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Les vrais chiffres du scandale
Alors que la banque annonce 1500 licenciements en Suisse et une perte en milliards, son ancien patron vit une aimable retraite avec les 300 millions de francs de bonus accumulés au cours de ses années de direction. Au funeste jeu des millions, d’autres records et pratiques ne manquent pas d’interloquer.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 16.10.2009

1 OSPEL = 2000 EMPLOYES PENDANT UN AN

Les mois passent et les milliards trépassent. La semaine dernière, l'UBS a annoncé un nouveau déficit de 2 milliards de francs pour le premier trimestre 2009. Un passif qui porte désormais les pertes de la banque à près de 70 milliards depuis le début de la crise des subprimes, les prêts immobiliers à risques aux Etats-Unis: soit environ trois ans de masse salariale des 70 000 employés de la banque.

Conséquence: Oswald Grübel, le nouveau grand timonier allemand de l'établissement, a sorti son gros feutre noir et biffé 8700 emplois. Dont 1500 en Suisse. Un nouveau coup dur pour notre économie et pour les finances fédérales puisque, une fois le plan social de la banque épuisé, c'est la Confédération, via la caisse de chômage, qui essuiera une fois encore les plâtres.

Pendant ce temps, Marcel Ospel (59 ans), dépositaire des «trois clés» d'avril 2001 à avril 2008 et tenu pour principal responsable de la débâcle, jouit de sa paisible retraite dans son paradis fiscal de Schwyz. Selon les estimations, ce fils de pâtissier bâlois a accumulé 300 millions de francs de bonus au cours de ses années passées à la direction de la banque. De quoi payer 2000 employés à 150 000 francs de moyenne pendant un an. Hier adulé, le banquier déchu est parti avec un parachute doré dont on ignore le montant, mais se chiffrant en plusieurs dizaines de millions. Pendant ce temps, les pertes de l'UBS sont devenues trois fois supérieures à celles qui ont conduit Swissair à la faillite. S'il avait écouté ses conseillers américains, au début de 2007, Marcel Ospel les aurait limitées à 520 millions de francs.


10 000 FRANCS PRIS A CHAQUE CONTRIBUABLE, 2 MILLIARDS DE BONUS DONNES AUX CADRES

A l'arrivée, c'est la Confédération qui paie: une garantie de 60 milliards pour crédits pourris et 6 milliards de francs injectés cash (près de 10 000 francs par habitant) pour sauver la banque de la faillite. Mais 3 milliards ont servi à payer les bonus que la banque a versés à ses employés en 2008 (2 milliards) et l'amende pour fraude au fisc américain (920 millions).

Me Dominique Warluzel n'y va pas avec le dos de la cuillère en évoquant les responsabilités de Marcel Ospel et de sa clique dans la débâcle de l'UBS. Pour l'avocat genevois, écœuré par le cynisme avec lequel la banque taille aujourd'hui dans ses effectifs, l'ancienne direction était essentiellement composée de prédateurs parfaitement policés dont l'incompétence n'avait d'égale que leur cupidité. «Je m'enrichis sur le dos de l'institution et du pays, et après moi le déluge! résume-t-il, consterné. L'incompétence n'est pas un délit. Et il n'y pas de poursuites pénales possibles tant qu'une faillite n'est pas prononcée. On pourrait envisager une plainte des actionnaires pour gestion déloyale, mais le conseil d'administration n'enclenchera pas la procédure. L'image de la banque est déjà suffisamment écornée, ce serait le coup de grâce.» Bien que les similitudes de profil et d'incompétence entre les ex-dirigeants de l'UBS et de Swissair soient avérées, les premiers échapperont donc aux tribunaux. «De toute façon, le simulacre de procès des dirigeants de Swissair a débouché sur le plus grand scandale des annales judiciaires suisses», estime Dominique Warluzel.


20 MILLIONS DE CADEAU, 23 MILLIARDS DE RETRAITS DE CAPITAUX

Le 23 avril 2008, Peter Kurer, l'ancien chef juridique, arrive à la présidence de la banque. Le docteur en droit zurichois manque d'expérience dans le domaine financier. Mais Marcel Ospel, lui, est soulagé. Et pour cause: accusé de graves négligences et sous la menace d'une inculpation en cas de plainte, Peter Kurer, qu'il a recruté personnellement pour représenter l'UBS dans les négociations avec Swissair en 2001, écarte d'emblée l'idée d'enclencher une procédure à l'encontre des anciens dirigeants.

Mais la haute voltige continue avec la multiplication des golden helloes: primes de bienvenue ou primes d'engagement, ils demeurent un moyen d'attirer encore les meilleurs à l'UBS, maintenant que les bonus font jaser.

En 2001, Mario Corti, pour voler au secours de Swissair - avec le succès que l'on sait -, avait demandé ses cinq ans de salaire d'avance, soit 12,5 millions de francs. Désormais, on offre une fortune à l'engagement en plus du salaire: Jerker Johansson, le nouveau patron de la banque d'investissement de l'UBS, aurait ainsi reçu 20 millions de francs de golden hello en février 2008. Cette technique était un classique de l'ère Ospel. En 2005, il avait «investi» 600 millions de dollars en de telles primes de bienvenue pour recruter une cinquantaine de spécialistes de la banque d'affaires aux Etats-Unis. Normalement, ces cadeaux d'engagement représentent environ une fois et demie la somme des capitaux que le gestionnaire est parvenu à amener chez son employeur dans les douze derniers mois. En clair, si le gestionnaire a «rapporté» 10 millions dans l'année écoulée, l'établissement concurrent qui le convoite lui offre 15 millions de francs comme golden hello pour le décider à changer de camp. Problème: dans les milieux financiers, on assure que l'UBS fait désormais de la surenchère dans le genre. La banque suisse offrirait plus de... 25 millions en cadeau d'engagement à un gestionnaire capable de trouver en un an 10 millions à mettre dans ses coffres. Une pratique très onéreuse, mais qui peut marcher, si l'on en croit les derniers chiffres: alors que la banque a enregistré 23 milliards de francs de retraits de capitaux au premier trimestre 2009, son entité américaine, elle, a augmenté sa masse sous gestion de 18 milliards. Grâce à ses gestionnaires recrutés à prix d'or.


3 MILLIONS POUR BERTARELLI, 50 MILLIONS POUR ALINGHI

Trois millions de francs. C'est, en chiffres cumulés, la rétribution allouée à Ernesto Bertarelli pour ses sept ans passés au conseil d'administration de l'UBS (de 2002 à la semaine dernière). Peanuts pour l'ex-propriétaire des laboratoires Serono, dix fois milliardaire en francs depuis qu'il a vendu sa société. Une généreuse rumeur a un temps laissé croire que le Suisse parmi les plus fortunés, selon le magazine Forbes, rétrocéderait ce pourboire de 3 millions, au vu du contexte de crise. Il n'en est rien pour l'instant: s'il l'avait fait, la banque aurait été en effet tenue de l'annoncer.

La présence au conseil de Bertarelli, son amitié avec Marcel Ospel, ont largement contribué à lui assurer l'engagement de l'UBS comme sponsor principal d'Alinghi au long de ces années: au total, un pactole d'environ 50 millions de francs pour le bateau du milliardaire, contrat toujours en cours. Depuis le début de sa dégringolade, la banque a pourtant revu à la baisse certains de ses autres partenariats. Elle a par exemple renoncé à sponsoriser les deux orchestres servant de socle au Verbier Festival Orchestra. Perte pour les organisateurs: 1,4 million de francs, désormais pris en charge par les collectivités publiques. A Verbier, la banque honorera toutefois sa contribution annuelle de 700 000 francs jusqu'au terme de son engagement contractuel, en 2011.

De l'avis des spécialistes, si le patron d'Alinghi n'a rien apporté à l'UBS en termes de stratégie, ses activités maritimes sponsorisées eurent leur utilité: les autorités américaines ont ainsi souligné récemment comment les events au Champagne autour d'Alinghi durant la Coupe de l'America servaient notamment aux gestionnaires de l'UBS de terrain de chasse privilégié. On y rabattait dans les coffres de la banque les millionnaires américains, en les encourageant délictueusement à de la pure fraude fiscale. Une affaire qui roulait, avant que le gouvernement de Washington ne se fâche, et réclame ce printemps prestement à la Suisse une liste des fraudeurs: c'est alors que le secret bancaire commença à prendre l'eau.



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Tags: UBS, banque, crise économique, Ospel, licenciement, Suisse Aller en haut de page Haut de page

 

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