Jean-Blaise Besençon
L'écrivain Antoine Jaquier présente "Légère et court-vêtue".
Tête-à-tête

Antoine Jaquier: "Je ne connaissais pas mon histoire à l'avance"

28 avril 2017

Chaque semaine, L'illustré rencontre une personnalité au coeur de l'actualité culturelle romande. Aujourd'hui, l'écrivain Antoine Jaquier qui, avec la génération Y, réfléchit au bonheur et à la réussite.

A Lausanne, on retrouve Antoine Jaquier au Café des Artisans, au sous-sol duquel il situe une partie de Légère et court-vêtue, son troisième roman. L’auteur avait pris soin de vérifier que la réalité ne rejoignait pas sa fiction: «Il n’y a pas de salle de jeu clandestine à la cave!» En revanche, parmi les habitués de cet établissement populaire et sympathique, des jeunes, représentants de cette génération Y, c’est-à-dire née entre 1980 et 1995, comme Thomas et Mélodie, les deux personnages dont le roman raconte la dérive. Elle est blogueuse de mode, rêve de participer à la Fashion Week de Paris; il est photographe mais joue surtout au poker et à tout ce qui le ruine, jusqu’à gager sa copine…

En 2013, dans son premier roman, Ils sont tous morts (Prix Edouard Rod), Antoine Jaquier avait révélé un peu de sa propre histoire. Né en 1970 à Nyon, il a vécu à la vallée de Joux une adolescence entre joints et bières; plusieurs proches, telle sa sœur aînée, payant de leur vie des addictions encore plus morbides.

Depuis une vingtaine d’années, l’écrivain s’est installé à Lausanne dont il connaît aussi les coins les plus sombres. «J’ai travaillé pour la Fondation Mère Sofia, passé des jours au Parachute à accueillir des gens qui ne savaient pas où aller dormir. C’est une grosse empreinte sur ma vision de la ville.» Et le point de départ de son métier de travailleur social qu’il exerce auprès des jeunes. Alors à l’écriture il consacre «tous les week-ends et toutes les vacances». «C’est laborieux, je passe une année sur le premier jet, une seconde pour la réécriture.» De sa scolarité, il se souvient d’une rédaction sur la vivisection, «dont le prof ne croyait pas que c’était moi qui l’avait écrite». Il se souvient aussi de ses premières nouvelles rédigées à 20 ans. Mais Antoine n’était a priori pas un littéraire. «Je ne suis pas allé à l’uni, mais écrire m’a amené à lire, John Fante, Bukowski, Houellebecq, Beigbeder; je rattrape aussi des classiques comme Céline. Pour bien écrire, il faut beaucoup lire.» Paru en 2015, Avec les chiens, son second roman qui mettait en scène un pédophile assassin et les parents de ses victimes, a beaucoup impressionné par sa noirceur. «Je ne me rendais pas compte de la puissance de la littérature. Même des lecteurs qui l’ont aimé (ndlr: il a été récompensé par la Ville de Lausanne) ont du mal à le recommander…» Depuis, deux ateliers d’écriture avec Philippe Djian ont aidé l’auteur à développer son talent. «J’ai appris à ancrer mes convictions. J’avais écrit mon premier livre très naïvement, de celui-ci je peux défendre chaque phrase et chaque chapitre.» Pour finir, l’écriture lui a aussi apporté quelque chose d’essentiel: «Depuis que j’écris, je n’ai plus peur de m’emmerder dans la vie.»

Légère et court-vêtue, 
Ed. La Grande Ourse. Antoine Jaquier dédicacera son livre le dimanche 30 avril dès 12 h au Salon du livre de Genève.