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Michel Jeanneret - Mis en ligne le 08.02.2012
Tout le monde avait vu venir le problème. C’est d’autant plus décourageant qu’il se soit manifesté. Avec l’accord sur la libre circulation entre la Suisse et l’Union européenne, les observateurs critiques manifestaient leurs craintes de voir les salaires helvétiques tirés vers le bas par l’arrivée d’une main-d’œuvre étrangère prête à s’accommoder de conditions salariales peu favorables. D’où les fameuses mesures d’accompagnement, entrées en vigueur en 2004, censées combattre ce que l’on appelle la sous-enchère salariale. Et puis quoi? Et puis rien…
Faute d’avoir mis l’énergie nécessaire pour traquer les abus, faute d’amendes dissuasives à l’encontre des entreprises contrevenantes, ce qu’on craignait le plus s’est produit. En 2010, 41% des entreprises suisses contrôlées ne respectaient pas les rémunérations minimales prévues par les conventions collectives. Ces abus risquent de mettre en péril le précieux acquis de la libre circulation des personnes qui rapporte chaque année environ 5 milliards de francs à notre économie, soit 1% de la richesse produite sur le territoire suisse (PIB). La faute en revient aux patrons prêts à plonger dans l’illégalité pour soigner leurs bénéfices. Espérant être davantage concurrentielles et réaliser des marges plus importantes en rognant sur les salaires, les entreprises font pourtant un calcul à court terme. Si les frontières se referment, ces mêmes entreprises pourraient bien se retrouver le bec dans l’eau et donner raison au proverbe disant qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Car à la fin, ce sont les travailleurs suisses qui trinquent et qui risquent, dans un mouvement d’humeur, de donner raison à l’initiative de l’UDC «Contre une immigration de masse», mettant en danger notre place économique totalement dépendante de la main-d’œuvre étrangère. Un beau gâchis.
Si le Conseil fédéral envisage de déclencher la clause de sauvegarde pour limiter l’afflux de travailleurs étrangers, c’est probablement moins parce qu’il pense que cette mesure est efficace – il n’est même pas sûr que les conditions prévues soient remplies –, que par souci de montrer qu’il a compris que l’exaspération avait atteint un seuil critique au sein de la population. Ce démarrage tardif appelle une mesure d’autant plus énergique. Pour sauver l’accord sur la libre circulation, il faut investir dans la répression, frapper fort ceux qui profitent de travailleurs prêts à tout pour obtenir un emploi afin de s’assurer un avenir.