A défaut d’en être les rois, les léopards partagent, avec les guépards, le statut de princes de la savane, comme le soulignent si justement Christine et Michel Denis-Huot. Ce couple de photographes animaliers parcourt régulièrement plusieurs pays d’Afrique pour nous ramener ces extraordinaires images.
Alliant la grâce et la force, le léopard – nom utilisé en Afrique pour désigner en fait la panthère – est surtout un prince de la grimpe. Il a l’originalité de monter ses grosses prises dans un arbre, de préférence haut et vertical. S’aidant de ses griffes rétractiles, le redoutable carnivore peut ainsi emporter vers les hauteurs un animal de son propre poids, voire plus lourd. Un réel exploit à saluer quand on sait que le poids moyen pour les mâles est de 60 kilos, avec des limites allant jusqu’à 90 kilos, et de 50 kilos pour la femelle, avec des limites à 60 kilos.
Mais l’animal s’est peu à peu adapté au fil de l’évolution jusqu’à disposer d’outils de plus en plus précis: sa denture s’est développée pour saisir, déchirer et mastiquer; son crâne s’est raccourci et arrondi en réponse au développement des muscles de ses mâchoires, devenues assez puissantes pour happer les proies dans la gueule, les soulever et les emporter dans les arbres; et les muscles de sa nuque se sont renforcés pour les mêmes raisons. Un tel effort pour grimper aux arbres est nécessaire. Car loin du sol, le léopard préserve sa nourriture des hyènes qui, avec les lions, comptent parmi ses ennemis héréditaires.
FORMIDABLE MACHINE À TUER
Face à ces compétiteurs, qui vivent en clan, il part perdant. Car ce félin – de son nom scientifique Panthera pardus – est un solitaire. Mâle et femelle ne sont ensemble que le temps de l’accouplement. Ensuite, ils reprennent leur vie seuls sur un territoire aux contours bien définis (alors que le guépard, lui, est plutôt nomade). Une fois mère, la femelle n’a aucune assistance de ses congénères, contrairement à la lionne qui profite du groupe. Quand la mère léopard va chasser, elle est obligée d’abandonner ses bébés qui restent énormément de temps seuls, avec tous les risques que cela comporte. Quel contraste avec les jeunes guépards du même âge qui ne quittent jamais leur mère!
Qu’à cela ne tienne, le léopard dispose de sens qui font de lui une formidable machine à tuer: odorat, ouïe et vue sont extraordinairement aiguisés. Il possède les plus grands yeux de tous les carnivores. Placés de façon assez rapprochée sur le devant de la tête, ils lui permettent une évaluation très juste des distances. Ses pupilles ont une extrême aptitude à se dilater. La nuit, elles s’élargissent au maximum afin de laisser passer le plus de lumière possible. Doté ainsi d’une vue perçante adaptée à la vision nocturne, le léopard est avant tout un tueur des ténèbres, même s’il est possible de le voir chasser le jour, quand la chaleur n’est pas trop forte. Son heure à lui correspond au coucher du soleil. Il cherche alors une proie jusqu’à 22 heures environ. Puis il se repose durant deux ou trois heures avant de reprendre sa traque. Chasseur opportuniste, charognard si nécessaire, le carnivore s’attaque à une grande diversité de proies, allant des termites à un grand nombre d’espèces d’antilopes, de préférence jeunes, âgées, malades ou blessées.
À PROXIMITÉ DE SA PROIE
La traque se déroule en silence. Les coussinets élastiques qui garnissent les doigts et la plante des pattes du léopard étouffent parfaitement le bruit de ses mouvements. Dans l’obscurité, le prédateur navigue au son, à l’odorat, et en utilisant la sensibilité de ses vibrisses. Les poils sensoriels de sa moustache, écartés latéralement, entrent en contact avec la végétation qui l’entoure et lui permettent d’évaluer la largeur d’un passage. Lors de l’attaque, les vibrisses se hérissent en avant; il peut alors sentir sa victime et la mordre au bon endroit.
Maître dans l’art de la chasse, le léopard réussit à se glisser bien plus près de ses victimes que ne le fera jamais le guépard, ou même le lion. Lorsque la distance qui le sépare de sa proie lui semble la meilleure, moins d’une dizaine de mètres, il déclenche l’attaque en prenant appui sur ses pattes postérieures. Ce n’est que dans la dernière fraction de seconde que sa victime l’aperçoit, quand, lancé à 60 km/h, il tombe sur elle et la fait rouler à terre sous son poids, même si elle est bien plus lourde que lui, et lui saute à la gorge. La morale de l’histoire: contrairement au corbeau de la fable, ne comptez pas sur le léopard, sur un arbre perché, pour lâcher sa nourriture.
ANIMAUX SAUVAGES
EN SAVOIR PLUS
Le texte s’inspire du livre photo de Christine et Michel Denis-Huot, Les princes de la savane. Léopards&Guépards, Ed. White Star, 2006, 215 pages. L’édition est épuisée, mais on peut acheter l’ouvrage en ligne sur www.priceminister.com (occasion: 22 euros; neuf: 24 euros).
Découvrez le travail de Christine et Michel Denis-Huot sur leur site: www.denis-huot.com
Par ailleurs, ils exposent jusqu’au 4 septembre, à Villepinte (France), leurs photos d’animaux d’Afrique. www.ville-villepinte.fr
Sur le site www.imineo.com, vous pouvez télécharger pour 6 euros le DVD intitulé Lions, Guépards, Léopards: le monde féroce des prédateurs.