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Alcool au boulot: qu’en dit le patron?

Publié mercredi 29 août 2018 à 10:00
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Publié mercredi 29 août 2018 à 10:00 
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L’alcool et le travail sont plutôt antinomiques. Mais le chef a-t-il le droit d’intervenir parce qu’on boit un coup à la pause de midi?
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Jean-Pierre Martin travaille comme magasinier. A midi, il va toujours manger avec un collègue et, en général, ils boivent une ou deux bières et, quelquefois, un verre de vin. Cette habitude n’a jamais créé de problème jusqu’à ce qu’un nouveau chef édicte la règle «pas d’alcool à midi». Jean-Pierre se demande: «Le chef a-t-il le droit de se mêler de ça? » Il en a le droit. Mieux: il fait bien.

Car selon la loi fédérale sur l’assurance accident (LAA), l’employeur est tenu de tout entreprendre pour que les accidents du travail soient évités. Si un tel accident se produit sous l’influence de l’alcool, l’infraction pénale n’est pas loin. Cela peut inciter l’assurance accident à réduire ses prestations. En cas de décès, même les prestations aux survivants peuvent être réduites. Pour un magasinier, de l’alcool dans le sang représente indubitablement un danger pour ses collègues et lui-même. Avec deux bières pression et un verre de vin, Jean-Pierre Martin, 52 ans, avec une taille de 1 m 75 et un poids de 65 kilos, atteint une alcoolémie de 0,54‰, même s’il a mangé à midi. Dans un tel cas, le Centre ASN (Alkohol- und Drogenprävention im Strassenverkehr, soit «prévention alcool et drogue dans le trafic routier») recommande de ne reprendre le volant d’un véhicule qu’après 18 heures, soit quand l’organisme aura entièrement éliminé l’alcool dans le sang.

On devient plus lent dès 0,3‰

Le taux d’alcool dans le sang ne se réduit que d’environ 0,1‰ par heure. Dans le cas de Jean-Pierre, cela signifie qu’il ne sera pas sobre des heures durant et donc pas entièrement à la hauteur de sa tâche. A partir de 0,3‰ déjà, la réactivité et la perception sont affectées. L’employeur a le droit d’interdire la consommation d’alcool et de drogues sur le périmètre de l’entreprise, relève la loi sur le travail. Les CFF interdisent à leurs employés la consommation d’alcool huit heures déjà avant la reprise du travail et bien sûr pendant le travail. Pour cette raison, ils ont renvoyé dix jours à la maison un ouvrier affecté aux manœuvres et ont réduit son salaire d’autant. A bon droit, a estimé le Tribunal fédéral administratif. Le chef de Jean-Pierre Martin a promulgué un règlement qui interdit la consommation d’alcool et qui est intégré au contrat de travail. En cas d’infraction à la règle, l’employeur est habilité à prendre des sanctions, mais ne saurait licencier sur-le-champ: pour cela, il faudrait une faute nettement plus grave qu’une griserie ponctuelle.

Que faire en cas de problème d’alcool?

D’une manière ou d’une autre, des mesures hâtives et strictes ne sont guère la solution. Si le chef craint que Jean-Pierre n’ait un problème d’alcool et que les deux bières de midi ne soient pas les seules, ça ne l’avancera à rien de faire réaliser une perquisition du vestiaire de Jean-Pierre, en quête d’une preuve de son addiction. Il vaudrait mieux qu’il entame le dialogue avec son employé et s’en tienne à ses observations: qu’est-ce qui a changé dans le comportement de Jean-Pierre au travail ? Qu’est-ce que le chef peut supposer? Quelles solutions envisage-t-il? Un entretien avec le service social de l’entreprise, les RH ou une instance spécialisée dans les addictions peut se révéler éclairant. Si l’intéressé sent que son employeur croit en lui et entend l’aider, cela constitue pour Jean-Pierre une motivation – à ne pas sous-estimer – à trouver le moyen de contourner à bon escient son rapport à l’alcool.

Texte: Anita Huber, journaliste au «Beobachter».

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