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Edito
Les antifumeurs ont gagné

Par Daniel Pillard - Mis en ligne le 03.02.2010

 
On les voit partout. Devant les banques, les administrations, les commerces et même les hôpitaux. Ils sont regroupés sur quelques mètres carrés autour d’un cendrier à portée de main, sans être vraiment ensemble. En cet hiver rigoureux, ils tirent sur leur clope en vitesse, le regard vide, nostalgiques de ces temps pas si éloignés où en fumer une était encore un plaisir, un moment de détente apprécié et accepté du plus grand nombre (voir notre reportage en page 12). Certains ont refusé d’être photographiés. «Ils savent que cette photo est aussi celle de leur mauvaise conscience», analyse le sociologue Bernard Crettaz (lire son interview en page 19). Ailleurs, ce sont les responsables des entreprises qui ont tenté d’empêcher nos photographes d’immortaliser leurs collaborateurs en train de fumer sur le trottoir. Mauvais pour l’image. Le malaise est palpable…

«L’ostracisme dont sont victimes les fumeurs traduit la tendance de notre société à vouloir toujours davantage interdire au nom du bien commun»

Pourtant, les antifumeurs ont gagné. A quelques rares exceptions près (lire notre reportage dans le Jura en page 18), les cantons ont déjà mis en place une législation antitabac plus ou moins sévère. Et surtout, le 1er mai prochain, l’entrée en vigueur de l’Ordonnance sur la protection contre le tabagisme passif mettra tout le monde d’accord en interdisant définitivement la fumée au travail et dans les espaces publics. La réglementation autorisant la mise en place de fumoirs est si sévère qu’elle en est devenue dissuasive. Seule une toute petite minorité d’entreprises et de restaurateurs envisagent d’investir dans un tel espace que la multiplication des normes a rendu hors de prix. Le tenancier d’un palace neuchâtelois a ainsi dû débourser la bagatelle de 180 000 francs pour créer un fumoir digne du standing de son établissement!

L’ostracisme dont sont victimes les fumeurs – qui sont tout de même encore un million dans notre pays! – a quelque chose d’excessif. Il traduit la tendance de notre société à vouloir toujours davantage interdire au nom du bien commun plutôt que d’en appeler à la responsabilité individuelle.

On se consolera en se souvenant que l’interdiction générale de fumer a aussi eu des effets positifs. Soyons honnêtes: passer une soirée au restaurant est tout de même infiniment plus agréable depuis la disparition des cendriers. Et la multiplication des terrasses chauffées donne à l’hiver de nos villes un petit air parisien très convivial.

Fumer est définitivement out. Autant le prendre du bon côté.

Pour ma part, cela ne fait qu’une année que j’ai arrêté. Allez, on s’encourage!




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