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© AFP

«La bataille pour l'héritage va être sanglante» 

Publié dimanche 25 novembre 2018 à 14:39
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Publié dimanche 25 novembre 2018 à 14:39 
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La journaliste du «Figaro» Léna Lutaud publie une enquête palpitante 
aux accents de polar sur les coulisses de l’affaire Hallyday. Avec plusieurs 
révélations à la clé, notamment sur la fortune de Laeticia. Interview.
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Quelles sont les principales révélations de votre livre*?

La découverte de deux nouvelles maisons à Saint-Barth, la villa Joy et la villa Sylvestre. Les liens de l’avocat de Laeticia avec Avista Partners, des professionnels de l’intelligence électronique surnommés «la CIA privée française». Les nombreuses cassures survenues entre Laeticia et les aînés de Johnny, notamment le fait qu’ils ont refusé en 2009 de donner leur accord, comme le prévoit la loi, pour une troisième adoption, ce qui a marqué une vraie rupture.

La guerre avait commencé bien avant la lettre de Laura rendue publique?

Oui, lorsqu’elle met le 25 janvier sur son compte Instagram un lion prêt à l’attaque avec cette phrase: «Plus la bataille est âpre, plus la victoire est délicieuse.» A ce moment, elle est dévastée psychologiquement et ses avocats et ceux de David ont beaucoup de mal à mettre la main sur les testaments de Johnny, car ils n’ont pas été déposés comme le veut la loi française au registre des notaires. La tension monte et ils comprennent très vite qu’il va y avoir un gros problème.

Vous avez retracé en détail tous les déplacements de Johnny et Laeticia de 2013 à 2017. Pourquoi?

Ce mapping, très précis et un peu fastidieux à faire, m’a permis de constater qu’ils avaient passé beaucoup moins de temps à Los Angeles que ce qu’ils prétendaient. Notamment lors des tournées, des vacances à Saint-Barth, donc sur sol français, des séjours parisiens où Jade et Joy étaient suivies par des percepteurs ou inscrites temporairement dans des écoles privées parisiennes.

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La journaliste a découvert l’existence de deux villas inconnues des avocats, comme la villa Joy, d’une valeur de 16 millions d’euros.
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Un critère important pour déterminer si le droit français ou américain s’applique. Pourquoi le tribunal de Nanterre qui devait statuer là-dessus a-t-il repoussé la séance prévue le 30 novembre au 30 mars 2019?

David et Laura ont déposé un référé qui demande au tribunal de geler les royalties de Johnny, c’est une bataille cruciale puisque le 22 janvier prochain, un tribunal de Los Angeles doit se prononcer sur la demande de Laeticia d’inclure les derniers biens de Johnny, soit les royalties et les droits d’auteur, dans les 5 trusts qui gèrent sa fortune. La raison pour laquelle les avocats des deux aînés veulent empêcher à tout prix ce transfert, c’est qu’ils savent que si Laeticia obtient gain de cause, ce sera irrévocable. Les trusts sont des coffres-forts. Impossible de récupérer les biens une fois dedans, même si les avocats de Laeticia jurent la main sur le cœur le contraire.

Tous les biens immobiliers sont dans le trust?

Oui, sauf la villa de Marnes-la-Coquette, dont la vente a été gelée par la justice française. Il manque justement les royalties, les droits d’auteur et la moitié de la société californienne créée par Johnny et Laeticia pour récupérer les droits musicaux. Si David et Laura obtiennent le 22 janvier que tout cela ne bascule pas dans les trusts, ce sera déjà une grande victoire.

Qui a le contrôle de ces trusts?

Laeticia, même si pendant des mois ses avocats ont affirmé le contraire. Ils ont fini par me confirmer qu’elle en avait le contrôle total. C’est elle qui nomme ou révoque le protector, la personne chargée de veiller à ce que le responsable du trust, le trustee, fasse correctement son travail. Le frère de Laeticia avait été nommé protector avant qu’elle ne le fasse remplacer par une Française de Los Angeles spécialisée dans l’optimisation fiscale.

A combien s’élève la fortune de Johnny?

Elle dépasse les 100 millions. Il y a d’abord le patrimoine immobilier, six propriétés entre Paris, les Caraïbes et l’Amérique. La villa Jade vaut 40 millions, la villa Joy 16, la villa Sylvestre 5, la maison de Pacific Palisades 15, et un pavillon à Santa Monica 1,5 million. Les villas Joy et Sylvestre qui sont en vente ont été acquises en copropriété avec un ami de Johnny, Jean-Claude Darmon. Quant aux revenus musicaux, ils sont divisés entre les droits d’auteur, 700 000 à 2 millions par an, et les royalties, ce que Johnny touchait comme interprète, environ un million par an. Les ventes de son dernier album ont déjà rapporté 2,5 millions d’euros de royalties. Comme Johnny était un artiste hors norme, il avait un contrat hors norme. Ses royalties se montent à 25%, soit trois fois ce que touche habituellement un artiste français.

On apprend, à vous lire, que la guerre se situe aussi au niveau des communicants. C’est grâce à un compte Instagram que vous avez découvert l’existence de deux villas supplémentaires.

Oui, deux internautes très futées avaient publié des informations sur TeamLorada, le compte qui réunit les passionnés de cette affaire. A partir de leurs infos, je suis allée sur place et j’ai compris la raison pour laquelle les avocats n’avaient pas connaissance de ces biens. Les numéros de lots du cadastre ne correspondaient pas au numéro dans les actes notariés. Etait-ce une erreur involontaire ou intentionnelle, la question est posée. La Cour des comptes a en tout cas épinglé violemment, cet été, la gestion de Saint-Barth.

Laeticia, écrivez-vous, est déjà propriétaire de la moitié des biens acquis avec Johnny. A combien se monte sa fortune personnelle?

Environ 40 millions. Ce qui fait qu’il faut soustraire cette somme à la fortune estimée de Johnny Hallyday.

Comment a-t-elle financé ses acquisitions?

C’est l’épée de Damoclès qui pend sur sa tête, car le fisc français peut lui demander de justifier l’origine de l’argent qui a servi à l’achat de ces biens. Si elle ne peut pas justifier la provenance, cela peut être considéré comme des donations en sa faveur et fiscalement c’est très différent.

On est loin des sommes évoquées pour David et Laura?

David n’a jamais rien touché de son père. Beaucoup de fake news ont circulé, principalement distillées par le camp adverse. Je les ai vérifiées une à une. Johnny n’a jamais aidé David, que ce soit pour payer des impôts ou lui offrir un bien immobilier. Laura, en revanche, a effectivement bénéficié de son aide pour acheter un appartement à la rue Saint-Sulpice, dans le quartier chic de Saint-Germain-des-Prés, qui vaut environ un million d’euros. Elle recevait depuis quatorze ans une rente de 5000 euros par mois pour l’aider à rembourser le prêt. Quand le clan de Laeticia a révélé ces informations, les avocats de Laura sont tout de suite montés au créneau pour dire que ces biens seraient décomptés de sa part d’héritage.

Au vu de tout ce que vous savez, pensez-vous que Johnny a déshérité volontairement ses aînés?

Il a signé sciemment le dernier testament, ce n’était pas quelqu’un à qui vous imposiez quoi que ce soit, mais je pense qu’il n’a pas tout à fait compris la portée de son geste. Il n’a pas seulement déshérité Laura et David, pensant qu’ils étaient grands et tirés d’affaire, mais aussi Jade et Joy. C’est ce qui m’a le plus étonné. Les spécialistes des trusts américains vous disent que dans dix cas sur dix, toutes les étapes sont prévues de façon extrêmement précise sur deux générations pour les enfants, des frais d’université à l’achat d’un appartement. Or, là, il n’y a rien. Pour moi, c’est là que réside le mystère.

Laura et David étaient-ils les bêtes noires de leur belle-mère, comme l’a affirmé Nathalie Baye?

Elle n’a pas tout à fait tort en ce qui concerne sa fille. Laura n’a pas été traitée par exemple de la même manière que David lorsque Johnny vivait ses derniers instants. Le 2 décembre, David est au chevet de son père avec sa femme et sa fille Emma alors que Laura et sa mère se verront refuser l’accès à sa chambre. Au prétexte que le rocker ne voulait pas que sa fille aînée le voie si diminué. Selon la version d’un proche de Laeticia, l’infirmière aurait demandé à Laura et Nathalie Baye de patienter au salon mais elles seraient parties au bout d’une heure (David Hallyday vient de témoigner sur TF1 n’avoir pas eu accès à son père le jour de sa mort, ajoutant avec beaucoup d’amertume que la lettre qu’il lui a écrite ne lui a pas non plus été transmise, ndlr).

Au-delà de l’argent, que pensez-vous de toute cette affaire où le vrai et le faux sont difficiles à démêler?

C’est un vrai polar, un drame proche des tragédies grecques. Il y a un dieu, des enfants déshérités, se sentant trahis. Pour David, qui n’a jamais été intéressé par l’argent, la bataille qui a trait à l’héritage artistique de son père est très douloureuse. Johnny l’exclut de toute prétention morale sur son œuvre dans son testament en 2014, et en 2015 il lui promet yeux dans les yeux qu’il est le seul à pouvoir s’en occuper sur le plan artistique parce qu’il est un grand musicien et un homme d’affaires avisé. N’oublions pas qu’il a été élevé par Toni Scotti, un des plus grands producteurs de Hollywood. Il avait le profil idéal.

Astrid DI CROLLALANZA
Journaliste au «Figaro», Léna Lutaud a enquêté auprès des principaux protagonistes de l’affaire et consulté des centaines de documents.

Difficile de rester objective dans cette enquête?

J’ai essayé de rester la plus objective possible. Seuls les écrits comptent, et je me suis procuré des cartons entiers de procès-verbaux de conseils d’administration, de documents fonciers, de fiches d’état civil, de jugements, les documents de création de trusts, etc. Je me suis rendue à Los Angeles, Saint-Barth, et même à Marseillan, au sud de la France, dans le fief du clan Boudou. Ce que je peux dire, c’est que Laeticia a manqué de psychologie en n’imaginant pas que des enfants déshérités, n’ayant plus rien à perdre, allaient l’attaquer en justice et provoquer tout ce cirque médiatique. La gestion de cet héritage est catastrophique, notamment pour les deux cadettes, Joy et Jade. Elles mériteraient que tout le monde se mette autour d’une table pour négocier. J’ai eu à m’occuper de l’héritage de Jacques Brel, dont la gestion par les héritiers est un modèle du genre dont on pourrait s’inspirer.

Comment expliquez-vous que Laeticia semble avoir pris ses distances avec sa propre famille?

Ses avocats invoquent le séisme qu’a provoqué chez elle la mort de son époux. Avec son père, elle est brouillée depuis des années sans qu’on en connaisse la véritable raison. Cet été, il a eu un grave problème cardiaque aux Caraïbes et elle n’est pas allée le voir alors qu’elle était à Saint-Barth. Il en a été très peiné et attaque régulièrement en interview Sébastien Farran, le manager de Johnny, qu’il accuse de vouloir éloigner sa fille de son clan. Les Boudou sont en outre très vexés d’être comparés aux Tuche ou aux Thénardier et moqués par les humoristes. Mais la famille n’est jamais très loin. Depuis vingt-trois ans, il y a toujours un Boudou ou quelqu’un qui travaille pour eux aux côtés de Laeticia. Comme «Syl», sa dame de compagnie, très appréciée des Boudou pour avoir soigné longtemps l’oncle de Laeticia.

Les récentes interviews de Læticia ont-elles calmé les choses?

Non. Les négociations étaient déjà au point mort à ce moment-là, les avocats ne se parlent plus, c’est la raison pour laquelle elle s’est autorisé quelques coups de griffes à l’intention de David et Laura. Je pense que la bataille qui s’annonce va être sanglante et peut durer des années.

 

*«Ils se sont tant aimés», Editions Albin Michel.

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