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Marc David - Mis en ligne le 21.12.2009
L’histoire folle de 21 jeunes foot balleurs dans le vent
Jamais équipe suisse de football n’avait osé imaginer pareilles altitudes: être sacrée championne du monde! C’est bel et bien ce qui est arrivé à l’équipe des moins de 17 ans lors de la Coupe du monde jouée au Nigeria. Débordant d’enthousiasme, le public helvète a vu débouler une volée de jeunes footballeurs doués et sans complexes. Récit.
Ils quittent la Suisse au mois d’octobre. Ils sont inconnus, une bande de jeunes gens joyeux avec des trainings rouges à croix blanche.
Ils portent le genre de noms que l’on rencontre souvent sur les chantiers de chez nous, Ben Khalifa, Rodriguez, Veseli, douze double-nationaux sur un contingent de 21 joueurs, et ils s’en vont pour la première fois défendre les couleurs de la Suisse dans une Coupe du monde des moins de 17 ans, au lointain Nigeria. Puis il se passe quelque chose. De match en match, ils allument une mèche. Leur fraîcheur et leur culot alliés à un soupçon de précision helvétique, quelque chose séduit les foules de chez nous.
Ils jouent avec application, sans jamais faire n’importe quoi, comme le leur ont enseigné les générations d’entraîneurs mis en place depuis que le système de formation helvétique fonctionne avec huile et efficacité. Disons depuis quinze ans et l’argent récolté à la World Cup 1994.
Oui, il se passe un truc. Il faut dire que ces jeunes sans peur se mettent à tout gagner, et pas exactement contre n’importe quelles nations: le Japon, le Mexique et le Brésil en poules, tous battus. L’Allemagne en huitième de finale, dans une partie où ils se font par trois fois remonter au score, évoluent à dix dès la 83e minute et font néanmoins plier les Germains pendant les prolongations. L’Italie en quarts de finale, au courage.
Dany Ryser, gourou soleurois
A partir de la demi-finale, disputée à Lagos contre la Colombie, l’enthousiasme au pays devient réel, énorme. Ce jeudi-là, les Chappuis, Martignoni ou Siegrist entrent en pleine lumière: ils l’emportent par quatre buts à zéro, grâce à autant de réussites empreintes d’intelligence. Avec son petit crâne chauve, l’entraîneur Dany Ryser prend soudain des airs de gourou soleurois.
La majeure partie du temps enfermés dans leur hôtel pour des raisons de sécurité, les footballeurs font tout à coup connaissance avec les médias, par téléphone: des centaines d’appels par jour, à heures définies.
La finale, le dimanche 15 novembre, ressemble à une apothéose, comme dans les films d’avant-guerre: 65 000 spectateurs massés dans le stade national d’Abuja, une assistance exubérante habillée de vert, le vacarme incessant des klaxons locaux et l’équipe-hôte en face, ce Nigeria tenant du titre, dont quelques éléments ont si bonne mine et si joli thorax qu’on peut objectivement suspecter une date de naissance bien antérieure au 1992 réglementaire…
Cette finale, ils la gagnent aussi, après quelques courtes séances dignes de la bataille de Morgarten, sur un but du Suisso-Bosniaque Haris Seferovic, à la 63e minute. La dernière poussée des Nigérians reste sans effet. La Suisse fait sienne la première Coupe du monde de football de son histoire.
Quand ils reviennent au pays, sur le tarmac de Zurich-Kloten, le matin du 17 novembre, ils embrassent les centaines de fans venus les accueillir. Ils répondent avec assurance et bonheur, avant de repartir vers leurs clubs habituels, Grasshopper, Lazio Rome, Manchester City.
Ils sont un tout petit peu devenus des hommes.
C’est arrivé près de chez nous
Ce qui a marqué Marc David, journaliste
Ce qu’il y a de terrible, quand on est Russe ou Américain, c’est que les exploits sont si rares. Dominer l’univers fait partie du quotidien, faire s’agenouiller l’adversaire et le forcer à demander grâce appartient à la routine.
Quand on est Glaronnais ou Fribourgeois, c’est une autre chanson: les possibilités d’épater le monde sont nombreuses. Alors, quand une équipe suisse de hockey sur glace s’avise de battre Chicago ou quand une équipe suisse de football décide de pourfendre l’AC Milan, le bon peuple s’ébaudit et les gazettes gazouillent.
C’est donc arrivé près de chez nous cette année. Une soirée d’exception le 29 septembre au Hallenstadion, deux buts impromptus des Zurich Lions et la première défaite de joueurs de NHL contre des Suisses. Le lendemain, dans la cathédrale de San Siro, un goal surréaliste du défenseur Tihinen et l’entraîneur Challandes de La Chaux-du-Milieu propulsé grand d’Europe.
Ces plaisirs d’esthètes nous sont donc réservés, bons Suisses. Tant de perspectives s’offrent encore: écraser l’Espagne lors de la prochaine Coupe du monde de foot, humilier les basketteurs américains aux Jeux. Heureux peuple, taillé pour les exploits.
L’invité
Ce qui a marqué Sergei Aschwanden, médaillé olympique de judo aux JO 2008
«Bolt comme Owens»
«Pour moi, l’exploit de l’année ne peut être que celui d’Usain Bolt. Ses 9’’58 sur 100 mètres, c’est énorme. En plus, la course s’est passée à Berlin, elle rappelait celle de Jesse Owens aux Jeux de 1936. J’aime bien Bolt, j’avais fait Pékin-Zurich en avion avec lui, dans le cockpit. Je l’avais trouvé timide, tout simple. Sur la piste, j’aime sa manière de ne pas se prendre au sérieux. Il faut aussi s’amuser dans la vie. Et ne me parlez pas de rumeurs de dopage à son sujet, c’est de l’irrespect. Dès qu’un sportif réussit un truc, on le soupçonne, c’est tellement négatif. Non, c’est un vrai bon gars.»
Et encore…
Janka et les ogres suisses
Une star est née. Il s’appelle Carlo Janka et surgit du doux village grison d’Obersaxen. A 22 ans, il plane sur le ski mondial. Champion du monde de géant à Val-d’Isère, il emmène une équipe suisse masculine épatante: Didier Cuche est champion du monde du super-G et son compère Didier Défago gagne les mythiques descentes du Lauberhorn et de Kitzbühel. Une année orgiaque.
Ariella et les fillettes
En avril, la Lucernoise Ariella Käslin est sacrée championne d’Europe du saut de cheval, à Milan. Jamais Suissesse n’était montée sur un podium majeur. Le nom des figures proposées, chusovitina et yurchenko, fleure bon l’Est européen et ses gymnastes aussi frêles que des brins de paille. Blonde et vive, Ariella les domine d’une tête ou deux. Une vraie jeune femme au royaume des demi-portions.
Cancellara à la Merckx
On en fait des choses, en 1 minute et 27 secondes. C’est le considérable laps de temps que creuse Fabian Cancellara en 48,9 kilomètres sur son dauphin, un certain Gustav Larsson, lors du contre-la-montre des Championnats du monde de cyclisme. Couronné sur ses terres, à Mendrisio, le Bernois volant domine la course avec une insolence digne de Merckx ou d’Indurain, son modèle.
Petit Messi devient grand
Le 27 mai, dans la nuit romaine, le plus petit joueur de la finale de la Ligue des champions s’élève et marque de la tête.
Il joue avec Barcelone et s’appelle Messi, Lionel Messi. Véritable prodige balle aux pieds, à la fois futé et insaisissable, l’Argentin est aujourd’hui le meilleur joueur du monde. En décembre, le Ballon d’or lui est décerné avec le gouffre de 240 points d’avance sur son second, Cristiano Ronaldo.