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Hockey et foot
Les héros romands de Zurich
En vingt-quatre heures, les footballeurs du FC Zurich ont gagné à Milan et les hockeyeurs des Zurich Lions ont vaincu Chicago! Deux exceptionnels hauts faits du sport suisse auxquels une brassée de champions romands ont participé avec foi et talent. Du Neuchâtelois Challandes au Valaisan Monnet, ils racontent ces instants de folie.

Par Marc David - Mis en ligne le 07.10.2009

«Ils avaient deux bras et deux jambes»

Hockey: Zurich-Chicago 2-1 le 29 septembre

Plus d’un an que Zurich aligne les exploits contre les plus grands clubs du monde. Les trois Romands y ont participé activement. «A chaque fois, on y croyait un peu plus», disent-ils en choeur. Jusqu’à l’apothéose: épingler une équipe nord-américaine, Chicago!



Dans l’imaginaire d’un joueur de hockey, le joueur de NHL (National Hockey League, la ligue nord-américaine de hockey) est à peine humain. Il possède certes des patins et une canne, mais il s’en sert comme personne sur la planète Terre. On ne sait pas ce qu’il mange, mais il est plus grand, il distribue des checks dignes de Hulk et il ne perd évidemment jamais contre une équipe suisse.

Cela, c’était une certitude jusqu’au 29 septembre. Les rares fois qu’un match avait été organisé, il s’était terminé par une curée. Encore la veille du match contre Zurich, les Chicago Blackhawks avaient giflé Davos par 9 buts à 2. Le tarif.

Présents à ce match en tant que spectateurs, les Zurichois n’en sont pas sortis groggy. «Au fond de moi, je me disais: «Pourquoi pas?» glisse le Valaisan Thibaut Monnet, à Zurich depuis 2007. «J’y croyais, dit Mark Bastl, attaquant vaudois qui est aussi le frère de George, le tennisman. Je savais que si on arrivait à jouer à 110% de nos moyens et avec un peu de réussite, nous avions nos chances.»

Pour lui et les autres, l’aventure a en réalité commencé en 2008, quand ils sont devenus champions suisses, battant Genève-Servette sur le fil. Qualifiés pour la Coupe d’Europe, ils y sont entrés comme des Petit Poucet et ressortis en ogres. A chaque fois donnés perdants, ils ont passé en revue ce qui se fait de mieux en termes de clubs de hockey: des Suédois (Linköping), des Tchèques (Slavia Prague), des Finlandais (Espoo), des Russes (Magnitogorsk). Tous battus. «C’étaient comme des étapes. A chaque fois, nous croyions plus en nous», explique Bastl.

«C’était spécial»

Chicago en apothéose, pour la Victoria Cup, équivalent d’une finale mondiale de la Ligue des champions. Les Américains ont marqué vite, ont cru l’affaire dans le sac. Peu à peu, au fil du match, Monnet a réalisé «qu’ils avaient deux bras et deux jambes, comme nous». Et même Alain Reist, Jurassien bernois sur le banc pour cause de surnombre, a commencé à vibrer. «C’était un peu frustrant de ne pas jouer, mais j’étais super content pour les copains. Nous avons un groupe si solide, si solidaire.» Avec cela, on peut renverser des montagnes, fussentelles Rocheuses.

Les Zurichois ont égalisé, tenu bon, résisté, marqué un deuxième but. Ils ont fini par gagner. «Cela a duré à la fois peu de temps et très longtemps. C’était spécial», lâche Bastl.

«A la fin, les Américains ont été sympas. Ils nous ont souhaité bonne chance pour notre saison», se souvient Reist. Lui aussi a fini par goûter à cette soirée de gala. Son père avait organisé un car de 35 personnes parti de Bienne. Monnet rêvait éveillé. «Quand même! Moi qui adore la NHL depuis tout petit. Pour des équipes comme Montréal et surtout Detroit, la finesse de jeu d’un artiste comme Fedorov.»

Après l’exploit, le président est venu parler dans le vestiaire «et on a bu quelques verres en ville, même si nous sommes en plein championnat », glisse Monnet.

Ils réaliseront plus tard. Ils sont heureux d’avoir vécu cette aventure à Zurich, une ville qu’ils ont appris à aimer. Monnet en adore le côté international. Reist mange souvent dans le restaurant de son amie, étudiante à l’Ecole hôtelière. Ex-étudiant en finances aux Etats-Unis, Bastl dit que «ici, cela bouge tout le temps». Des héros simples comme bonjour.




«Je leur ai fait écouter du Verdi à fond!»

Football: Milan-Zurich 0-1 le 30 septembre

Avant le match, l’entraîneur Challandes a fait résonner la voix du ténor Bocelli. Puis Rochat a battu son équipe fétiche, Margairaz gagné dans le stade de ses rêves et Leoni joué avec ses poteaux. Quatre mousquetaires romands pour un triomphe: battre l’AC Milan chez lui!



Quand on lui demande de raconter le triomphe de son FC Zurich sur l’AC Milan des stars Pirlo ou Inzaghi en Ligue des champions, le défenseur vaudois Alain Rochat revoit le chrono qui défile. «58 minutes, 67, 72... On se dit que si l’on prend un but et qu’on finit à 1-1, ce sera quand même pas mal. Le temps passe encore. Tout le monde se masse derrière, nous faisons des fautes intelligentes. Nous tenons toujours.»

Vient la dernière frappe milanaise, à quelques secondes de la fin. «Elle part fort, elle est vissée, je suis masqué par toute ma défense», se souvient le gardien valaisan, Johnny Leoni. Il sait déjà qu’il ne pourra rien faire. Le temps se suspend, il entend le «pack!» sec du cuir qui s’écrase sur le poteau du but, dix bons mètres derrière lui. «Le foot se joue aussi avec les montants...» sourit-il, malicieux.

C’est fini, ils ont gagné. Pour le milieu de terrain vaudois Xavier Margairaz, le sentiment est étrange: «San Siro, c’est le premier grand stade où je suis allé. J’avais 14 ans, j’en ai eu le souffle coupé. Je n’y avais jamais joué.» Pour lui, le match perdu quinze jours plus tôt contre le Real Madrid a beaucoup compté. «Nous avons pris conscience que nous avions une belle équipe. Qu’avec un peu de chance et en gardant pareil rythme pendant un match entier, tout était possible.»

Challandes tracassé

Et puis il y a Challandes, Bernard Challandes, l’entraîneur neuchâtelois. Il vient de se faire gronder au téléphone par sa femme. «Elle m’a dit que j’étais complètement fou. Que j’avais bossé toute ma vie pour ce genre de truc, que j’y parvenais enfin et que je le prenais comme si j’avais battu Winterthour...»

Il est comme cela, Bernard. Il s’en excuse presque: «Autant je peux être fâché ou en souci jusqu’à ne plus dormir après une défaite contre Xamax, autant je reste calme après avoir battu Milan. La frustration après un échec n’est pas proportionnelle à la joie que je ressens après un succès. C’est aussi une force, peutêtre: je ne m’envole pas, je veux toujours davantage, je n’accepte pas de perdre. Le succès est normal et la défaite anormale, pour moi.»

Le voilà déjà enfoncé dans les tracas du championnat, les points de retard à rattraper, les soucis avec les remplaçants déçus. «Ce qui se passe est extraordinaire, je le sais bien. Mais à certains moments, je n’ai plus envie de vivre à 200 kilomètres à l’heure, comme maintenant. Même si on gagne à Milan...»

Entraîneur à fleur de peau, sincère, dédaigneux des compliments et attaché à une ribambelle de valeurs personnelles. Entraîneur rare, Challandes. Avant le match, il a longtemps cogité pour provoquer quelque chose chez ses joueurs, qu’il jugeait trop sérieux.

Il a trouvé. Il a chargé son assistant Hänzi de dénicher un disque de Verdi. «Bocelli chantait. Je l’ai mis à fond dans la salle de l’hôtel où je faisais la théorie, même si l’opéra n’est pas la musique de mes joueurs. Je voulais faire ressentir la passion, le feu. J’ai écrit ces mots en italien sur le tableau.»

Résultat: Zurich a gagné avec le fuoco torride d’un entraîneur issu de la vallée la plus froide du pays, celle de La Brévine.




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Tags: sport, hockey, foot, FC Zurich, Zurich Lions, Victoria Cup, AC Milan Aller en haut de page Haut de page

 

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