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Laurent Favre - Mis en ligne le 21.12.2009
Barack Obama, du rêve à la réalité
Entre son investiture célébrée en janvier par deux millions de fidèles et son prix Nobel reçu en décembre dans un sentiment de gêne palpable, l’exercice du pouvoir aura nettement érodé l’aura planétaire du 44e président des Etats-Unis. Obama, lui, se décerne quand même un B+ pour ses onze premiers mois à la Maison Blanche.
Barack Obama est l’homme de 2009. Forcément. C’est vers lui que se sont focalisés tous les regards, tous les espoirs, en cette année de crise. Sur ses épaules pèse le poids d’un monde qui ne tourne plus rond. L’écrire, c’est souligner l’ampleur de la tâche qui attendait le 44e président des Etats-Unis. Et c’est en même temps en prédire l’inévitable sentiment d’échec.
Il ne peut y avoir d’homme providentiel, fût-il jeune, beau et Noir. Parce qu’il est le premier président de couleur des Etats-Unis d’Amérique, beaucoup voyaient en lui l’incarnation du changement. Il allait mettre fin à la guerre, sauver la planète du réchauffement climatique, rétablir la situation économique, imposer sa médiation au Proche-Orient. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, mais Obama, qui avait fait campagne sur le changement et l’espoir, n’est pas innocent dans l’édification de ce vertigineux échafaudage.
Depuis son assermentation, le 20 janvier à Washington, devant une foule record (estimée à deux millions de personnes malgré une température polaire), Barack Obama a beaucoup agi. Il n’a pas trahi ses idées, mais il n’est pas allé au bout de ses convictions. Il a fait ce qu’il a pu, comme les autres. Le 22 janvier, il ferme par décret la prison de Guantánamo, à Cuba, zone de non-droit où des centaines de «combattants illégaux» sont détenus, voire torturés, au mépris des règles internationales. Mais la fermeture se heurte à des problèmes techniques et juridiques et Guantánamo hante toujours l’Amérique.
Il fait ce qu’il peut
Le 2 avril, il baisse les impôts, mais laisse le déficit atteindre la somme record de 1409 milliards de dollars, près de 10% du PIB du pays. Le 4 juin, il prononce un discours important à l’Université du Caire, qui se veut une main tendue au monde musulman. Mais il n’ose pas taper fermement du poing sur la table alors qu’Israël poursuit la colonisation de Jérusalem-Est.
Le 9 septembre, il fait voter sa réforme du système de santé. Mais elle est largement escamotée et n’offre toujours pas de couverture universelle aux plus défavorisés. Les partisans de la transparence de l’Etat sont dépités, car Obama, après avoir assuré que les lobbies «n’auraient pas leur place dans ma Maison Blanche», autorise des exceptions qui leur permettent d’accéder à des postes clés au gouvernement.
En Amérique latine, il a certes desserré l’étau sur Cuba, en autorisant les exilés à se rendre librement dans l’île, mais l’embargo économique continue d’asphyxier le régime castriste. Il n’a rien dit non plus contre le coup d’Etat au Honduras.
Sa cote est en baisse, aux Etats-Unis (sous la barre des 50% d’opinions favorables) comme à l’étranger où même la Belgique et le dalaï-lama osent l’égratigner.
Dix jours avant de recevoir le prix Nobel de la paix, il annonce l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan. A l’aube d’une nouvelle décennie, nous en sommes là. Désenchantés, mais avec encore au fond des yeux l’envie d’y croire. Et prêts à le suivre. Parce que, s’il se passe quelque chose en 2010, ce sera par lui et avec lui. Forcément.
Gardez-moi de mon ami Mark Zuckerberg
Ce qui a marqué Laurent Favre, journaliste
Fondateur, en 2004, du réseau de socialisation Facebook, Mark Zuckerberg est-il déjà l’un des hommes les plus influents de la planète? C’est LA question de cette décennie finissante. Facebook est aujourd’hui le terme le plus utilisé sur les moteurs de recherche et le deuxième site internet le plus visité du monde après Google. Mais plus la contagion se développe et plus le mystère s’épaissit sur les intentions cachées, ou supposées telles, de son géniteur… Quel pouvoir détient celui qui – potentiel-lement – sait tout de la vie privée de millions de gens? Que va faire Zuckerberg de ces milliards de photos, de vidéos, d’idées, d’informations personnelles et parfois confidentielles que ses 350 millions d’amis virtuels lui fournissent aveuglément? Dans le doute, les publicitaires ont déjà fait de lui l’un des plus jeunes milliardaires de la planète (à seulement 24 ans), alors que sa société ne dégage des bénéfices que depuis le mois de septembre 2009. Trop accros pour se déconnecter, les adeptes de la secte FB s’en remettent aux messages vaguement rassurants de Mark Zuckerberg: «Faites-nous confiance, on ne fera rien de mal.» En 1948, George Orwell n’imaginait sans doute pas que Big Brother porterait les traits juvéniles et inoffensifs de notre ami Mark.
L’invité
Ce qui a marqué Daniel Brélaz, syndic de Lausanne
«Le Brésil émerge avec Lula»
«Derrière M. Obama, la seule personnalité politique internationale qui a transcendé les frontières est le président du Brésil, Lula da Silva. Son travail pour faire admettre le Brésil non plus seulement comme un pays émergent à fort potentiel mais bien comme une future grande puissance a obtenu une forte reconnaissance internationale avec l’attribution des JO 2016 à Rio. Contrairement à d’autres leaders charismatiques d’Amérique du Sud, qui ont tendance à se radicaliser, Lula est plutôt un fondamentaliste qui est devenu réaliste. Il garde ses objectifs, mais il évolue pour les faire aboutir.»
Et encore…
Margaret Chang, Mme Grippe A
Première Chinoise à la tête d’une grande institution des Nations Unies, la directrice générale de l’OMS mène le combat planétaire contre la grippe A. C’est elle qui a lancé l’alerte sanitaire mondiale en avril, c’est elle qui a décidé le passage au niveau d’alerte maximale en juin. C’est elle qui tente aujourd’hui d’assurer aux pays pauvres un accès équitable au vaccin.
Arthus-Bertrand, la haute vue
Si 2009 est l’année de l’écologie, le photographe français y est pour quelque chose. Fort du succès de ses expositions gratuites de la Terre vue du ciel (120 millions de visiteurs dans 110 villes depuis dix ans), il récidive avec la projection du documentaire militant Home le 5 juin (Journée mondiale de l’environnement) sur l’internet, à la télévision et dans les cinémas de 70 pays.
Angela Merkel, la force tranquille
Réélue en septembre, la chancelière allemande est la femme la plus puissante du monde, selon le magazine Forbes. Loin du style carnassier de ses homologues européens (Sarkozy, Berlusconi), elle séduit en restant simple, efficace, compétente, pondérée. Des qualités très suisses finalement, qui induisent un défaut très helvétique également: Angela gère plus qu’elle n’innove.
Van Rompuy, le N° 1 européen
Personne ne le connaît et pourtant! Le 1er janvier, cet ex-premier ministre belge deviendra le premier président stable du Conseil européen, donc théorique chef suprême d’un demi-milliard d’Européens. Dans les faits, cet arrondisseur d’angles tentera d’éviter que l’Europe politique ne meure complètement. C’est pour cela qu’il a été préféré à un candidat d’un autre calibre, Tony Blair.