Recherchez
  • Home
  • > Les animaux de l'année 2009
« Article précédent Article actualité n°173/567 Article suivant »
Les animaux de l'année 2009

Par Philippe Clot - Mis en ligne le 21.12.2009

Le thon rouge n’a jamais eu tant  de sushis


L’année 2009 aurait pu, grâce au prince Albert, être celle d’un moratoire historique. Mais non! Finalement, le thon rouge continuera d’être pêché en Méditerranée, au risque de disparaître définitivement d’ici à quelques années. Ce poisson incarne à ses dépens le long chemin qui nous sépare encore du développement durable.


Le prince Albert de Monaco a beau avoir pris la tête des pays demandant un moratoire immédiat et synonyme d’interdiction de commercialisation, son prestige n’aura pas suffi pour suspendre la pêche au thon rouge dans la grande bleue et dans l’Atlantique. Ce magnifique poisson aux reflets d’argent reste un trop bon business et fait un trop bon sushi dans les restaurants du Japon. Les 45 pays impliqués se sont donc contentés cet automne de quotas. On ne pêchera officiellement que 13 millions et demi de kilos de Thunnus thynnus en 2010, au lieu des 22 millions de 2009. Mais, dans les faits, on en pêchera beaucoup plus. Car seul un moratoire strict aurait permis d’instaurer un contrôle efficace.

Pourquoi ce thonidé, qui ne finit presque jamais dans nos européennes assiettes, suscite-t-il tant d’attention depuis le début des années 2000? Parce que, outre le dommage écologique que représente ce gâchis, il symbolise aussi un paradoxe d’une absurdité abyssale, la parfaite antithèse d’un vrai développement durable. Le thon rouge, c’est la préférence donnée au pillage d’une ressource naturelle plutôt qu’à la gestion éclairée de ses stocks. C’est le profit à court terme, quitte à aboutir à la mort, à court terme également, de cette activité économique.
 

Victime de la surpêche industrielle

 
Le thon rouge pouvait pourtant plaider sa cause en évoquant le destin tragique de certains de ses cousins marins. La morue de Terre-Neuve, dont l’ancienne prospérité était telle qu’elle rendait la navigation parfois difficile dans les zones de frai, a carrément disparu des côtes canadiennes dans les années 1990. Cette espèce commune, qu’on croyait inépuisable, a été victime de la surpêche industrielle, après avoir fidèlement assuré la prospérité de cette région durant cinq siècles. Et la morue n’est plus jamais revenue, car au-dessous d’une masse critique, une espèce est condamnée.

Le thon rouge continue et continuera donc de plonger au sens chiffré du terme. Les biologistes ont calculé que sa population a été réduite de trois quarts ces cinquante dernières années, et de deux tiers durant ces seules dix dernières années en Méditerranée. Dans l’Atlantique, les chiffres sont encore pires. Autre signe évident de ce déclin: la diminution de taille moyenne de ces poissons, dont les plus costauds pouvaient mesurer jusqu’à 4 mètres. Dans les marchés de Tokyo, ce sont désormais des poissons de moins d’un mètre qu’on s’arrache aux enchères. Seuls les prix ont grimpé de manière astronomique.

Le feuilleton du thon rouge risque hélas d’être suivi par d’autres requiems. Selon un rapport des Nations Unies, «une espèce sur deux de poissons parmi les plus appréciées au monde est parvenue à la limite de son exploitation». Et c’est ainsi qu’un biologiste canadien, Boris Worm, a calculé que, «si le rythme se poursuit, les poissons disparaîtront de nos assiettes d’ici à 2048».

Souhaitons qu’un photographe soit présent pour immortaliser la toute dernière rencontre de la chair écarlate du thon rouge avec la bouche de son ultime consommateur humain. Cette image pathétique vaudrait alors toutes les mises en garde concernant les autres espèces marines menacées par notre boulimie globale.


Darwin et les vers de terre


Ce qui a marqué Philippe Clot, journaliste

L’année 2009 fut celle de Charles Darwin, né deux cents ans plus tôt et qui publia il y a cent cinquante ans De l’origine des espèces, monument historique de la littérature scientifique.

Après avoir observé, durant son long voyage à bord du Beagle, les créatures les plus spectaculaires et les plus flamboyantes, ce visionnaire acheva sa carrière scientifique à 72 ans par un ouvrage consacré aux… vers de terre. En se penchant, au crépuscule de sa vie, sur ces humbles annélidés, le savant rappelait que l’inouïe saga de la vie sur Terre est une interprétation collective sans tête d’affiche. Quelle que soit l’espèce, végétale comme animale, petite ou grande, belle ou ingrate, ces millions de machines cellulaires dépendent chacune de milliers d’autres.

Le brave ver de terre est d’ailleurs aujourd’hui remis à l’honneur dans les cuisines des citoyens les plus écolos, mais dépourvus de jardin. Le lombricompostage, domestication du savant et capital travail de brassage organique de ces créatures, permet en effet d’éviter aux cœurs de salade et autres épluchures de pommes de terre de finir absurdement carbonisés dans un incinérateur industriel. Les tortillantes créatures en font au contraire un fertile humus.


L’invité


Ce qui a marqué Philippe Roch, ex-secrétaire d’Etat à l’Environnement


«La fourmi, cet insecte durable»

L’ancien chef de l’OFEV choisit de rendre hommage aux fourmis, parce qu’elles forment un modèle de société «stationnaire», c’est-à-dire stable et durable, fluctuant, mais sans croissance globale. «Le poids total des populations des 12 000 espèces de fourmis répertoriées dans le monde représente environ quatre fois celui de l’espèce humaine. Mais les fourmis, pourtant très actives, ne laissent aucun déchet derrière elles qui ne soit pas utile à d’autres espèces. Ces insectes représentent pour moi une des nombreuses leçons de la nature, une leçon de durabilité que notre espèce devrait méditer.»


Et encore...


Ils chaussaient du 1 m 50!

La découverte de traces de pattes de 1 mètre et demi de diamètre dans le Jura français constitue un nouveau record mondial de pointure. Ces pacifiques dinosaures de 25 m de long et pesant plus de
30 tonnes ont, à l’instar des éphémères stars hollywoodiennes, moulé leurs mains dans le sol pour la postérité. Mais c’était il y a cent cinquante millions d’années.

Esturgeons Swiss made

Le caviar, symphonie de saveurs aquatiques… Mais les estur-geons souffrent de la pollution et de surpêche mafieuse. Dieu merci, la gourmandise humaine, ce péché tout à fait capital, ne se résout pas à voir disparaître cet or noir. Et c’est ainsi que s’est ouvert en Suisse, à Frutigen (BE), un élevage modèle, en attendant peut-être des réintroductions dans des milieux d’origine renaturés.

Le plus Bo toutou de l’année

Les Etats-Unis tirent la langue sur le plan économique, mais pas question de renoncer à l’animalière tradition du nouveau chien des nouveaux locataires de la Maison Blanche. Le 13 avril, les Obama présentent Bo à la presse. C’est un chien d’eau portugais noir avec le dessous du museau, le plastron et le bout des pattes blancs, offert par le défunt sénateur Edward Kennedy.

Les tribulations de Chico et Lula

Deux réfugiées qu’on croyait asiatiques, mais qui étaient en fait nées en Belgique, suscitent une vraie émotion populaire en Romandie. Ces deux loutres cendrées, Chico et Lula, étaient détenues illégalement à Portalban (FR) par un particulier. Ces deux bouilles irrésistibles, désormais hébergées par le zoo de La Chaux-de-Fonds, rappellent que le trafic d’animaux exotiques est un fléau pour la biodiversité.



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: Rétrospective, rétro, 2009, animaux, bêtes Aller en haut de page Haut de page

 

A lire aussi

Christa et Giovanni

Christa Rigozzi va se marier

Miss Suisse en 2006, la jolie blonde a quitté Fribourg pour emménager au Tessin et commencer une nouvelle vie aux côtés de Giovanni, l'homme de sa vie. »


Pour 50 000 francs

Cointrin, meurtre sur commande pour 50 000 francs

En 2008, Pierre S. est tombé sous les balles d’un tueur mandaté par sa femme et sa belle-mère. Elles ont avoué. Le tireur présumé clame son innocence. Son avocat vient de... »


Salon du livre

Les people qui écrivent

Raconter sa vie ou écrire un roman est à la mode chez les people. Beaucoup s’y sont essayés. Notre sélection. »

Page générée en 544 ms.