Pourquoi apparaître publiquement avec une voiture que la plupart des gens ne pourront jamais se payer?
Je
n’ai pas d’inhibition par rapport à cela. Ma Porsche est ma seule vraie
passion en dehors de mon travail. Je n’ai pas de chalet en station, pas
de yacht au bord du lac, pas de bijoux dans mes coffres. Juste cette
voiture, l’objet de mon désir depuis que je suis gamin.
Vous savez pourtant que la réussite ne s’affiche pas en Suisse, qu’elle suscite pas mal de jalousie…
Ça
me brûle de vous répondre que je n’en ai rien à faire, mais je
l’exprimerai différemment: pour moi, cette voiture n’est pas un objet
pour la frime. Je la regarde comme une sculpture, un chefd’œuvre, un
rêve réalisé. Et puis je ne l’ai pas volée. J’ai beaucoup travaillé
pour me la payer.
Vous contez votre passion avec une certaine poésie, presque avec tendresse. Ce n’est qu’une voiture, finalement?
C’est
vrai. Mais il y a deux façons de regarder une voiture. Soit vous vous
bornez à y voir une machine servant à se déplacer d’un point A à un
point B, bruyante, polluante, chère, ne représentant aucun intérêt
au-delà de celui de vous transporter, soit vous la regardez comme le
fruit de l’intelligence de l’être humain, de son savoir-faire, de sa
passion, de ses rêves.
On a compris que vous apparteniez à la deuxième catégorie...
Absolument.
Quand je contemple ma Porsche, je me dis qu’il faut avoir mis tout son
cœur, toute son intelligence et toute son âme pour donner naissance à
un objet d’une pareille beauté. M’installer au volant me procure à
chaque fois une émotion intense.
Vous percevez des similitudes avec la haute gastronomie dont vous êtes l’un des maîtres?
Tout
à fait. Le dénominateur commun est la recherche constante de
l’excellence et de la perfection. C’est ce côté no limit dans la quête
de l’absolu qui me fascine.
C’est une émotion qui vous étreint depuis longtemps?
D’aussi
loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu un faible pour les objets
à moteur. Sauf pour les tondeuses à gazon. (Rire.)
La vitesse vous grise?
J’ai
également la passion de la course. Mais seulement sur circuit en ce qui
me concerne. Je pense d’ailleurs changer ma voiture actuelle et acheter
une Porsche Cup préparée exclusivement pour la piste.
Doit-on en déduire que vous êtes plutôt père peinard sur la route?
Très peinard même. Un petit retrait de permis pour excès de vitesse il y a trente ans. C’est tout!
Polluer avec votre Porsche ne vous donne pas mauvaise conscience?
Pas du tout. Ce ne sont pas mes 8000 kilomètres annuels qui vont influer sur l’état de la planète.
Les
pilotes automobiles ont la réputation d’adorer la gastronomie. Vous
devez souvent avoir l’occasion de partager vos passions avec ceux qui
sont domiciliés dans la région. Schumacher, Hamilton, Alonso, Buemi,
Loeb et d’autres…
Certains d’entre eux me rendent effectivement visite de temps en temps. Ce sont toujours de grands moments.
Au fait, on dit que vous êtes également un grand amateur de moto?
J’étais.
Mais il m’arrive encore de me balader tranquillement avec ma vieille
Harley de 1985. L’été, histoire de me changer les idées en admirant la
nature…
Une orange pressée!
A l’entendre évoquer sa «passion
Porsche», Philippe Chevrier a assurément trouvé à travers sa 911 GT3 RS
de 2008 sa vision du rêve automobile. Le double étoilé du Michelin et
élu du GaultMillau (19/20) parle de sa monture avec autant de subtilité
et de délicatesse que lorsqu’il évoque ses idées de la cuisine. Pas de
doute: l’homme appartient à la race des gentlemen drivers, passionnés
de vitesse et de belles mécaniques, pas à celle des golden boys
auxquels la marque de Stuttgart sert souvent de symbole. Il a de quoi
se régaler. Sous les formes pures et dépouillées de sa 911 ronronne un
moteur 3,6 l de 415 ch. Une cavalerie qui vous éjecte l’orange pressée
de 0 à 200 km/h en treize secondes. Evidemment, accéder à cet univers
de compétition a un prix: environ 150 000 fr. Mais quand on aime…