Recherchez
« La carte postale de notre envoyé spécial Les chroniques de Gabet Chapuisat Espagne: une victoire qui tombe à pic »
MONDIAL 2010
LES CHRONIQUES DE GABET CHAPUISAT
Gabet Chapuisat, de son vrai nom Pierre-Albert Chapuisat (62 ans), est entraîneur depuis 1987. Il a été joueur professionnel en Suisse et en France de 1965 à 1987. Il est le père de Stéphane Chapuisat.

Mis en ligne le 16.06.2010

Chronique du 7 juillet 2010


Le Camouflet de l'Amérique du sud

Les quarts de finale ont livré un verdict surprenant à plus d’un titre. On pensait allégrement que les Sud-Américains imposeraient leur loi. Que nenni! Il ne reste finalement que la petite Uruguay pour sauver l’honneur et laver les affronts subis par des ténors balayés sans rémission. La Celeste peut dire merci au malheureux Ghanéen Gyan et porter un toast au brillant Forlán, vedette aussi discrète que talentueuse. La Seleção a, contre toute attente, craqué de façon incompréhensible. A la pause, personne, et surtout pas l’esthète et critique Johan Cruyff, n’aurait misé un seul florin sur un possible retournement de situation. Il fallut un autogoal malheureux pour que l’édifice tremble et se lézarde inexorablement. Un petit grain de sable lourd de conséquences et qui a fait le bonheur des Hollandais qui, sans forcément briller, ont su profiter de ce désarroi perceptible. Ce Brésil, version du contesté Dunga, n’a jamais pleinement convaincu les vrais puristes, nostalgiques d’un football plus créatif et spectaculaire. Les options défensives du chef, la blessure d’Elano et le rendement insuffisant d’un bien pâle Kaka, ont pesé lourd à l’heure d’un bilan décevant.

L’Argentine d’El Pibe de oro, l’autre joyau sud-américain, a reçu une leçon et un camouflet mémorables. Les jeunes Allemands, irrespectueux et audacieux, ont rendu une copie parfaite et ébouriffante. Maradona aurait dû lire L’illustré de la semaine dernière. On lui avait promis enfer et tourments. Ce fut chose faite. Diego, parfait motivateur mais coach lacunaire, n’a pu que constater les dégâts. Même un Lionel Messi des grands jours n’aurait pas pu inverser la tendance. Le prodige de Barcelone est resté à des annéeslumière de son meilleur rendement.

Le foot européen, de son côté, vit des heures de gloire. Je vois difficilement la consécration suprême lui échapper. La Hollande va certainement vibrer à l’idée d’une troisième finale, même si cette phalange n’est pas d’un cru exceptionnel. Les versions 1974 et 1978 étaient d’une dimension supérieure.

Le vainqueur est à rechercher dans l’autre demi-finale, qui s’annonce déjà explosive et spectaculaire. L’Espagne de Del Bosque tarde à retrouver sa superbe et son efficacité. La faute à un choix tactique plus défensif, qui freine et pénalise les solutions offensives. La Roja a sauvé les meubles grâce à un Villa exceptionnel de réalisme. La Mannschaft de Jogi Löw, euphorique, est prête à rentrer sans crainte dans l’arène. Les potes de l’éblouissant Schweinsteiger ont les moyens et les arguments pour s’offrir les cornes du taureau espagnol.


Chronique du 30 juin 2010



L’audace de joggi löw


Dimanche dernier, le soleil brillait enfin pour une journée magnifique, marquée par deux somptueux huitièmes de finale, riches en émotions et rebondissements. Le téléspectateur assidu a enfin pu vivre le vrai démarrage d’une Coupe du monde jusqu’alors morose, décevante et ennuyeuse au possible.

Les Allemands ont, avec panache, logiquement passé l’épaule, face à des Anglais trahis par la méforme de Rooney et une arrière-garde aux abonnés absents. La troupe du général Capello a réagi avec fierté et conviction, après une entame calamiteuse. Elle a honteusement été volée par une décision d’arbitrage, au goût de scandale. Le but de Lampard restera un haut fait de la compétition. Le débat et les polémiques pour le recours à la vidéo sont repartis de plus belle.

Malgré cet incident inadmissible, le succès de la Mannschaft ne souffre aucune discussion. Tout le mérite en revient à son entraîneur, qui a mis en place une équipe jeune, talentueuse et résolument offensive. Connaissant le personnage, je ne suis guère surpris par ce goût du risque et ce pari audacieux. Joggi Löw fut mon capitaine sous les couleurs de Winterthur. Agé de 34 ans, il participa au sauvetage dans un tour de relégation de tous les dangers. C’est à Frauenfeld, avec des projets plein la tête, qu’il démarra son apprentissage d’entraîneur. Son parcours global fut couronné de succès, avec Stuttgart et une expérience turque plus difficile. En 2004, il devint l’assistant de Klinsmann pour le Mondial. Aujourd’hui, malgré des résultats probants, la fédération allemande tergiverse toujours à renouveler son contrat. Les chefs teutons, en plein délire, font, paraît-il, les yeux doux à Columbo Hitzfeld.

Joachim Löw, le cinquantenaire, s’était attiré les foudres de ses supérieurs et l’ire des médias lors de l’établissement de son effectif. Il a fait preuve de culot et de courage, en écartant des stars vieillissantes, pour miser sur la fraîcheur d’une nouvelle génération prometteuse. Seul l’intouchable Michael Ballack a survécu à la grande lessive. Il a fallu un coup du sort, ou plutôt un tacle assassin du Ghanéen Boateng, pour que la vedette essoufflée de Chelsea reste définitivement à la maison. Grâce à ses options, on a pu découvrir une nouvelle version allemande atypique, où les atouts offensifs et créatifs ont remplacé la terne époque du muscle et de l’engagement. En quart de finale, Diego Maradonna, le pitre de la ligne de touche, peut se faire du souci. Joggi a promis risques et spectacle, les gauchos sont avertis.


Chronique du 23 juin 2010


Trop forts, les Chiliens

Après deux tours de phase préliminaire, on peut être déçu de la qualité plutôt moyenne du spectacle présenté. Les attentistes et calculateurs étant malheureusement majoritaires.

Plusieurs gros bras européens doutent et souffrent le martyre. Certains pourraient connaître des lendemains désenchantés, avec le spectre d’un retour prématuré au bercail.

Les Africains, bien que sur leur continent, passent de nouveau à côté de leur sujet. Ils peinent à confirmer des arguments évidents, que tout le monde se plaît à reconnaître. Au contraire des Sud-Américains, en passe de réussir un formidable carton plein et qui possèdent certainement dans leurs rangs le futur lauréat. Pendant que les Suisses savouraient pleinement un succès historique, la terre tremblait dans le camp de la famille tricolore. Le navire «France» sombre pitoyablement. Au revoir la fierté nationale, et bonjour honte et déshonneur. La faute aux joueurs, enfants gâtés et irrespectueux, mais surtout à une fédération dépassée et incompétente.

Notre héroïque Nati, avec son inattendu succès face à l’ogre espagnol, a connu une entame de compétition de rêve. Avec ces trois points non budgétés, elle pouvait aborder l’échéance chilienne avec confiance et sérénité. Pour l’occasion, Hitzfeld a choisi de réintégrer les deux éclopés, Behrami et Frei, en ignorant le célèbre adage never change a winning team. Coup de poker largement perdant. On savait les Chiliens redoutables, jouant un foot offensif et sachant utiliser vitesse et profondeur. Leur démonstration a été éloquente et convaincante. Sans un Benaglio des grands jours, la messe aurait rapidement été dite.

Après trente minutes de déferlantes incessantes, l’affaire a pris une allure de catastrophe, avec l’expulsion très sévère de Behrami.

Au passage, je n’ai pas compris le choix porté sur un arbitre saoudien, pointilleux et dépassé. Les Suisses réduits à dix, la mission était devenue impossible. Malgré notre bravoure, le goal de González est tombé comme un fruit mûr. L’addition aurait pu être plus salée et on a été à deux doigts de réaliser le hold-up du siècle, avec l’occasion immanquable de Derdiyok. On ne doit pas rougir de cette défaite.

Les Chiliens étaient tout simplement supérieurs et trop forts. On se consolera avec le nouveau record de minutes d’invincibilité, un sacré trophée!

Tout n’est pas perdu pour autant. Une petite victoire face au Honduras, même sans la manière, mais avec deux buts d’écart, nous propulserait pour l’étape suivante. Objectif tant souhaité.



Chronique du 16 juin 2010


Le fardeau de Green

Dans une ambiance perturbée par les déjà trop célèbres et pénibles vuvuzelas, le héros de ce début de compétition est Anglais et répond au nom de Robert Green. Le gardien du West Ham de Behrami s’est fait l’auteur d’une bourde inimaginable et incroyable. Une erreur capitale, que les Anglais du Dottore Capello, bien que dominateurs, ont risqué de payer au prix fort. Dans le haut du tableau, les sujets de Sa Majesté ont les faveurs des pronostiqueurs, malgré le forfait et la blessure de Ferdinand, pion important et essentiel. L’absence d’un véritable gardien de haut niveau, vrai casse-tête récurrent, est un handicap non négligeable. Ce n’est pas par hasard si les étrangers font la loi et le nombre dans leur passionnant championnat, à l’image de Howard, l’impeccable Américain qui brille sous le maillot d’Everton. Ce phénomène lacunaire ne date pas d’hier. Shilton était encore titulaire pour le Mondial 1990 en Italie, à l’âge canonique de 41 printemps. Dans ces conditions, il devient utopique et illusoire de penser au sacre suprême.

Le pauvre et malheureux Green est désormais la risée de tous et la vedette incontournable des tabloïds et vidéos-gags. Sujet d’ironie facile et gratuit. Ce fardeau sera lourd à porter, sa durée illimitée dans le temps. Situation vécue personnellement lors de ma célèbre bourde face à l’Angleterre en 1971, pour laquelle je subis aujourd’hui encore quolibets et amorces. Un blanc ou tout simplement une mauvaise passe, lourde de conséquences, qui nous a tout simplement fait rater une place pour l’Euro. Il ne se passe pas un jour sans qu’un ami ou un détracteur me le rappelle sournoisement.

Green, titularisé au dernier moment, a certainement passé une nuit horrible et cauchemardesque. Il a dû se réveiller avec la tête des mauvais jours, habité par un sentiment de honte et de culpabilité. Une telle catastrophe peut laisser des traces indélébiles. Le doute et la peur vont automatiquement s’installer, et il lui faudra une sacrée dose de force morale et un mental à toute épreuve pour surmonter ce moment pénible.

Lors d’une détresse profonde, l’entourage joue un rôle prépondérant. Le sauvetage de Green passe par un soutien inconditionnel de tous. Capello, en homme avisé et expérimenté, trouvera certainement les mots nécessaires et adéquats pour éteindre le feu et banaliser un malheureux incident de jeu. L’avenir se fera-t-il avec ou sans Green? That is the question. Le pardon ou la punition sont les enjeux de ce sacré dilemme. Réponse vendredi, face à l’Algérie.


Chronique du 09 juin 2010


La tactique de Columbo Hitzfeld


C’est ce vendredi que la grande fête interplanétaire va enfin connaître son coup d’envoi. Chacun y va allégrement de son pronostic. En toute logique, on pense au Brésil, à l’Espagne ou aux Pays-Bas. Dans l’autre partie plus facile, l’Allemagne, l’Argentine et l’Angleterre ont la faveur des cotes. Verra-t-on enfin une équipe européenne décrocher le sacre suprême en dehors de son continent? Au moment de boucler sa valise, chaque équipe part avec ses certitudes, mais aussi avec son lot d’interrogations, notamment sur Jabulani, le nouveau ballon fou, difficilement maîtrisable, et le concert agaçant et dérangeant des célèbres vuvuzelas, sans oublier la fraîcheur saisonnière et la problématique de l’altitude.

Dans ce contexte bien établi, que vont nous réserver les petits Suisses de Columbo Hitzfeld, avec des Espagnols nés d’une autre planète foot et des Chiliens redoutables? La tâche s’annonce difficile et périlleuse. Un passage en huitièmes serait déjà une sacrée performance, surtout si l’on prend en considération le bilan faible et mitigé de la préparation. Fantomatiques et à la rue face au modeste Costa Rica, on a retrouvé quelques couleurs et crédit face à une Italie B minimaliste, qui ne s’est contentée que d’une revue d’effectif. Sous la rigide et sérieuse direction germanique, la préparation s’est voulue intense et usante. On est bien loin de l’approche plus cool de Papy Kuhn.

Tout est, paraît-il, calculé et minutieusement programmé pour se retrouver au top le jour J. Face à la critique, Ottmar la Science dégage en touche. Pour lui, les résultats des amicaux ne sont qu’accessoires et secondaires. On veut bien le croire, mais il ne peut pas nous empêcher d’ouvrir les yeux sur les errances et lacunes actuelles de certains. Senderos, à court de compétition, est à des années-lumière de son lustre d’antan. Inler et son désolant déchet technique n’a pas les compétences pour diriger la manoeuvre. Barnetta, méconnaissable sous le maillot national, traîne son spleen et ses doutes depuis bien trop longtemps. Quant à notre duo d’attaque, il souffre d’une inefficacité chronique inquiétante, avec un N’Kufo bien pâle et un Frei transparent. Hitzfeld a déjà choisi ses hommes et son système, il lui reste une petite semaine pour gommer les zones d’ombre et d’inquiétude, pour éviter une possible et pénible bérézina. La finalité appartient désormais à la responsabilité des joueurs. On attend d’eux un mental et de la fierté à la hauteur de l’événement.



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: Mondial, chronique, Gabet Chapuisat Aller en haut de page Haut de page

Page générée en 108 ms.