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H1N1
Le vrai bilan de la grippe A
Des morts par milliers, des malades par millions, des coûts économiques par milliards: c’est le sort que devait réserver à la Suisse la grippe A. A l’arrivée, l’épidémie, qui touche à sa fin, aura été, heureusement, bien moins grave qu’annoncé.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 12.01.2010
Une immense halle sur le plateau bernois, 25 000 m2 dévolus au stockage de médicaments, produits pharmaceutiques et cosmétiques. Dans un angle, une section fermée par d’énormes portes automatiques bleues. Il y fait froid, la température y est maintenue à 4 °C. C’est là qu’Alloga stocke une partie des vaccins contre la grippe pandémique H1N1. Sur des palettes dans des cartons blancs, en emballages de 500 ou de 10, plus d’un million de doses sont réunies. Une petite partie de l’excédent de vaccins de la Confédération, mais l’image en condensé d’une épidémie qui s’est révélée ne jamais être celle que l’on croyait.

1 200 000 vaccinés

On s’attendait à une avalanche de malades et autant de vaccinations. Ils seront finalement 1 200 000 en Suisse, peut-être un peu plus, à s’être fait vacciner contre le virus H1N1; 15 à 20% de la population, estime l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Et environ autant à avoir été infectés par le virus H1N1. Des 13 millions de vaccins commandés, 5,3 millions du produit de l’entreprise britannique GlaxoSmithKline pas encore livrés pourront être en partie annulés. Trois millions de vaccins ont été distribués aux cantons et 4,7 millions restent propriété de la Confédération. Ceux-ci seront en partie vendus à l’étranger et en partie donnés à l’OMS.

1 milliard de dollars

C’est le montant de la commande de vaccins passée par le gouvernement américain à l’entreprise pharmaceutique helvétique Novartis. La France, l’Allemagne ou les Pays-Bas ont également fait leur marché à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros, le Japon en millions de yens. En fait, lorsque l’OMS recense 206 pays touchés par l’épidémie, cela représente autant de clients pour le groupe pharma bâlois. La santé publique n’a pas le même prix pour tout le monde. Là où les collectivités publiques dépensent, certains y font leurs bénéfices On comprend mieux dès lors le récent rachat d’Alcon, spécialiste des produits ophtalmologiques, par Novartis pour plus de 49 milliards de dollars. Soit le plus gros rachat par une entreprise suisse dans l’histoire économique.

0 épidémie de grippe saisonnière

Dans l’hémisphère sud, où la grippe A a frappé plus tôt, on n’a pas constaté d’autre épidémie de grippe dite saisonnière. Le virus H1N1 aura donc fait office de grippe annuelle, survenant d’ailleurs à la même période. En Suisse, la grippe A a frappé un peu plus tôt que les vagues grippales des années précédentes. Alors, si les épidémiologistes privilégient un scénario identique à celui observé dans l’hémisphère sud, on ne peut exclure totalement la possibilité qu’une vague de grippe saisonnière tombe sur notre pays d’ici à quelques semaines.

15 morts

On annonçait entre 2000 et 10 000 victimes en Suisse, on en dénombre quinze aujourd’hui. Toutes des personnes comportant un facteur de risque. Pourquoi si peu alors qu’une grippe saisonnière fait, selon les estimations, entre 400 et 1000 victimes par an? «Parce que ce virus pandémique touche moins les personnes âgées», explique Jean-Louis Zürcher, de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). En effet, la catégorie la plus touchée par le H1N1 est la classe des 5 à 14 ans, les plus de 64 ans étant même les moins touchés. «Par ailleurs, on ne peut pas comparer ainsi ces deux chiffres, analyse Karim Boubaker, médecin cantonal vaudois et ancien chef de la section maladies infectieuses à l’OFSP. L’estimation du nombre des décès dus à la grippe saisonnière est calculée à partir d’un taux de surmortalité observé pendant l’épidémie qui ne peut être relevé qu’après. Or, même si la courbe épidémiologique est nettement à la baisse, on compte encore avec deux à quatre semaines en dessus du seuil épidémiologique.» Si l’estimation du nombre de décès attribués à la grippe A devrait donc prendre l’ascenseur dans les prochains mois, il restera toutefois bien en marge d’une grippe saisonnière normale. Certes parce qu’elle ne touche que peu les personnes âgées, mais aussi par l’ampleur de la communication et de la prévention mises en place. «Oui, cette grippe a certainement été mieux prise en charge, estime Karim Boubaker. Les gens ont été extrêmement sensibilisés au problème, notamment les personnes à risque.» Les comportements, par rapport au lavage des mains ou à cette manière d’éternuer dans le creux du coude, par exemple, ont été largement diffusés, contribuant à limiter l’épidémie. Dès lors, pourquoi n’applique-t-on pas toujours ces prescriptions, histoire de réduire le nombre de décès dus à la grippe saisonnière? «Il y aura bien sûr des leçons à tirer de la gestion de la grippe A, estime Virginie Masserey, responsable de la section vaccination à l’OFSP. Mais ce n’est pas comme si l’on ne faisait rien pour la grippe saisonnière. En dix ans, la vaccination est passée de 400 000 à 800 000 personnes en Suisse, par exemple.»

84 millions de francs

C’est le prix des 13 millions de vaccins commandés. La facture diminuera donc quelque peu par l’annulation de commandes et les ventes d’une partie des stocks à l’étranger. Restent les coûts de stockage, quelques centaines de milliers de francs pour la Confédération, et bien entendu des coûts de logistique et d’organisation pour les cantons. Le coût économique d’une grippe saisonnière normale est estimé à 300 millions de francs. Pour la grippe A, une étude de la banque Bordier estimait en juillet que la facture pourrait s’élever à près de 6 milliards de francs. Finalement, le prix de la grippe A ne sera pas si éloigné d’un épisode grippal normal. Alors, on peut bien polémiquer sur les économies possibles par rapport aux excédents de vaccins commandés mais, à l’heure où la Suisse a englouti 60 milliards pour le sauvetage de l’UBS, difficile de vouloir reprocher à l’Etat la perte de quelques dizaines de millions pour avoir voulu assurer la santé publique du pays.



Comment allez-vous, Madame Grippe A?


Quand on parle grippe A, c’est le plus souvent sa voix que l’on entend. Quand on regarde la grippe A, c’est généralement son visage que l’on voit. Quand on lit grippe A, ce sont habituellement ses mots que l’on rapporte. Cheffe de la section vaccination à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), Virginie Masserey, à force de commenter l’épidémie, en est devenue l’étendard. Pour la plupart des Romands, la Fribourgeoise est désormais Madame Grippe A.



Qu’est-ce que cela fait d’être la Madame Grippe A des Romands?

C’est pour moi une expérience extrêmement intéressante et enrichissante de me retrouver en première ligne sur un tel sujet. Cela oblige à faire régulièrement le point, à se poser les bonnes questions et à chercher la manière la plus adaptée pour communiquer les stratégies mises en place. Par ailleurs, les gens qui ne m’ont pas revue depuis longtemps savent désormais exactement ce que je fais! Certains m’ont fait signe, c’est plutôt sympa.

Les gens vous arrêtent-ils dans la rue ou à la Migros?

Oui, cela arrive. Souvent, c’est pour me dire qu’ils m’ont vue ou entendue dans les médias ou pour me demander un conseil ou des informations sur leur situation personnelle.

Sont-ils plutôt reconnaissants ou critiques, estimant que l’on en a trop fait?

Les gens qui m’abordent dans la rue sont plutôt reconnaissants. Ce sont les amis qui sont plus critiques et s’interrogent sur la manière dont nous avons géré cette grippe pandémique.

Parfois, je leur donne même raison. Mais on a toujours agi en fonction de ce que l’on connaissait du virus sur le moment pour assurer au mieux la santé publique du pays. Il est très difficile de dire ce qui se serait passé si l’on n’avait pas agi comme on l’a fait.

Avez-vous personnellement contracté la maladie?

Non, je suis vaccinée, mais mes enfants ont attrapé la grippe au début de l’épidémie. Nous n’avons pas effectué de frottis pour savoir de quelle souche exacte ils ont souffert, mais selon toute vraisemblance ils ont eu la grippe A.

Votre mari est médecin cantonal adjoint dans le canton de Vaud et donc également sur le front de la grippe A. Vous ébauchez des stratégies ensemble au petit-déjeuner?

On essaie plutôt d’en parler le moins possible à la maison. Mais, évidemment, il nous arrive parfois de confronter nos points de vue. Mais à la Confédération nous sommes habitués à recevoir les doléances des cantons. (Sourire.)




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Tags: grippe A, H1N1, épidémie, vaccin, virus, Office fédérale de la santé publique, OFSP, OMS, Virginie Masserey Aller en haut de page Haut de page

 

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