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Bernard Challandes
«Ma famille, c’est ma force»
FC Zurich Toisé à son arrivée à la tête du club, il est aujourd’hui porté en triomphe. L’entraîneur neuchâtelois a fêté ce week-end son premier titre de champion suisse, entouré de ses enfants, de son petit-fils et surtout de son épouse. Cette coupe, c’est un peu à elle, à son indéfectible soutien, qu’il la doit.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 02.06.2009

Elle est émue. Dans les gradins du Letzigrund, Anouk, 51 ans, ne peut retenir quelques larmes. Sur les écrans géants du stade, son entraîneur de mari, Bernard Challandes, vient d’apparaître brandissant la coupe. Il est 22 heures ce vendredi 19 mai. Le FC Zurich a battu 2 à 1 son voisin Grasshopper. Un dernier match sans enjeu, car le club est certain de décrocher le titre de champion de Suisse depuis une semaine. Qu’importe. Les 22 000 spectateurs exultent, envahissent le terrain. C’est du délire.

Il est le «Meistertrainer»

Bernard Challandes tente de se frayer un chemin pour aller rejoindre sa femme. Tout le monde l’arrête, le félicite, veut un autographe, tient à se faire photographier à son côté. Il est le Meistertrainer, comme on dit de ce côté de la Sarine. Anouk est restée au pied des gradins, en dehors de la cohue, entourée de ses enfants, son clan: les deux filles aînées, Maude et Chloé, 27 et 24 ans, le cadet Jules, 16 ans (Mehdi, 21 ans, n’a pas pu venir, il joue avec Yverdon-Sport ce soir-là). Il y a aussi Manech, le petit-fils de 2 ans, qui essaie d’apercevoir son papou. Bernard réussit à s’extraire de la foule, embrasse Anouk. Un baiser tout de retenue et de complicité. Elle sourit, juste heureuse pour lui. La Neuchâteloise sait ce que ce premier titre représente pour son mari, qui va fêter ses 58 ans en juillet.

Attablé quelques jours plus tôt dans leur appartement de Wettswill, au sud de Zurich, Bernard Challandes se souvient de son arrivée à la tête du club, il y a deux ans, succédant au Vaudois Lucien Favre. Le Neuchâtelois affronte les critiques, la campagne de presse virulente du Blick, les réticences des experts en ballon rond. «J’ai été désigné parmi les premiers entraîneurs qui seraient limogés», sourit-il. Le risque, il le connaissait. Le technicien quittait alors le cocon de la fédération suisse où, pendant douze ans, il s’était occupé avec succès des Rougets, les équipes des moins de 17 ans, puis des moins de 21 ans.

«Bernard est un gentil... peut-être un trop gentil»

Anouk Challandes, son épouse

Personne ne remettait en cause les compétences auprès des jeunes de ce formateur hors pair. Sa réputation? Celle d’un coach paternaliste, un brin sorcier, aux colères mémorables. Mais beaucoup doutaient de sa capacité à diriger une équipe de l’élite. N’avait-il pas successivement connu deux expériences peu concluantes avec Young Boys et Servette en 1995? Comme un signe du destin, les Challandes ont eu de la peine à trouver un logement à Zurich. «Tous les appartements nous filaient sous le nez, se souvient Anouk. Les gérances avaient peur que l’on doive repartir après seulement quelques mois. Finalement, on a trouvé, mais parce que la propriétaire est Romande. Elle nous a dit: «Entre Welches, il faut se serrer les coudes.»

Insomnies

Durant la première année, Bernard Challandes gamberge, se remet en cause, se bat, s’accroche. L’équipe termine troisième du classement. Pas si mal. Mais pas suffisant pour Zurich, engagée dans une lutte de prestige face au voisin bâlois. «Je me suis posé beaucoup de questions, reconnaîtil. Je me disais que j’étais trop gentil, que je faisais trop confiance, qu’il me manquait cet instinct du tueur…» Il y a eu les doutes, les insomnies, les coups de cafard. «Mon problème, c’est que je n’arrive pas à faire une coupure quand je quitte mon boulot», concèdet-il. Ce que confirme Anouk: «Après un match, il ne dort pas de la nuit. Il refait sans cesse la partie.» Alors, pour changer les idées de son mari, elle le convainc de l’accompagner lors de ses promenades à pied ou à VTT qu’elle adore tant. Très sportive, Anouk a cinq Patrouilles des Glaciers à son compteur. Jeune, elle a même fait partie un temps du cadre national de ski alpin. «Sans elle, je me serais morfondu à la maison à regarder des vidéos de matchs, relève Bernard. Elle sait me calmer. Elle est mon vrai portebonheur.»

Par chance, l’appartement déniché est idéalement situé, à la lisière de la forêt, au pied de l’Uetliberg. «Cet hiver, je suis même allée faire les courses à peaux de phoque», se félicite Anouk. La région leur rappelle un peu leur vallée de La Brévine, où ils vivent depuis bientôt trente ans dans leur maison de La Chaux-du-Milieu. Trente ans, c’est également le nombre d’années de mariage de ces deux natifs du Locle. «C’est important que ma famille (ndlr: Jules est le seul des quatre enfants à vivre encore à la maison) se sente bien, assure Bernard Challandes, commentant la vue magnifique que l’on a depuis la terrasse, avec au loin les Alpes. Si elle devait pâtir du football, j’arrêterais tout de suite.»

Diplôme de bibliothécaire

Ce titre de champion de Suisse, Bernard Challandes le considère moins comme une revanche que comme une reconnaissance de son travail. Lui, le pédagogue, a un parcours atypique dans le petit monde du foot suisse. Il le sait. «J’étais un nobody», lâche-t-il, confessant une modeste carrière de joueur qui l’a mené en ligue B à UGS. De formation littéraire avec un diplôme de bibliothécaire, cet amoureux de San-Antonio enseignera plusieurs années la culture générale dans une école d’ingénieurs. C’est à 30 ans qu’il commencera à entraîner, à Saint-Imier, en deuxième ligue. Après, ce sera Le Locle, La Chaux-de-Fonds et Yverdon. Pour l’anecdote, le président de l’équipe nord-vaudoise, François Candaux, aimait à dire qu’il était content d’avoir un coach «pour qui Verlaine n’était pas le défenseur de Martigny». Une période que Bernard Challandes ne renie pas. «La promotion en première ligue avec Le Locle ou en ligue A avec Yverdon, ces fêtes à la cantine, c’était merveilleux.»

Il est 14 h 30, ce samedi 30 mai. Des milliers de supporters zurichois sont agglutinés sur l’Helvetiaplatz pour la fête officielle. Dominant la place, Anouk Challandes se tient sur le balcon du Volkhaus, observant la foule qui attend ses héros depuis plusieurs heures. De l’autre côté apparaît soudain un camion. Sur son pont, l’équipe du FCZ au grand complet. Son mari soulève alors la coupe devant la foule en liesse. La Neuchâteloise lui lance un timide salut de la main, que Bernard ne verra sans doute pas. Elle sourit. Tout ça, c’est un peu grâce à elle.


Texte: Laurent Favre Photos: Eddy Mottaz

FC Sion

Guilherme Afonso, le jeune attaquant genevois d’origine angolaise, héros de la victoire valaisanne en Coupe de Suisse, s’entraînait tout seul cet hiver et désespérait de trouver un club.

A8 ans, Benton pensait avoir tout vu l’autre soir au Stade de Suisse, lorsque son héros, son frère, son aîné marqua le but de la victoire du FC Sion en finale de la Coupe de Suisse. Mais, là, ses yeux s’écarquillent comme des soucoupes, car l’imposant trophée d’argent est ici, dans son salon. «C’est la vraie?» demande-t-il, incrédule. Un peu…

Pour ramener la coupe Aurèle Sandoz dans l’appartement familial de Chêne-Bourg (GE), Guilherme Afonso (23 ans) a dû la soustraire à son capitaine, le Français Olivier Monterrubio. Et, avant cela, la piquer au nez et à la barbe des Young Boys qui, menant 2-0, croyaient avoir enfin mis un terme à l’invincibilité valaisanne en finale. Mais le frère de Benton plaça d’abord une tête que le gardien bernois ne put que repousser dans les pieds de Goran Obradovic (1-2), puis obtint un coup franc qui permit à Stéphane Sarni d’égaliser (2-2), avant de s’enfuir seul à deux minutes de la fin marquer le but de la victoire (3-2) sous le regard halluciné des quinze membres de sa famille à qui il avait offert des billets.

Les yeux de Cusu, le père, brillent d’une autre manière. La fierté et l’émotion se mêlent aux souvenirs. L’Angola, Luanda où son fils vécut les trois premières années de sa vie; Genève, où la famille déménagea si souvent et d’où elle faillit être expulsée. Le football, et Guilherme, tout petit, qui rêvait déjà les yeux grands ouverts. «Il disait: «Je veux être footballeur, je veux être footballeur.» J’ai failli ne pas aller voir la finale, parce que je me sentais mal. Finalement, un cousin a pris le volant. Mon fils m’a offert son maillot; je suis le plus heureux des pères.»

Les yeux de Cristina sont les yeux d’une mère. Ils aiment d’un amour inconditionnel. «Nous l’avons toujours soutenu et encouragé, surtout dans les moments difficiles.»

Les yeux de Guilherme, eux, ont déjà vu beaucoup de choses. A 18 ans, il joue aux côtés de Blaise Nkufo avec Twente face au grand Ajax Amsterdam. A 19, il participe à la Coupe du monde des moins de 20 ans. L’illustré l’avait photographié à Ovronnaz avec ses coéquipiers d’alors: Djourou, Senderos, Behrami, Barnetta, Ziegler. Mais, trop tendre, il ne s’impose pas aux Pays-Bas, est prêté en deuxième division avant de revenir à Genève en septembre dernier.

Quatre mois sans club

Un échec? «Une expérience. Avant de la tenter, on ne peut pas dire si ce sera une réussite ou un échec. A 17 ans, j’ai quitté la maison pour vivre seul. Au bout de six mois, je donnais des interviews en néerlandais. Je suis devenu un homme à l’étranger.» Un homme, mais pas une star. C’est mieux, mais ça paie moins. «Pendant quatre mois, je suis resté sans club. Je m’entraînais tout seul. C’était dur. On perd le rythme, la confiance. Les questions se bousculaient dans ma tête. Je gardais espoir, je savais que j’avais un petit CV qui plaidait pour moi mais, certains matins, j’étais au fond du bac.»

Il passe un test à Clermont-Ferrand, un autre à Vaduz, manque de signer à Nyon, puis se retrouve à la mi-janvier à Sion. «C’est Frédéric Chassot qui a convaincu le président Constantin de m’engager.» Son copain Gelson Fernandes lui donne les clés de Tourbillon. «En Valais, les gens veulent des joueurs qui donnent tout sur le terrain.» Message reçu. Il s’accroche, se défonce, flambe. Après son but en finale, il a couru vers les siens dans un stade rouge et blanc. «Tout était parfait, comme dans un rêve. Je me suis même dit: «Mais qu’est-ce qui se passe?» Lui non plus n’en a pas cru ses yeux. L. Fe


Hissez haut!
Guilherme Afonso a tenu à partager son succès en Coupe de Suisse avec une partie de sa famille: Cusu, son père, Benson, son petit frère, Cristina, sa mère, et Lisa, sa copine.

En voiture
Le temps d’un aller-retour Sion-Genève, il a eu la coupe pour lui tout seul.



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Tags: Championnat suisse de football, FC Zurich, Bernard Challandes, FC Sion, Guilherme Afonso Aller en haut de page Haut de page

 

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