Par
Yan Pauchard - Mis en ligne le 21.12.2009
La leçon de Bruna Hamdani, 67 ans, femme d’otage
Rien ne prédestinait ce petit bout de femme à être sur le devant de la scène. La Tessinoise est pourtant montée seule au front pour que l’on n’oublie pas son mari, l’un des deux Suisses retenus en Libye. Son courage et sa dignité marqueront 2009 bien davantage que la folie du clan Kadhafi ou les errements des autorités helvétiques.
Elle s’est longtemps tue. Et quand elle a décidé de parler, la Suisse entière l’a écoutée, émue par son témoignage, admirative devant son courage. Bruna Hamdani, 67 ans, a brisé le silence pour que l’on n’oublie pas son mari, Rachid Hamdani, 69 ans, retenu en Libye depuis le 19 juillet 2008 avec le Zurichois Max Göldi, 54 ans. Plus de 500 jours de captivité pour ces deux otages, deux victimes de la vengeance aveugle des maîtres de Tripoli.
Depuis le mois d’octobre, la Tessinoise d’origine a ainsi donné différentes interviews. Le 11 novembre, elle lançait sur le plateau du téléjournal de 19?h?30 un poignant appel à l’adresse du régime libyen: «Je demande à la famille Kadhafi de faire travailler la partie humaine en elle et qu’elle me rende mon mari.» A chacune de ses apparitions, Bruna Hamdani frappe par sa force, sa sensibilité, son calme. A aucun moment, elle ne s’apitoie sur son sort. Jamais elle ne manifeste la moindre colère.
Pourtant, les occasions de laisser éclater sa rancœur n’ont pas manqué. Cet automne, elle vit 53 jours d’angoisse lorsque Rachid Hamdani et Max Göldi sont placés en isolement complet, avec quatre murs comme seuls interlocuteurs. Et, comme si le calvaire des otages et de leur famille n’était pas suffisant pour laver l’affront de l’arrestation du fils Kadhafi à Genève, les deux Suisses sont encore condamnés, le 1er décembre, à seize mois de prison par un tribunal de Tripoli. Une peine injustifiée, un simulacre de procès, «un coup d’assommoir» pour Bruna Hamdani, qui espérait tant passer Noël avec son mari, chez eux, dans leur villa près de Nyon.
Face à la folie des puissants
Elle ne se laisse pas abattre pour autant. Elle s’est bien sûr énervée contre ces coups du sort. Mais elle a vite retrouvé la force de se battre. Elle s’est ressourcée auprès de ses six petits-enfants et s’est octroyé quelques petits plaisirs: un peu de shopping ou un resto avec une amie. Début décembre, elle lance avec Amnesty International une grande campagne de solidarité. Elle va elle-même récolter les signatures devant la gare Cornavin, à Genève. Face à la folie des puissants de ce monde, au milieu des impasses diplomatiques et judiciaires, ce petit bout de femme reste digne, avec sa sincérité comme seule arme.
Ce rôle d’épouse d’otage, Bruna Hamdani le joue si «bien» qu’on pourrait croire que chaque apparition est minutieusement préparée, chaque mot soupesé. Il n’en est pourtant rien. «Ça vient tout seul», confie-t-elle pudiquement. Elle se laisse guider par son instinct, par ce qu’elle croit juste. Les pieds sur terre, elle sait qu’une seule outrance de sa part, ici en Suisse, pourrait porter préjudice à son mari, là-bas en Libye. Malgré les difficultés, elle continue sa route, mène son combat, comme il y a quarante ans, lorsqu’elle s’est battue pour imposer cet amour avec cet étudiant tunisien. Un mariage mixte mal vu à l’époque.
Cette droiture tranche avec les errements de la Suisse officielle, la naïveté d’un président de la Confédération, les guéguerres entre départements. En 2009, alors que la Suisse est secouée par plusieurs affaires, Bruna Hamdani a offert une belle leçon. Que le début de la prochaine année marque le retour à la maison de son mari, Rachid Hamdani.
Un soleil dans un océan de morosité
Ce qui a marqué Yan Pauchard, journaliste
Non, une miss n’est pas que futilité. Durant son année de règne, la plus belle des Helvètes a fait souffler un vent de fraîcheur sur tout le pays. Belle, drôle, piquante, Whitney Toyloy a tour à tour séduit, désarçonné, choqué même. Polémique lorsque, révoltée par le résultat de l’initiative sur les minarets, elle compare l’UDC à une «Union des cons».
Polémique encore quand elle finit dans les bras d’un sulfureux jet-setteur zurichois, avec photos coquines à la clé. Qu’importe. Impossible de lui en vouloir. Bien dans ses baskets, entourée de sa famille, l’Yverdonnoise de 19 ans s’en sort à chaque fois par un sourire, une franchise à tout crin, une plaisanterie. Whitney, c’est surtout le visage d’une jeunesse suisse multiculturelle, culottée, studieuse (elle a repris ses études au gymnase après son année de Miss Suisse). C’est peu dire que cela fait du bien à une époque où d’aucuns n’imaginent les jeunes de ce pays que comme des délinquants en puissance ou des consommateurs pathologiques de gadgets technologiques. Non, une miss n’est pas que futilité. Cette année, Whitney a été un soleil dans un océan de morosité.
L’invitée
Ce qui a marqué Esther Mamarbachi, présentatrice de l’émission «Infrarouge»
«Ben Khalifa porte haut les couleurs de notre pays»
«Le joueur de l’équipe championne du monde des M17 en football Nassim Ben Khalifa est selon moi un très bel exemple d’une intégration réussie. Il est la preuve que nous ne devons pas forcément avoir peur des étrangers. Ceux-ci peuvent aussi porter très haut les couleurs de ce pays. Les Suisses se sont enthousiasmés pour les victoires de cette équipe dont de nombreux jeunes sont issus de l’immigration, certains de confession musulmane. En même temps, avec l’initiative antiminarets, ils ont donné un signal très fort contre les étrangers. Ces deux facettes doivent nous faire réfléchir.»
Et encore…
Carlos Leal, retour gagnant
Après son apparition dans le James Bond Casino Royale, le comédien connaît, à 40 ans, une année pleine. Installé à Madrid, il y élève, avec sa compagne, Jo Kelly, le petit Elvis, âgé de 18 mois. Outre un rôle dans le nouvel Almodóvar, il triomphe sur le petit écran dans une série baptisée El Internado, diffusée par la chaîne privée Antena 3, avec un rôle d’odieux personnage.
Ursula Meier en haut de l’affiche
Trois nominations aux césars le 27 février à Paris. Trois récompenses aux quartz, les oscars à la sauce helvétique, le 7 mars à Lucerne. Le début de l’année a été placé sous le signe du film Home, d’Ursula Meier. Avec ce premier long métrage où elle dirige la comédienne Isabelle Huppert, la jeune réalisatrice représente le plus sérieux espoir du cinéma suisse.
Oskar Freysinger, seul contre tous
Certains n’hésitent pas à le comparer à Hitler. D’autres applaudissent le courage de ses convictions. Détesté ou admiré, l’UDC valaisan aura marqué 2009, omniprésent dans le houleux débat sur l’initiative des minarets dont il a été le seul défenseur en Romandie. Consécration: invité sur la chaîne Al-Jazira, le politicien a été pour 80 millions de musulmans le visage de la Suisse.
Gilles Marchand, le fusionman
Qu’importent les réticences des employés ou la méfiance des politiciens, la TSR et la RSR fusionneront le 1er janvier 2010. Le patron de cette nouvelle entité baptisée RTS pour Radio-Télévision suisse (forte de 2000 employés et de 400 millions de budget) sera Gilles Marchand, l’inflexible directeur de la TSR. A 47 ans, il s’impose comme l’homme fort du paysage médiatique romand.