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Slava Bykov
Le Suisse qui fait triompher l’équipe de Russie
Sept ans après avoir quitté la Suisse faute d’embauche, l’ancienne icône du hockey fribourgeois est de retour chez elle. Champion du monde en titre, le coach de l’équipe de Russie, seul sélectionneur des Mondiaux à passeport helvétique, a pardonné à ceux qui l’ont dédaigné. Un jour, bientôt, il reviendra.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 05.05.2009
Moscou, fin des années 70. La guerre froide, les défilés militaires sur la place Rouge, les hauts dirigeants du parti communiste alignés au balcon du Kremlin. L’âge d’or du sport soviétique, propagande que les maîtres de l’URSS agitent comme un étendard. Emblème de cette domination que le pouvoir porte en sautoir, la Sbornaja: l’équipe nationale de hockey, programmée pour gagner, règne sans partage sur le monde des patinoires depuis trente ans. A son tableau de chasse, vingt titres de championne du monde et six sceptres olympiques glanés entre 1963 et 1991. La dernière décennie de ces «trente glorieuses» offrira au monde un joueur d’exception, incarnation de sa génération triomphante: Slava Bykov. De son vrai nom Vyacheslav Arkadevich Bykov. Capitaine du CSKA Moscou, club le plus titré de la planète et accessoirement de l’Armée rouge. Un petit gars fluet de 172 cm pour 72 kg, né en 1960 aux confins de la Russie, à Tcheliabinsk, une cité ouvrière de l’Oural. Un créateur de génie, un Maradona du hockey, follement épris de beau jeu, dont les arabesques font rêver et chanter son peuple et pleurer les autres.
«J’ai appris à pardonner»
Coup de théâtre. En 1990, alors que l’URSS se lézarde, ce prince des glaces, courtisé par les plus grandes franchises de la prestigieuse NHL nord-américaine, débarque à Fribourg, flanqué d’Andreï Khomutov, l’ailier complice avec qui il partage sa gloire depuis dix ans (cinq fois champions du monde, sept fois champions d’URSS, sept fois champions d’Europe, deux fois champions olympiques). «Peut-être est-ce Dieu lui-même qui, ayant de nombreux clients à Gottéron, leur a envoyé ces créatures. La meilleure paire du monde, une manufacture de médailles à eux seuls; deux extraterrestres débarqués ici avec un passeport frappé du sceau de l’invincibilité: CCCP», s’enthousiasmait à l’époque notre confrère Christian Despont, dans les colonnes de 24 heures.
Le duo fera le bonheur de Saint-Léonard et de tous les fans de hockey sept saisons durant. Mais échouera en finale, trois fois, dans la conquête du titre national. Pas de quoi aviver les regrets de Slava Bykov, 302 matchs, 611 points – 226 buts et 385 assistances – pour l’équipe fribourgeoise. «Prendre du plaisir, avoir des émotions, rendre les gens heureux, n’est-ce pas le plus beau des titres?» coupe-t-il. Douze ans et un titre de champion du monde en tant qu’entraîneur plus tard, l’homme, unanimement loué pour sa modestie et son humanisme par ceux qui l’ont côtoyé, a changé de statut mais pas de philosophie. Pas question par exemple d’en vouloir aux dirigeants de Gottéron qui n’ont pas cru à ses capacités d’entraîneur et l’ont ainsi contraint à quitter Nadia, sa femme, et ses enfants Masha et Andreï, installés à Marly (FR), pour aller faire ses armes et ses preuves ailleurs. «En tant que croyant, j’ai appris à pardonner. J’ai essayé de ne pas juger, de rester digne, de ne pas paniquer, de chercher une solution. Quoi qu’il t’arrive, il y a toujours une solution.»
CSKA, grandeur et décadence
Comme une mère qui volerait au secours de son enfant, le CSKA Moscou lui tend la main en 2002. Mais le rideau de fer est tombé et le club porté à bout de bras par l’Armée rouge et ses dignitaires a perdu son lustre d’antan. Bykov s’échinera pendant cinq ans à lui faire retrouver un peu d’aura. En vain. Avec un budget de 25 millions de dollars, soit moins de la moitié des moyens des clubs squattant le haut de tableau, la mission se révèle impossible. Pis, la récente élimination en quart de finale des play-off face au rival ancestral du Dynamo Moscou l’incite à jeter l’éponge, deux ans avant le terme de son contrat. «Une décision difficile, peut-être un peu précipitée», admet-il, avant de renchérir: «Le sentiment d’impuissance et la frustration qu’elle a engendrés au fil des saisons étaient devenus trop forts.»
Promu au poste de sélectionneur national en 2006, Bykov se concentre désormais entièrement à la Sbornaja. Le ciment de la nation, comme il dit, qu’il a hissé à la consécration suprême l’an dernier à Québec, après quinze longues années de disette. Plus qu’un apogée, une cinglante réponse à ses détracteurs, en Suisse notamment, sa deuxième patrie depuis 2003, songea-t-on. Tout faux. «Je ne travaille pas pour répondre aux gens et encore moins pour leur prouver quoi que ce soit. J’ai tourné la page et je poursuis simplement mon bonhomme de chemin», rectifie-t-il, avec la placidité qui le caractérise.
«Successeur de Ralph Krueger? Pourquoi pas»
Sur le toit du monde, le seul sélectionneur au passeport suisse des Mondiaux entend bien le rester au terme de cette quinzaine helvétique (finale dimanche à Berne). En démonstration depuis le début du tournoi, la Sbornaja marquée de son empreinte se comporte en tout cas en championne. Suivront les JO de Vancouver et les Championnats du monde en Allemagne l’an prochain. La fin de l’aventure pour Bykov, lié à la fédération russe jusqu’à cette échéance? «Il est prématuré d’en parler. Trop d’échéances sur lesquelles je suis concentré m’attendent pour me projeter dans l’avenir.» Mais les choses bougent vite. Et les événements se précipitent parfois. Qui remplacera Ralph Krueger à la tête de l’équipe de Suisse en 2011 par exemple? Slava Bykov? «Pourquoi pas. Excepté le Canada et l’Amérique du Nord, où la philosophie du hockey est trop éloignée de la mienne, je n’écarte aucune éventualité.» Même un retour à Fribourg? «C’est là que je finirai mes jours en tout cas», confie, énigmatique, le père d’Andreï, l’étoile montante de Gottéron. Quand? Quand Slava sera fatigué de son quotidien. Demain peut-être. «A Moscou, la vie est un stress permanent. Rouler en voiture, faire ses courses, aller au resto, tout se fait dans une tension extrême. Et puis, dès que vous avez un peu de succès, vous devenez vite l’homme à abattre pour des clans qui imposent leur loi du plus fort avec l’argent. Vivre à Moscou, c’est comme rouler en F1. Tu accélères brutalement, tu freines brutalement, tu négocies beaucoup de chicanes, bref tu prends beaucoup de risques. A la fin, tu peux gagner la course ou te casser la gueule.» Pour l’instant, l’ex-numéro 90 de Saint-Léonard fait la course en tête. Et demain?
C. R. J
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La rencontre
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Survol Du balcon de l’hôtel Allegro, où logent la plupart des équipes, Slava Bykov domine la ville de Berne comme son équipe les Championnats du monde.
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Populaire L’ex-icône du hockey fribourgeois est une véritable légende en Russie. A l’image de ces supporters russes, venus en Suisse soutenir leur équipe, qui l’adulent et lui vouent un énorme respect.
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Plus qu’un symbole
Aidé par notre journaliste Christian Rappaz, Slava Bykov, double national depuis 2003, enfile la veste d’armailli, symbole de son affection pour sa patrie d’adoption.
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Qui l’eût cru?
Vingt ans après la chute du Mur, l’ex-capitaine de l’Armée rouge est aussi à l’aise dans la peau d’un armailli que dans celle de coach de l’équipe de Russie.
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Tags: le Fribourgeois Slava Bykov, mondiaux de hockey sur glace, hockeyeurs russes Aller en haut de page Haut de page

 

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