De ses chères montagnes grisonnes, il a révélé comme aucun autre la puissante beauté. De sa famille adorée, il a peint l’amour et la joie de vivre avec une infatigable énergie.
Giovanni Giacometti naît à Stampa, dans les Grisons, en 1868. Ses parents, qui vivent très modestement d’une aubergeboulangerie, ne s’opposent pourtant pas à sa vocation de «gagne-misère» et le soutiennent dans ses études artistiques. D’abord à Munich, où il rencontre le peintre italien Segantini, qui devient son premier mentor. Ensuite à l’Académie Julian, à Paris, où il partage une chambre avec le Soleurois Cuno Amiet, qui restera son grand ami jusqu’à sa mort à Glion en 1933.
Aujourd’hui, la notoriété de ses fils, Diego et, surtout, Alberto, le sculpteur, fait sans doute de l’ombre à une œuvre lumineuse et chatoyante… Pourtant, en Suisse, durant le premier quart du XXe siècle, Giovanni Giacometti compte parmi les artistes les plus admirés. D’abord parce que, pour vivre, il a accepté quantité de commandes de ces grandes toiles décoratives pour palaces ou celles que l’on exposait dans les gares pour stimuler les voyageurs. Cette sorte d’impressionnisme touristique lui vaut ses premiers admirateurs. Et puis, parallèlement à toutes ces vues gentiment décoratives, l’artiste poursuit une œuvre infiniment plus personnelle. Travailleur infatigable, il s’essaie à toutes les techniques capables de rendre de cette lumière qui l’éblouit. Au village de Stampa, il peint les scènes d’une ville familiale heureuse, empruntant à Matisse son chant des couleurs et à Gauguin ses furieux aplats lumineux. Au col de la Maloja, où il installe son atelier d’été, il trouve le point de vue idéal à ses grandioses panoramas montagnards. Alors il s’essaie au divisionnisme, mélange hardiment les couleurs complémentaires, couvre ses paysages de petites touches vives et souples; il s’amuse au mouchetage et introduit l’arabesque sur des alpages foulés par des vaches étrangement immaculées.
Peintre de la famille et de la montagne certes, Giovanni ne renonce jamais à une expérimentation et, tout en poursuivant ses thèmes classiques autour des lacs et dans les jardins, il flirte avec le fauvisme, s’aventure aux marges de l’expressionnisme… Et puis il y a les portraits. L’homme qui tirait, dit-on, quelque fierté de sa chevelure abondante et de sa barbe blond-roux en joue en toute liberté dans plusieurs remarquables autoportraits. Résolu et prolixe, chatoyant et libre, tel était l’homme que salue la magnifique exposition bernoise.