ayant nécessité quatre ans de réalisation, Avatar arrive à quai comme un très luxueux transatlantique, plein d’histoires, d’attentes, d’amours… Une arche cinématographique bourrée de technologie numérique dans laquelle le réalisateur embarque le spectateur pour un fabuleux voyage de cent soixante minutes à des milliers d’années-lumière de tout ce qu’il a vu jusqu’à aujourd’hui.
Pandora, la planète imaginée par James Cameron, a la beauté des forêts premières. Bornée de montagnes flottantes complètement planantes, elle est couverte d’une immense sylve tapissée de mousses fluorescentes, sur laquelle poussent des plantes chargées de fruits juteux comme en Eden.
Planète nourricière, planète mère. Chacun y a sa place, même le rhinocéros à tête de marteau particulièrement destructeur, même les terrifiants loups-vipères carrossés comme des scorpions. Au sommet de ce bestiaire, les Na’vi, créatures bleues à queue de singe, culminant à trois mètres et qui, guidés par des nuées de méduses aériennes, capables d’enfourcher des chevaux à six pattes, vivent, dans une harmonie parfaitement new age, à l’abri d’un grand saule millénaire.
Venus de la Terre écologiquement dévastée, des industriels qui n’ont
visiblement pas appris grand-chose en deux siècles débarquent, prêts au
pire – déforestation, expropriation, massacre –, pour exploiter un
précieux minerai particulièrement abondant sous l’arbre-maison des
Na’vi. Entre ces deux visions de la vie, quelques avatars malgré tout:
Sigourney Weaver en biologiste humaniste (on devrait dire humanoïste?)
et Sam Worthington dans le rôle d’un GI paraplégique sur le chemin de
la rédemption (ah, l’amour!), alors qu’il a précisément été chargé
d’infiltrer le peuple pacifique pour mieux l’écraser…
Si la 3D fait toujours un peu mal au nez, l’immersion dans ce Nouveau Monde est totale et laisse des souvenirs autrement durables! Pour le reste, le scénario emprunte aux meilleurs westerns ses intrigues et ses ressorts dramaturgiques les plus efficaces. Et si Cameron aurait parfaitement pu situer son action parmi les Penan du Sarawak ou les Indiens d’Amazonie, sa grande fable écologique à 230 millions de dollars n’attirerait pas les millions de spectateurs qu’elle ne décevra pas.