Voici un des sujets forts que nous vous proposons cette semaine. Dans un hélicoptère manié par un pilote chevronné, notre journaliste Marie Mathyer et le photographe Lionel Flusin ont survolé les résidences de quelques-uns des super riches qui ont choisi Cologny pour domicile.
Cologny, 5000 habitants, verdoyant territoire de la rive sud du bout du Léman. Qui est aussi l’une des deux communes les plus riches du canton de Genève.
Certains nous reprocheront peut-être cette approche un brin voyeuriste. L’exercice offre pourtant une illustration d’un débat brûlant d’actualité: les avantages que la Suisse consent à un nombre considérable des fortunés de la planète.
Cologny. Dans l’imaginaire genevois, les plus riches sont de là. Depuis longtemps. Notre observation héliportée souligne qu’ils y sont toujours plus nombreux. A côté des maisons de maître occupées depuis belle lurette par de vieilles familles protestantes genevoises, manoirs en béton, palais en modèle réduit et gentilhommières en toute discrétion se sont multipliés.
Derrière leurs hautes haies sécurisées, d’illustres familles françaises, des Anglais retirés des affaires, des oligarques russes et des Kazakhs qui empoignent la fortune comme leurs ancêtres cravachaient leurs destriers. Mais pourquoi ces gens de tous horizons accourent-ils ici?
Les services de la promotion économique genevoise n’ont jamais songé à le cacher. Ici, les super riches bénéficient en toute tranquillité de la compétence de leurs banquiers. Mais il n’y a certainement pas que ça. Aussi rudoyée que puisse se sentir la Suisse sur la scène internationale, elle continue à profiter d’une image attrayante.
Le bassin lémanique y gagne une formidable vitalité. A son savoir-faire, à son savoir-vivre s’ajoute la fascination que la région exerce sur les plus nantis qui affluent, comme sous l’influence d’un effet tendance. Notre économie en retire des revenus fiscaux, des salaires élevés et une dynamique porteuse d’avenir.
Mais cette situation suscite aussi des interrogations dérangeantes. Pénurie de logements, cherté de la vie, compétition exacerbée, les Romands ne discernent pas forcément ce que ces nouveaux voisins super riches leur font gagner.
Le climat politique s’en ressent. Légitimité des forfaits fiscaux et bonus des gestionnaires de fortune agitent les campagnes électorales. Ces questionnements sont d’autant plus difficiles à résoudre qu’ils se posent en termes de morale.
La Suisse doit sa prospérité à sa capacité à demeurer un havre de paix. Mais, depuis le début du siècle, tout n’est plus aussi simple. Les valeurs que le pays invoque pour justifier ses relations si particulières avec le reste du monde sont brutalement remises en cause au-delà de ses frontières.
Dans cette agitation nationale et internationale, les super riches agissent comme un catalyseur. Que nous apportent-ils vraiment? Comment vivent-ils ici? Quelle influence exercent-ils sur notre vie quotidienne? On n’a pas fini d’en parler. Tout cela valait bien un survol en hélicoptère au-dessus de Cologny. Sans prétention.