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RÉÉDITION
PROSE SAUVAGE
Chant d’amour à la sauvagerie de la vie, manifeste poétique pour une écologie radicale: réédition de DÉSERT SOLITAIRE, le chef-d’oeuvre de la littérature des grands espaces.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 09.11.2010

«Les noms eux-mêmes sont pleins de charme: calcédoine, cornéliane, jaspe, chrysoprase… Chrysobéryl, triphane, grenatite, zircon et malachite… On les trouve presque tous dans les environs. En cherchant bien et longtemps. Par «environs», j’entends le sud-est de l’Utah: le pays des canyons; le pays d’Abbey.»

CORROSIF ET PROVOC

A la fin des années 50, Edward Abbey, né en Pennsylvanie en 1927, travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein désert de l’Utah, au coeur de l’Ouest américain. Quand il y retourne, dix ans plus tard, il découvre que le tourisme de masse a envahi les paysages sauvages dont il se nourrissait. Désert solitaire raconte ces expériences dans un mélange de journal, de portraits, de descriptions naturalistes, d’aventures et de coups de gueule à la société de consommation. Publié aux Etats-Unis en 1968, ce chant brûlant à la vie sauvage a déclenché des polémiques à la hauteur de son succès. «Après ce livre, dira-t-il, je n’ai plus eu besoin d’avoir un travail honnête jusqu’à la fin de mes jours.» Parce que ce brûlot à la fois méditatif et rentre-dedans fit de son auteur, pourtant aussi non-violent que véhément dans sa prose, l’un des inspirateurs d’une écologie radicale, à commencer par l’organisation Earth First!, qui fait passer Greenpeace pour d’aimables jardiniers du dimanche.

Livre rare et essentiel comme le Walden de Thoreau ou le Feuilles d’herbe de Whitman, Désert solitaire mélange méditation et envolées lyriques dans un style toujours corrosif et souvent provocateur. Exemple: «Il nous faut plus de prédateurs.

Certes, les éleveurs de moutons se plaignent des coyotes qui mangent parfois leurs bêtes. C’est vrai, mais en mangent-ils assez? Je veux dire, assez d’agneaux pour rester forts, affûtés et bien nourris. Voilà mon inquiétude. Quant au sacrifice d’un mouton par-ci, par-là, cela me semble un faible prix à payer pour le maintien de la population de coyotes. Bien habitués à leur rôle par une longue tradition, les agneaux ne se plaignent pas; quant aux éleveurs, (…) la plupart sont riches comme des vaches et têtus comme une mule et peuvent largement se permettre ses pertes ridicules.» Mettez un loup à la place du coyote, substituez la caillasse du désert aux pâturages d’ici, et l’on comprend que les coups de sang d’Abbey n’ont rien perdu de leur féroce actualité. Au-delà de cette défense acharnée des espaces (et des créatures) sauvages, de cette évocation magique et sensuelle du désert, ce livre souffle, ce livre oxygène se lit d’abord comme un grand cri d’indépendance et de liberté. A sa mort en 1989, Edward Abbey demanda à être enterré dans le désert. Aujour-d’hui, personne ne sait où se trouve sa tombe.


 

CHEF-D'OEUVRE

Désert solitaire, Edward Abbey. Tous ses livres sont publiés en français aux Editions Gallmeister.

 


 

JOYEUX MILITANTS

Un mormon, un médecin, sa secrétaire et un ancien du Vietnam font équipe pour aller saboter les bulldozers du progrès en marche… Le chef-d’oeuvre romanesque d’Abbey borné de son humour hautement explosif.

Le gang de la clef à molette.

 


 

CASSE ÉCOLOGIQUE

Et puis… Contre toute attente, la fine équipe a survécu. Il s’agit cette fois d’éliminer Goliath, super excavateur géant. Les écoguerriers n’ont rien perdu de leur détermination, ni l’auteur de son engagement délirant.

Le retour du gang de la clé à molette.

 


 

TESTAMENT

Des hautes crêtes du Texas jusqu’à la mer de Cortez, un recueil de textes poétiques, picaresques, essentiels ou, comme il le note en préface: «Une ultime prière aux jeunes, aux braves, aux énervés…»

Un fou ordinaire.



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Tags: culture, livres, Edward Abbey, «Désert solitaire», grands espaces, écologie radicale Aller en haut de page Haut de page

 

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