Corps musclé, pectoraux saillants, il émerge de l’eau turquoise, vêtu d’un boxer moulant. D’un geste viril, il passe la main dans ses cheveux. Regard de braise. La scène semble tirée de Casino Royale, pourtant l’homme qui s’avance dans la mer Rouge n’est pas Daniel Craig mais bien Joshua Tyrell, étudiant en sport de 23 ans et unique candidat romand en lice cette année pour briguer le titre de Mister Suisse.
Photogénique, polyglotte, le Romand fait mieux que se défendre devant les caméras de la TSR, qui signe les images qui accompagneront les seize finalistes du concours, le 8 mai. Pour l’occasion, le producteur Emile Felber et le réalisateur Alain Hugi ont imaginé sur le mode égyptien un véritable scénario d’espionnage. Au menu: interrogatoires musclés, escapade en quad dans le désert, poursuites en bateau, etc. De l’action, du rêve, de la séduction.
Météo imprévisible
En guise de décor naturel, le cadre idyllique du Mövenpick Resort & Spa d’El Gouna, somptueux complexe hôtelier cinq étoiles situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Hurghada, à un peu plus de quatre heures d’avion de Genève, coincé entre un désert rocailleux et une mer azur. Délaisser un hiver interminable pour ce coin de paradis prisé des amateurs de kite-surf, l’offre semblait irrésistible, mais les bizarreries du climat étant aussi passées par l’Egypte, la météo est vite devenue une préoccupation majeure…
Après les inondations du début de janvier, puis la fournaise, la semaine s’est ouverte sur une journée moite et brumeuse comme il s’en produit «une ou deux fois par an», selon les gens du coin, qui a laissé la place à un vent tourbillonnant marqué par des pointes à 35 nœuds, résidu d’une violente tempête sur Alexandrie. Les nerfs des hommes ont presque autant souffert que le matériel.
Devant l’adversité, le Lausannois Joshua Tyrell a su rester zen. «J’adore cet endroit, qui est vraiment très romantique. Le seul truc, c’est qu’il n’y a pas de filles… Où sont les femmes en Egypte? On les dit belles, pourtant, mais faute d’en croiser on s’est souvent retrouvés au bar de l’hôtel entre mecs: ça faisait un peu service militaire!» Il éclate de rire.
Privés de rencontres féminines, l’hôtel étant pour l’essentiel fréquenté par des couples et des familles, allemandes et belges surtout en cette saison, les garçons sont restés sages jusqu’à vendredi soir où, après un défilé en plein air (et sous une brise glaciale) organisé au cœur de la marina Abu Tig, la soirée Ladies Night du Peanuts Bar a enfin permis aux célibataires les plus hardis de fricoter avec quelques jolies touristes… «Une semaine sans femmes, c’est insupportable! » confiait ainsi, soulagé, le Bernois Goran Cvetkov, compagnon de chambre de Joshua. Le Romand, quant à lui, amoureux depuis peu, s’est abstenu.
Saint-Tropez égyptien
A El Gouna, les nuits sont plutôt calmes. L’endroit a beau être surnommé le Saint-Tropez égyptien, à cause des yachts et des boutiques de luxe, ce n’est pas Ibiza! Né de l’imagination d’un seul homme, le milliardaire Samih Sawiris, il y a un peu plus de vingt ans, cet archipel d’une vingtaine d’îles, bordé de lagons cristallins et où s’exprime une architecture colorée et originale, compte aujourd’hui plus de 15 000 habitants à l’année. Echoppes, bars et restaurants, parcours de golf et sports en tout genre, sans parler des sites de plongée sousmarine: rien ne manque dans ce décor limite carton-pâte. Tout est propre et net. Pas étonnant que M. Sawiris soit parvenu à exporter son concept ailleurs, notamment en Suisse, à Andermatt.
El Gouna n’est pas la vraie Egypte, même si les demoiselles y sont aussi discrètes qu’au Caire, mais on y coule des jours paisibles. Les seize candidats de Mister Suisse ont trouvé là le cadre idéal pour une mise en jambes entre tournages, séances photo et interviews. Pour notre Mister Suisse romande, l’exercice avait un parfum de déjà vu. «Devant la caméra? Franchement, ça va de mieux en mieux», se réjouit-il. Joshua a du métier, puisqu’à l’âge de 12 ans il tournait déjà une pub pour les casques audio Sennheiser, diffusée sur la SF DRS, mais il n’est pas du genre à se vanter. Il est vrai qu’il disposait d’une carte secrète pour gagner sa place au sein du groupe: «J’ai vécu plus de la moitié de ma vie en Suisse allemande. Je comprends donc très bien la mentalité alémanique.»
S’il s’est naturellement rapproché de Goran Cvetkov, qui partageait sa chambre, le Vaudois n’a négligé aucun de ses adversaires – un mot qu’il déteste autant que celui de compétition ?, mais il ne se hasardera pas à un pronostic. «Les miss, elles, passent leur temps à se jauger, à se comparer, pas les mecs», assure-t-il en guise de justification. Naïf, Joshua? Son analyse reflète en tout cas fidèlement sa personnalité, discrète et tolérante.
Joshua Tyrell est un jeune homme bien dans sa peau, qui aime écrire, rêver, réfléchir sur sa condition d’homme et l’environnement qui l’entoure. Végétalien convaincu, végétarien à El Gouna, le Lausannois accorde à la vie une saveur toute particulière. «J’avais 6 ans lorsque, à l’occasion de vacances en Turquie, j’ai été victime d’un problème de santé qui a failli me coûter la vie, raconte-t-il. Privé d’oxygène, je suis mort durant un instant… Depuis lors, je relativise. »
Face-à-face insolite
S’il ne devait garder qu’une image de sa semaine à El Gouna, ce serait sa rencontre avec Didi le dromadaire, frère du bien-nommé Dodo, un soir dans l’enceinte du Mövenpick Resort & Spa. Amoureux des animaux, Joshua Tyrell a osé, encouragé par Sharat, le chamelier, un tête-à-tête avec l’animal. «Jamais je n’aurais pensé pouvoir le faire, insiste-t-il. Cela m’a fait bizarre d’avoir ce gros museau devant moi. Je ne vous dis pas l’odeur de la bouche… et les bruits qui venaient du fond de son estomac! »
De retour d’Egypte où, soit dit en passant, il a attrapé les premiers coups de soleil de son existence (!), Joshua Tyrell pourra reprendre son rythme de croisière, avec les études à Dorigny la journée et les livraisons de pizzas certains soirs, en attendant le grand rendez-vous du 8 mai à l’Arena à Genève. Pour devenir ce soir-là le tout premier Romand couronné Mister Suisse depuis le Fribourgeois Miguel San Juan en 2006, il aura besoin de vous!
Incident de tournage
Un candidat se brise un orteil
«Je m’estime chanceux, ça aurait pu être nettement pire», confie le Zurichois Stefan Tobler, 28 ans, victime samedi en Egypte d’un accident sur le tournage d’une séquence en mer pour la TSR. Bilan: annulaire du pied droit brisé.
L’orteil ensanglanté, Stefan raconte: «On filmait une poursuite entre deux bateaux, quand j’ai dû sauter à l’eau. Mon doigt de pied s’est déchiré sur une pièce d’amarrage et l’ongle a giclé!» Souffrant le martyre, Stefan a été transporté à l’hôpital ultramoderne d’El Gouna.
«L’ambulance est arrivée en moins de dix minutes, poursuit-il. On m’a fait une radio, qui a révélé la fracture, et on m’a désinfecté.»
Contraint à un repos de trois semaines, Stefan se retrouve privé du Promo-Tour Mister Suisse dans les discothèques. Il ne dansera pas, mais, prévient-il, «je serai là».