Autant le confesser d’emblée: j’adore la Grèce. Lors de mes études de théologie, j’y ai promené mon manuel de grec ancien, de kafeneion en ouzeria. Depuis plus de vingt ans, j’y ai passé presque toutes mes vacances d’été. Dans les îles, essentiellement. Depuis peu, je me suis installé dans les Sporades du Nord, à Skopélos, l’île où a été tourné le film Mamma Mia. J’aime la lumière, une certaine douceur de vivre, ce sentiment d’être déjà un peu en Orient…
La Grèce a un charme fou, mais c’est aussi un pays profondément malade. Corruption, clientélisme, soustraction fiscale, travail au noir minent son économie depuis des générations. Le soir, à l’heure de l’ouzo sous les oliviers, lorsque le stridulement des cigales cède la note au crissement des grillons, mes amis grecs m’ont raconté: pour placer l’un des siens dans l’armée, la police ou à l’université, il faut avoir des relations. Pour obtenir un permis de construire au village, mieux vaut être du parti du maire (lire le reportage de Philippe Clot et Blaise Kormann en page 20).
Ce n’est pas difficile, en Grèce, depuis la chute des colonels en 1974, seuls deux partis se partagent le pouvoir: les conservateurs de Nea Democratia, aux mains de la famille Caramanlis depuis trois générations, et les socialistes du PASOK, tenu par les Papandréou depuis tout aussi longtemps. Duel entre dynasties, poursuivi de père en fils…
Depuis octobre dernier, après la cuisante défaite de Costas Caramanlis aux élections législatives, c’est un Papandréou qui est premier ministre: Georges, 57 ans, de mère américaine, ayant grandi en Californie et au Canada avant d’étudier à Londres et en Suède. Esprit cosmopolite, de sensibilité écologiste et féministe, il a mené une campagne à la Barack Obama, valorisant le dialogue direct avec les citoyens via le web.
Dès son entrée en fonctions, il a voulu démontrer sa volonté de rompre avec les mauvaises habitudes du passé en s’entourant d’une équipe jeune et très féminine. Lors de sa première séance du Conseil des ministres, il a donné la parole à l’ombudsman des citoyens qui a ainsi eu l’occasion de longuement dénoncer les dysfonctionnements de l’Etat et l’étendue de la corruption. De quoi frapper les esprits. Jeudi dernier, alors qu’il exhortait le Parlement à accepter son plan d’austérité, faisant suite aux 110 milliards d’euros d’aide accordés par l’UE et le FMI, il a osé cette phrase qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait lâchée avant lui: «… et peu m’importe si je serai encore premier ministre lors de la prochaine législature…» Du jamais entendu.
Alors, oui, peut-être qu’il n’est pas trop tard, et que la Grèce détient avec «Giorgaki», le petit Georges, le grand premier ministre dont elle a un urgent besoin. Pour le bien de son pays, de l’Europe et donc aussi de la Suisse.
P.-S.: Vous avez participé à la campagne de lancement de la nouvelle formule de L’illustré en prêtant votre visage à l’un de nos photographes? Découvrez le résultat ce vendredi 14 mai à 19 h 25 sur TSR1.