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Maddie, deux ans après
«Les parents de Maddie font un show pour camoufler leur mensonge»
Le policier portugais responsable de l’enquête sur la disparition de la fillette est catégorique: Maddie est décédée et, malgré leur apparent désarroi, ses parents sont impliqués. Dans un livre explosif, «L’enquête interdite», il raconte comment, en raison de pressions politiques, on l’a empêché de le démontrer.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 12.05.2009
L’enquête de sa vie. Elle a occupé Gonçalo Amaral jour et nuit, entre le 3 mai 2007 à 22 heures et le 2 octobre 2008, date de son départ à la retraite anticipée: l’affaire Madeleine Maddie Beth McCann. Une fillette anglaise de 3 ans disparue de l’appartement de vacances de Vila da Luz, en Algarve, pendant que ses parents dînaient dans un restaurant du complexe hôtelier, à quelques dizaines de mètres de là.

Amaral a 50 ans désormais. Fils d’ouvrier, cinquième d’une fratrie de six enfants, lui-même père de deux fillettes de 4 et 9 ans. Il a dû quitter ses fonctions d’inspecteur, dit-il, car «au Portugal ou ailleurs, la politisation de la police entrave le travail de cette dernière et empêche que justice soit faite. Comme l’affaire Maddie, de plus en plus d’enquêtes sont étouffées ou archivées avant leur terme.» Il est désormais consultant judiciaire à la télévision, chroniqueur dans un grand quotidien portugais et enseignant en criminologie.

Gerry et Kate McCann, les parents de Maddie, tous deux médecins, ont transformé en drame planétaire la disparition de leur fille il y a deux ans (lire encadré). De David Beckham à Cristiano Ronaldo en passant par le pape Benoît XVI, ils ont orchestré une énorme mobilisation et créé un fond de soutien qui a atteint 6 millions de francs en trois jours.

Gonçalo Amaral a été écarté de l’enquête, que la police lusitanienne a officiellement classée le 21 juillet 2008. Mais Amaral a retrouvé une liberté: celle de raconter sa version, sa conviction. Sa parole de flic.

Quels sont les éléments qui vous permettent d’accuser avec autant de conviction les parents de Maddie de mentir à la planète entière?

Il y en a une multitude. D’abord, comme ceux de leurs amis, leurs témoignages et leurs dépositions révèlent un grand nombre d’imprécisions, d’incohérences et de contradictions. Il y a ensuite l’odeur d’un cadavre confirmée par les chiens détecteurs et l’existence de traces de sang derrière le canapé de l’appartement confirmées par les analyses préliminaires. On peut présumer que la petite a chuté derrière ce meuble, peut-être à cause des calmants que ses parents lui administraient régulièrement, comme ils l’ont d’ailleurs reconnu. Même constat d’odeurs et de traces de sang dans la voiture louée par les McCann trois semaines après la disparition de Madeleine. La seule des onze voitures contrôlées qui a retenu l’attention des chiens. Il y a également le témoignage d’un couple d’Irlandais qui affirme avoir vu Gerry McCann avec un enfant dans les bras le soir des faits. Enfin, il y a l’empreinte de Kate McCann sur la fenêtre de la chambre de Madeleine qui indique clairement qu’elle a ouvert cette fenêtre, sans doute pour faire croire à la thèse de l’enlèvement, alors qu’elle a déclaré que la fenêtre était déjà ouverte lors de son arrivée sur les lieux à 22 heures, heure à laquelle elle a constaté la disparition de Madeleine et donné l’alarme.

L’intervention de Gordon Brown?


C’est votre vérité, qui n’est étayée par aucune preuve…

Ce n’est pas ma vérité, ce sont les conclusions d’une enquête menée pendant quatorze mois par plus d’une centaine de policiers et de spécialistes. Concernant les faits, les résultats indiquent que les échantillons analysés coïncident à 75% au profil ADN de Madeleine.

Pourquoi tous ces indices ne constituent-ils pas des preuves suffisantes?

Parce que ces résultats demandaient encore confirmation et qu’il aurait fallu procéder à d’autres investigations sur la base de ces données. Les dernières sans doute. On peut par exemple parfaitement imaginer que le corps de Maddie ait été dissimulé dans un congélateur entre le 3 et le 27 mai. Tout cela devait être minutieusement contrôlé. Hélas, c’est à ce moment-là qu’est apparue la volonté de classer l’affaire et que j’ai été écarté. Que l’affaire a été étouffée en réalité.

Par qui et pourquoi?

Bonne question. A poser au ministère public portugais. Il y a eu des discussions entre le premier ministre britannique Gordon Brown et le premier ministre portugais José Sócrates. Que se sont-ils dit, qu’ont-ils décidé? Mystère…

Dans votre livre, vous allez jusqu’à suggérer que l’adhésion de l’Angleterre au Traité de Lisbonne aurait été assujettie au classement de l’affaire?

Je n’affirme rien, je dis simplement que des rumeurs dans ce sens ont circulé.

«J’attends en vain la plainte des McCann»

Ce sont des accusations particulièrement graves et vous porterez une immense responsabilité si d’aventure la thèse des parents se vérifie…

Elle ne se vérifiera pas. Maddie est morte, ses parents le savent. Leur comportement le démontre. Après avoir mis en scène le kidnapping, ils ont d’emblée fait passer la thèse de l’enlèvement auprès des médias sans accepter une autre hypothèse. A ce propos, vous connaissez beaucoup de parents qui, alors que leur fille a prétendument été enlevée, engagent un chef de communication avant un avocat? Je me souviens également d’une déclaration de Kate McCann à la presse, faite quelques jours après le drame: «Dans deux ans, nous nous retrouverons encore pour chercher Maddie.» Comment pouvait-elle se montrer aussi catégorique? Enfin, pourquoi ont-ils quitté le Portugal presque aussitôt après avoir été mis en examen alors que les recherches qu’ils finançaient avec le fonds de soutien se poursuivaient?

Pourquoi mentiraient-ils et feraient-ils preuve d’un tel cynisme?

Parce qu’ils ont fauté en laissant leurs enfants seuls et qu’ils ont été complètement débordés par l’emballement médiatique qu’ils ont eux-mêmes provoqué. Cela dit, la simulation d’enlèvement est quelque chose d’habituel dans ce genre d’affaire. Les statistiques le prouvent. Depuis 1960 à nos jours, en Angleterre – mais elles sont très proches dans n’importe quel pays occidental –, on a constaté 1528 homicides sur enfants. Huitante-quatre pour cent d’entre eux sont le fait des parents et même 96% si l’on élargit aux proches. Dans la grande majorité des cas, les parents inventent une histoire de kidnapping.

Le porte-parole des McCann a t-il évoqué l’idée d’une plainte contre vous?

Je l’attends avec impatience depuis la sortie de mon livre au Portugal, il y a un an. Cela permettrait de rouvrir l’enquête et de m’expliquer avec eux devant un tribunal. Mais les parents de Maddie n’ont visiblement pas envie que la vérité éclate.

Ils vous accusent de vouloir gagner de l’argent sur le dos de leur fille…

L’argument est facile et démontre qu’ils n’en ont pas beaucoup d’autres. Ce n’est pas sérieux. J’ai écrit ce livre pour que l’opinion publique puisse prendre connaissance des coulisses de cette enquête et de ses conclusions. J’ai été contraint d’abdiquer, mais j’ai voulu défendre la vérité et les valeurs qui furent les miennes tout au long de mes vingt-sept ans passés à la police. Aujourd’hui, le dossier Maddie est archivé et ses parents n’ont aucune envie qu’il soit rouvert. Personnellement, j’ai agi comme ma conscience me le demandait. Ma mission est terminée.


Pour les McCann, Maddie est en vie

En écho à la sortie du livre de Gonçalo Amaral en versions française, hollandaise et danoise, Gerald et Kate McCann, les parents de Maddie, ont marqué le deuxième anniversaire de la disparition de leur fille en replaçant l’affaire sur la place publique. Convaincus depuis le début que Maddie est encore en vie aux mains d’un kidnappeur, ils l’ont réaffirmé lundi dernier dans la fameuse émission d’Oprah Winfrey, la célèbre animatrice de télévision américaine.
A cette occasion, ils ont d’ailleurs relancé un appel à témoins en présentant une photo de Maddie le visage vieilli de près de 3 ans grâce à un logiciel informatique. «Une manipulation de très mauvais goût et un show instrumenté pour camoufler leur mensonge», affirme Gonçalo Amaral. Après quatre mois d’enquête, la justice portugaise les avait considérés comme suspects et mis en examen, avant d’abandonner ses investigations et de classer l’affaire, faute de preuves. Les McCann sont également parents de jumeaux âgés de 4 ans. C. R.



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Tags: affaire Maddie, Portugal, policier portugais Gonçalo Amaral, livre sur la disparition de la petite Anglaise Aller en haut de page Haut de page

 

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