Pourquoi si tard?
Pierre Josse le reconnaît spontanément: «Il est légitime de nous reprocher de n’avoir publié notre premier guide du tourisme durable qu’en 2008. Mais en fait nous avons toujours distillé de la durabilité dans beaucoup de nos guides. Nous soumettons depuis très longtemps à nos lecteurs des réflexions et des suggestions de remplacement au tourisme de masse. Dans les années 80, par exemple, je visitais la Casamance, au Sénégal. Et j’avais été enchanté par les démarches de certains villages consistant à mettre deux ou trois cases traditionnelles, rustiques mais propres, à la disposition des touristes, qui pouvaient ainsi partager avec authenticité la vie de la communauté. Nous avons toujours été sensibles au fait que les revenus du tourisme venus du nord restent en partie au sud. Et dès que ce type d’offres existaient et étaient de bonne qualité, nous les signalions. Ce guide, c’est au fond le concentré d’une mentalité qui nous a toujours habité. Le Routard a toujours été durable, du moins sur le plan social.»
Durable, équitable, social, solidaire, écotourisme, écovolontariat... quelle pagaille!
Un des grands mérites du Routard durable consiste à mettre des définitions bien documentées sur la jungle d’appellations qui qualifient le tourisme vert en plein essor actuellement. Car il y a de quoi perdre son sac à doc face à cette prolifération de néologismes. Ils ne sont pas pour autant dénués de sens, car tout dépend du domaine concerné: le souci principal du voyageur consiste-t-il à préserver l’environnement du pays visité ou à favoriser un commerce équitable? Veut-il se sentir utile durant ses vacances et mettre ses muscles ou son savoir-faire au service d’un projet humanitaire ou écologique? Quelles que soient ses motivations et ses priorités, ce guide devrait lui faciliter la tâche, soulager son écoconscience et surtout lui permettre de faire un voyage riche de rencontres, de découvertes vertes et d’images authentiques.
Un deuxième service plus costaud
La deuxième édition de ce Routard vert a fait de grands progrès par rapport au premier service. «Le premier numéro a très bien marché malgré ses imperfections et ses vides. Mais ce guide va se bonifier et s’étoffer avec les années», nous garantit le patron. Certes, cette édition 2009-2010 est encore relativement mince (174 pages) par rapport à ses frères conventionnels, mais sa première partie constitue désormais une véritable mine d’informations et de définitions. Sa deuxième partie, la plus attendue, celle des adresses, se limite encore à la France et à l’Europe. On sent néanmoins qu’elles ont été sélectionnées avec sérieux. D’ailleurs, tout l’opuscule se caractérise par un ton austère, très contrasté avec celui, bon enfant, voire franchement déconneur, des Routards classiques. Le voyage écologique serait-il réservé à un public un peu, comment dire, constipé?
L’insoluble dilemme de l’avion
Pour assouvir ses «fantasmes asiatiques ou sud-américains», pour reprendre l’expression de Pierre Josse, l’avion reste incontournable. Or, le transport aérien, responsable de 4% des émissions de gaz à effet de serre, reste le transport largement plus polluant sur le plan climatique par passager. «Je ne vois pas de solutions de remplacement pour les destinations lointaines. Aller en Asie en transsibérien? Ce serait le plus souvent un privilège de riches oisifs, fait remarquer Pierre Josse. Limiter les gens à un seul vol par année? Pas question! En revanche, je déplore l’essor du vol éclair pour aller voir un match de foot en Angleterre ou aller danser une nuit à Barcelone. Et sinon, pour l’Europe proche, pourquoi ne pas redécouvrir la magie du train?» Si le rédacteur en chef est favorable au fait qu’on taxe enfin le kérosène, il rejette le système, pourtant pratiqué par un nombre croissant de compagnies aériennes, des compensations CO2: «Je n’y comprends rien à ce machin. C’est trop compliqué.»
Le petit Suisse
Le Routard durable s’est contenté de trois adresses suisses, dont deux en Romandie: l’hôtel des Balances, aux Granges (VS), et la ferme-hôtel L’Aubier, à Montezillon (NE). La sortie simultanée du premier Guide du tourisme durable et insolite par l’association NiceFuture (www.nicefuture.com) tombe donc à pic pour y voir plus vert. Ces 300 adresses en Romandie permettent de découvrir la richesse insoupçonnée des démarches (plus ou moins cohérentes) des hôteliers, restaurateurs, commerçants et autres professionnels du tourisme.