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Yves Lassueur - Mis en ligne le 21.12.2009
Lucie, 16 ans, victime des fausses promesses d’un raté
Jeune fille au pair fribourgeoise, elle apprenait l’allemand sur les bords du lac de Zurich. Le jour où Daniel H., se présentant comme photographe, lui a proposé de poser comme modèle pour des bijoux, elle l’a cru et l’a suivi jusque chez lui. Elle l’a payé de sa vie. La Suisse tout entière a été bouleversée par le sort de Lucie, victime de ses rêves d’adolescente et de la lâcheté d’un marchand d’illusions.
Le 4 mars, à la gare de Zurich, Lucie Trezzini rencontre Daniel H. Elle est Fribourgeoise, a 16 ans, est fille au pair dans une famille de Pfäffikon, canton de Schwytz, où elle apprend l’allemand. Comme souvent pendant ses jours de congé, elle vient ce jour-là à Zurich faire du shopping. Daniel H., lui, a 25 ans, il est cuisinier au chômage, accessoirement cocaïnomane et repris de justice.
Il aborde Lucie en la complimentant sur sa beauté, se prétend photographe et lui propose de poser pour des bijoux. Devenir modèle? Faire carrière dans la mode? C’est le rêve de tant d’ados… Lucie se laisse tenter et suit Daniel H. Il habite à l’étage dans un modeste locatif de Rieden, dans le canton d’Argovie. Ils s’y rendent en train. Lucie monte dans l’appartement. C’est la dernière fois qu’on la voit vivante.
Tard le soir, pas de nouvelles d’elle. L’inquiétude monte dans sa famille d’accueil puis chez ses parents, dans le canton de Fribourg. Un jour, deux jours, trois jours, toujours rien. Fous d’angoisse, pendant tout ce temps, sa famille, ses proches, ses amis se mobilisent, secondent la police, préviennent les médias, collent des affiches de recherche.
Jusqu’au dimanche soir où s’effondrent les derniers espoirs. Le corps sans vie de Lucie est retrouvé au domicile de Daniel H. Il l’a assommée puis égorgée l’après-midi même où elle est montée chez lui. Il l’a tuée comme ça. Parce qu’il a soudain réalisé à quel point sa vie était un échec. Il était seul, au chômage, sans avenir. Il fallait que quelqu’un expie pour le ratage de cette existence.
Frappée par-derrière
H. a d’abord offert un verre à Lucie, elle a pris un sirop. Lui s’est mis à l’alcool. Ils ont bavardé un moment, il lui a raconté des sornettes au sujet de ces prétendues photos de mode à mettre en scène. Puis il l’a assommée avec une barre d’haltère. Elle était alors assise sur son lit. Elle lui tournait le dos. Il l’a frappée par-derrière.
Une fois Lucie morte, il a porté son corps dans la baignoire, a nettoyé l’appartement puis s’en est allé. Il s’est livré à la justice le lendemain du jour où la police a découvert le corps.
H. n’en était pas à son coup d’essai. En 2003, il avait déjà été condamné à quatre ans de maison de redressement pour avoir agressé une collègue de travail et l’avoir laissée pour morte. Depuis sa libération, en août 2008, il faisait volontiers de la gare de Zurich son terrain de chasse selon le même scénario réservé à Lucie. La police estime qu’il aurait ainsi approché une trentaine de jeunes femmes sous le même prétexte bidon. Cinq à dix d’entre elles l’auraient même suivi jusque dans son appartement.
Rarement un meurtre aura suscité tant d’émotion de part et d’autre de la Sarine. Devant la lâcheté, la gratuité, la stupidité de ce meurtre, la Suisse tout entière s’est mobilisée pour dire sa colère, son chagrin, sa solidarité. Les obsèques de Lucie ont été célébrées le 16 mars, à Fribourg. Huit cents personnes étaient présentes. La presse, la radio, la TV en ont donné de larges reflets. Ce sont presque des funérailles nationales auxquelles Lucie a eu droit.
Du miel et des menaces
Ce qui a marqué Yves Lassueur, journaliste
Alexandre, handicapé mental de 25 ans, a sauté dans le parc aux ours de Berne le 21 novembre et, aussitôt, Finn, fort de ses 250 kilos, s’est jeté sur lui pour défendre son territoire. L’image a fait le tour du monde. Normal. Elle reflète l’une de nos plus vieilles terreurs. La terreur du fauve.
Alexandre en a réchappé: un policier a tiré sur Finn qui a lâché sa proie et regagné sa tanière. Il était blessé. Alexandre aussi. Finn était touché à la poitrine. Alexandre à une jambe, à la tête et au visage. Tous deux ont été soignés. A l’hôpital, Alexandre a subi deux opérations. Dans sa cage, Finn a reçu des calmants et des antibiotiques.
Si Alexandre a sauté dans la fosse, c’était pour récupérer un bien auquel il tenait par-dessus tout, un bien qu’il avait laissé tomber par mégarde: un paquet dans lequel se trouvait la photo de sa petite amie. Il FALLAIT qu’il aille la chercher. C’était impératif. C’était plus fort que lui.
Pendant sa convalescence, Finn a reçu du public plein de pots de miel et d’e-mails lui souhaitant prompt rétablissement. Alexandre et sa famille, eux, ont reçu des menaces de mort pour avoir mis la bête en péril.
C’est une histoire d’ours et de handicapé. Une histoire de 2009. Il paraît qu’elle parle de compassion.
L’invité
Ce qui a marqué Jacques Barillon, avocat à Genève
«Le sacre de la mythomane»
Zurich, février 2009: une Brésilienne dit avoir été agressée et lacérée au cutter par des sympathisants de l’UDC. Après un gros battage médiatique, il apparaît qu’elle a tout inventé et s’est automutilée.
«La parole d’une victime est souvent aussitôt sacralisée. Je me plains, donc je suis. Les propos de la plaignante sont a priori tenus pour vrais: on est ému, on compatit, on adhère. L’esprit critique est absent du débat. Au mépris du droit, tels responsables politiques s’indignent, protestent, vitupèrent: les coupables sont désignés. Sincérité ou démagogie? Nul n’est à l’abri de fausses accusations qui ont l’apparence de la vérité. Cette affaire le rappelle de façon éclatante. Et inquiétante.»
Et encore...
Air France: crash sur l’Atlantique
Tragédie le 1er juin sur le vol Air France Rio-Paris: l’Airbus s’abîme dans l’Atlantique, tuant 228 personnes, dont six Suisses. Le crash est d’abord attribué à la foudre, puis au dysfonctionnement des sondes mesurant la vitesse. Les causes demeurent cependant obscures. Malgré les recherches effectuées par un sous-marin nucléaire, les boîtes noires n’ont jamais été retrouvées.
Poignardé à cause d’un regard
Le 1er septembre, dans le parc de Montbenon, à Lausanne, un mineur de 17 ans tue d’un coup de couteau Sofiane, 25 ans. La victime est en fait un clandestin algérien qui tente depuis des mois de survivre en Europe comme une ombre. Son meurtrier, fils de requérants arméniens, ne le connaissait même pas. Il l’a poignardé, dit-il, parce que Sofiane lui a lancé un regard qui lui «manquait de respect».
Pour l’amour de sa fillette
Gare des Plantaz, près de Nyon, jeudi 5 novembre: Alain Cornu, 39 ans, se précipite quand il voit sa fille de 3 ans égarée sur les rails alors que survient un train. Il lui sauve la vie en la propulsant hors des voies, mais est percuté par le convoi et succombe. Avec sa compagne, Alain veillait sur une famille de cinq enfants. D’innombrables témoignages de sympathie, assortis de dons, sont venus saluer le geste de ce père héroïque.
Kidnappée pendant dix-huit ans
Jaycee Lee Dugard avait 11 ans quand elle a été enlevée en Californie. Elle est réapparue en août dernier, quand son kidnappeur, Philip Garrido, 58 ans, ex-repris de justice, a été arrêté. Il la retenait prisonnière et abusait d’elle depuis dix-huit ans. Garrido a été confondu alors qu’il distribuait des tracts religieux en compagnie de deux adolescentes de 11 et 15 ans. Toutes deux étaient issues de ses viols de Jaycee.