Main Image
Rolf Neeser
L’original de chaque pièce de monnaie est réalisé en plâtre, d’un diamètre d’environ 20 cm, puis corrigé à la main avant d’être photographié en 3D, puis un logiciel va commander la fraiseuse chargée de sculpter l’acier à la bonne échelle.
Reportage

Au coeur de la fabrique suisse de monnaie

04 janvier 2017

En 2017, 92 millions de pièces de monnaie ont été frappées pour remplacer nos francs usés ou abîmés, retirés de la circulation. Reportage chez Swissmint, à Berne.

C’est un brouhaha de pièces qui s’entrechoquent. Une ambiance de Las Vegas au cœur de la Berne fédérale. La comparaison s’arrêtera pourtant là. Car, au rez-de-chaussée de l’imposant bâtiment de Swissmint, dans le quartier de Kirchenfeld, les machines à sous n’ont, hormis leur cliquetis métallique, rien à voir avec celles de la célèbre ville du Nevada.


C’est dans cette immense salle que sont installées les six machines de frappe de Swissmint. Toutes les pièces mises en circulation chaque année dans notre pays sont frappées ici. Photo: Rolf Neeser

Depuis plus d’un siècle, c’est entre ces murs qu’est frappée la monnaie helvétique. Près de 100 millions de pièces flambant neuves mises en circulation chaque année pour remplacer les sous usés, abîmés ou dispersés aux quatre coins du monde comme autant de souvenirs emportés par les touristes. «Swissmint est sous l’autorité de la Confédération, mais c’est la Banque nationale suisse qui détermine les quantités de pièces à produire», explique Urs Liechti, responsable commercial chez Swissmint.


Dans la main gauche, des flans (ou pièces neutres) destinés aux pièces de 5 centimes, dans la droite des pièces terminées. Photo: Rolf Neeser

C’est l’aspect, et non la date, qui détermine la mise hors circulation de la monnaie suisse. «Il n’est ainsi pas impossible, aujourd’hui encore, d’avoir entre les mains une pièce de 1890 restée au fond d’un tiroir pendant des années. C’est rare. Peu de pays ont une monnaie aussi vieille», s’enthousiasme Urs Liechti. D’autant que, à quelques détails près, l’ornement de nos sous a très peu changé au fil du temps.

De l’argent au cupronickel

Les motifs remontent à 1848, date à laquelle la Constitution fédérale confia à la Confédération le droit exclusif de frapper la monnaie. Une décision prise pour mettre fin au chaos de l’époque, alors que plus de 800 sortes de monnaies circulaient dans la Suisse du XIXe siècle.En plus de la multitude de pièces rapportées par les mercenaires et soldats du service étranger, plusieurs autorités, comme les cantons, les villes ou encore les abbayes, étaient en droit de frapper leur argent.


Automatisée, la production de la monnaie se fait toutefois sous la surveillance d’ouvriers spécialisés, qui en contrôlent la qualité régulièrement, jusqu’à sa mise en rouleaux. Photo: Rolf Neeser

En 1850, l’Assemblée fédérale édicte la première loi fédérale sur la monnaie. L’unité est inspirée du système français. Le franc était né. Les premières pièces sont frappées à Strasbourg et à Paris, le temps que la Confédération crée sa propre fabrique, cinq ans plus tard. L’argent, alors utilisé pour la fabrication de la monnaie, est abandonné en 1968, lorsque la valeur du métal blanc dépasse la valeur nominale des pièces.


Le graveur contrôle la qualité de la frappe sur le projecteur. Photo: Rolf Neeser

«Depuis cette date, nous utilisons le cupronickel, un alliage composé de 75% de cuivre et de 25% de nickel», explique Urs Liechti. Seule exception: la pièce de 5 centimes, issue d’un alliage de 92% de cuivre, de 6% d’aluminium et de 2% de nickel.


Lors de chaque série, un échantillon de 100 pièces est prélevé afin de contrôler leur diamètre, leur épaisseur et leur dureté. Photo: Rolf Neeser

D’abord produits en Suisse, les flans (pièces neutres) proviennent depuis une vingtaine d’années de l’étranger, lorsque les derniers fournisseurs helvétiques ont cessé leurs activités. «Nous achetons nos flans en Allemagne et en Corée du Sud. Ils nous sont livrés dans des conteneurs et sont frappés ici, sur les six machines de Swissmint», poursuit Urs Liechti.


Bien que réalisés en acier, les outils de frappe n’ont pas une durée de vie illimitée. Les coins usagés sont alors détruits pour éviter toute utilisation illicite. Photo: Rolf Neeser

Entièrement automatisée, la production se fait toutefois sous l’étroite surveillance des treize employés chargés de vérifier la qualité des pièces. Une fois réalisées, elles sont conditionnées en rouleaux, lesquels sont emballés dans des cartons scellés en vue de leur stockage dans le coffre de Swissmint. Livrés dans le plus grand secret à la Banque nationale suisse, ces millions de sous neufs se retrouveront bientôt dans nos portemonnaies, prêts à entamer leur long périple. D’autres finiront prématurément dans un tiroir à souvenirs, à des milliers de kilomètres, ou dans une fontaine, lancés par quelques superstitieux en quête de fortune.