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© Julie de Tribolet

Les bienfaits du jeûne, guide pratique

Publié mardi 6 novembre 2018 à 08:57
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Publié mardi 6 novembre 2018 à 08:57 
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Les différents types de jeûne, les contre-indications, et notre semaine test faite par notre journaliste.
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François Busson
Lionel Coudron: ce médecin, également enseignant de yoga depuis trente-cinq ans, en est convaincu: pratiquer le jeûne est facile, sans danger et à la portée de tous.

Médecin diplômé en nutrition, nutrithérapie et acupuncture, le Dr Lionel Coudron accompagne depuis des années de nombreux patients dans leur démarche de jeûne, que ce soit à des fins de bien-être ou thérapeutiques. Il a publié l’an dernier un épatant petit livre, Le guide pratique du jeûne, où il explique que le jeûne est sans danger, à la portée de tous et parfaitement compatible avec une vie active. A la clé, un nettoyage en profondeur de l’organisme, davantage d’énergie, un meilleur mental, un corps plus jeune et un impact positif sur de nombreuses pathologies dites de civilisation.

Pourquoi jeûner?
Parce que le jeûne a des vertus physiques qui font que l’on va se sentir mieux dans son corps et une dimension psychologique, symbolique, voire spirituelle. Jeûner, c’est comme sauter dans le vide. On ne se raccroche plus à une alimentation, à notre croyance profonde que l’on ne peut pas vivre sans manger. Ce qui est vrai à long terme, mais on peut très bien vivre sans manger quelques jours.

Quelques jours…
Dans la Bible, le Christ jeûne 40 jours dans le désert pour se préparer à sa mission. La durée du jeûne pascal au cours du carême a ensuite été fixée par l’Eglise à 40 jours. Dans le judaïsme, il est dit que Moïse reçut la Torah et les Tables de la loi à la suite de deux jeûnes de 40 jours. Or on sait aujourd’hui que les réserves de l’adulte en parfaite santé et de poids normal lui permettent théoriquement de jeûner pendant une période maximale de 40 jours sans altération de sa santé. Mais, sans suivi médical dans un centre spécialisé, je déconseille à quiconque de jeûner seul chez lui plus de deux semaines.

Pourquoi le jeûne est-il bénéfique pour l’organisme?
Premièrement, parce qu’il n’est pas mauvais. Ce n’est ni une punition ni une pénitence, et on ne va pas se sentir mal pendant des jours. Tout simplement parce que notre corps est conçu, programmé pour jeûner. C’est un héritage précieux que nous ont légué nos ancêtres qui, depuis l’époque des chasseurs-cueilleurs, ont été confrontés à des périodes où la nourriture venait périodiquement à manquer. Et ce, jusqu’à il y a un demi-siècle en ce qui concerne les sociétés occidentales. Or, nous sommes les descendants de ces individus qui, durant les périodes de disette, réussissaient à survivre et qui nous ont transmis ce métabolisme.

Mais depuis cinquante ans, l’Occident n’a plus connu de disette…
Non, il connaît exactement le contraire: le règne de la profusion alimentaire en termes de quantité mais également de fréquence des repas avec le grignotage alimentaire. Or notre organisme est beaucoup mieux armé pour jeûner que pour supporter un excès d’alimentation répété. C’est pourquoi nous avons toutes ces «maladies de civilisation», ces pathologies chroniques comme les maladies cardiovasculaires et nombre de maladies inflammatoires articulaires et intestinales ou neurodégénératives. Une alimentation trop importante ou trop fréquente est aujourd’hui clairement un facteur de risque majeur pour la santé.

Dans votre ouvrage, vous faites une distinction claire entre jeûne bien-être et jeûne thérapeutique…
Le jeûne bien-être, c’est ce que tout adulte en bonne santé peut entreprendre à tout moment en continuant de vivre normalement. Ce peut être simplement un repas que l’on saute parce que l’on a un peu trop abusé des bonnes choses les jours précédents ou un jeûne d’une journée ou d’un week-end, voire d’une ou deux semaines. En dehors de quelques désagréments pouvant survenir dans les deux ou trois premiers jours, c’est un puissant facteur de bien-être physiologique lié simplement au fait que vous nettoyez votre organisme. Cette détoxication opère à deux niveaux. Au niveau du foie, l’organe de détoxication par excellence, dont les fonctions de neutralisation des substances négatives et d’élimination sont régénérées, et au niveau des cellules, par un phénomène découvert récemment et qui excite énormément les chercheurs: l’autophagie. C’est la capacité qu’ont les cellules à s’autodétruire. Or, durant un jeûne, les cellules de l’organisme subissant un stress du fait du manque d’énergie, celles qui sont saines réduisent naturellement leur métabolisme pour s’adapter. Par contre, les cellules dysfonctionnelles, désarmées, s’autodétruisent, servant même d’aliments à l’organisme! Encore mieux, il est également prouvé que le jeûne dope le développement de cellules-souches accélérant le rajeunissement de l’organisme et, donc, sa longévité. Tout cela explique les vertus de régénération du jeûne.

Certains pratiquants du jeûne parlent même d’un effet «planant»…
En effet, au bout du cinquième jour, la sécrétion dans le sang de dopamine, d’adrénaline et de sérotonine, «l’hormone du bonheur», augmente et améliore le sentiment de vitalité, de concentration, de vigilance, de forme et de stimulation cognitive. Mais il y a également un effet psychologique, car c’est une expérience de dépassement de soi extrêmement valorisante: on ne se croit pas capable et, neuf fois sur dix, on y arrive. On apprend à la fois le lâcher-prise et le contrôle.

Le jeûne est-il un bon moyen pour maigrir?
Il entraîne une perte de poids importante, de l’ordre de 200 à 500 grammes par jour pour les femmes, un peu plus pour les hommes. Mais ce n’est pas la solution miracle pour perdre du poids. Il est clair que si vous vous contentez de jeûner lorsque vous avez pris du poids sans que cela s’accompagne d’une réforme de votre régime alimentaire, cela ne va pas marcher. Pire, vous risquez un effet boomerang qui vous fera reprendre plus de poids que vous n’en avez perdu. Mais le jeûne, en vous mettant face à vous-même, un peu comme la méditation, vous permet de vous reconnecter à l’essentiel et d’installer un rapport différent à la nourriture. Maintenant, en ce qui concerne les fortes surcharges pondérales et l’obésité, on passe dans le domaine du jeûne thérapeutique.

Quelle différence?
Il s’agit là de s’attaquer à une pathologie sévère, en l’occurrence un syndrome de résistance à l’insuline qui entraîne une prise importante de poids. Or la surcharge pondérale peut être aujourd’hui corrélée à tout un cortège de maladies: diabète, hypertension artérielle, affections cardiovasculaires, cancer… Si vous observez une carte de l’obésité dans n’importe quel pays occidental, elle se superpose à celle de la fréquence des cancers et des maladies cardiovasculaires.

Un jeûne thérapeutique, c’est-à-dire l’arrêt pendant une période donnée de toute prise alimentaire pour diminuer les symptômes et ralentir l’évolution d’une maladie, doit-il obligatoirement être prescrit et suivi par un médecin?
Oui, afin d’écarter toute contre-indication, de surveiller les paramètres du patient pendant le jeûne et d’adapter les traitements existants. Le jeûne thérapeutique est intéressant pour deux types d’affections. D’une part, on vient de le voir, les troubles liés au système métabolique (cholestérol, diabète, hypertension, excès d’acide urique…), d’autre part, toutes les maladies liées à un phénomène d’oxydation ou d’inflammation résultant d’une surcharge alimentaire (maladies rhumatismales, respiratoires, digestives, dermatologiques, neurodégénératives…).

Et qu’en est-il du cancer?
Parmi les cellules qui ne résistent pas à un environnement sans glucides, les cellules cancéreuses sont particulièrement agressées et atteintes comme le suggèrent les travaux de Valter Longo. Ce chercheur italo-américain a pu constater chez des souris qui jeûnaient l’accélération de l’autodestruction des cellules cancéreuses et la réduction du volume des masses tumorales. On peut donc considérer le jeûne comme une des meilleures armes anti-cancer préventives. D’autre part, en cas de cancer déclaré, tout porte à croire que le jeûne couplé à la chimiothérapie permet d’augmenter l’efficacité de cette dernière et donc de diminuer les effets secondaires des traitements.

Contre-indications au jeûne
Le jeûne est contre-indiqué chez…
- Les enfants et les adolescents
- Les femmes enceintes ou allaitantes
- Les personnes âgées
Les pathologies suivantes entraînent une contre-indication absolue au jeûne:
- Arythmies cardiaques
- Décollement de la rétine
- Dénutrition, cachexie
- Diabète de type 1
- Hyperthyroïdie
- Hypotension artérielle sévère
- Infection en cours (tuberculose…)
- Insuffisance hépatique avérée
- Troubles du comportement alimentaire: anorexie mentale ou boulimie


DR
Le guide pratique du jeûne: l’ouvrage indispensable pour tous ceux qui désirent entreprendre un jeûne chez eux en toute sécurité.

Les différents types de jeûnes
Lorsque vous n’apportez plus de nourriture à votre organisme, vous ne lui fournissez plus de sucres et votre corps est amené à fabriquer de l’énergie essentiellement à partir des graisses stockées. Pour obtenir cet effet de cétose, il convient de ne pas ingérer plus de 450 kcal par 24 heures, dont moins de 50 g de glucides. C’est le but recherché par la plupart des régimes présentés ci-dessous.

La diète protéinée
Comment ça marche?
Elle consiste à ne rien manger pendant une semaine tout en prenant 4 fois par jour 20 g de protéines hydrolisées en poudre prescrites par un médecin ou un pharmacien plus, éventuellement, de la salade verte et un légume pauvre en calories avec une cuillerée à soupe d’huile de noix ou de colza. Il est conseillé également de prendre un complément de sels minéraux pour éviter les éventuels maux de tête et crampes liés à l’acidose.
Quels effets?
Ce type de régime s’adresse plutôt à ceux qui souhaitent jeûner alors qu’ils présentent une masse maigre réduite (os ou muscle) et à ceux qui pensent qu’ils ne parviendront pas à faire un vrai jeûne. Les contre-indications et les bénéfices attendus sont les mêmes que pour le jeûne complet.

La méthode Büchinger
Comment ça marche?
La restriction alimentaire s’accompagne de l’absorption tous les soirs d’un bouillon ou d’un potage de légumes. Pour ne pas apporter plus de 450 kcal à l’organisme et moins de 50 g de glucides afin de rester en mode jeûne, il faut simplement choisir des légumes pauvres en glucides et en petite quantité: 1 carotte, 1 poireau, 1 navet et 1 oignon cuits dans un litre d’eau salée à consommer sur trois jours (33 cl de soupe par jour).
Quels effets?
Cette possibilité de consommer un repas léger par jour présente un avantage à la fois psychologique et physiologique. Conserver un repas même frugal par jour que l’on peut prendre en famille est moins «pénible» que de couper avec ses habitudes alimentaires. Par ailleurs, les légumes et le sel ajouté apportent des sels minéraux qui compensent les carences affichées durant cette période. Il est possible aussi de consommer, à la place de cette soupe, un fruit par jour, mâché longuement pour éviter de réactiver le processus de digestion.

Le jeûne hydrique pur
Comment ça marche?
Il consiste à ne consommer aucun aliment tout en buvant de l’eau à profusion.
Quels effets?
Il permet un repos total du tube digestif mais présente deux inconvénients majeurs: une fatigue prononcée pour le jeûneur liée à la fuite des sels minéraux et de violents maux de tête, nausées ou douleurs articulaires consécutifs à la cétose.

Les monodiètes
Comment ça marche?
Elles se distinguent du jeûne puisqu’il n’y a pas de limitation de l’apport calorique. Un seul fruit est autorisé: raisin, pomme, ananas…
Quels effets?
Ces monodiètes sont intéressantes en cas de troubles digestifs, car elles améliorent la flore intestinale et stimulent la détoxication hépatique en neutralisant et en éliminant les toxines. Par contre, elles n’ont pas les effets d’un jeûne puisque le nombre de calories apportées sous forme de glucides est proche des besoins quotidiens. Une monodiète dure de 1 semaine à 10 jours et ne nécessite pas de précautions particulières mais ne peut pas représenter, à l’image de la diète protéinée, un bon modèle alimentaire au long cours.

Le jeûne intermittent
Comment ça marche?
Cette pratique, prônée notamment par Valter Longo, consiste à jeûner deux jours par semaine.
Quels effets?
Cette importante réduction calorique entraînerait une amélioration de l’espérance de vie et un recul des maladies. Une variante, l’alimentation cétogénique, se résume à des jeûnes courts de quatorze à seize heures, généralement en sautant le petit-déjeuner ou le repas du soir.


Ma semaine de jeûne
Dans le cadre de ce dossier, l’auteur, François Busson, journaliste à «L’illustré», a fait l’expérience d’un jeûne de 6 jours selon la méthode Buchinger. Voici le récit de cette semaine d’abstinence, suivi, pour chaque jour, de l’analyse médicale du docteur Coudron.

François Busson
 

Lundi 27  août
Une journée comme les autres et une première constatation: jeûner vous fait gagner un temps fou. Si l’on additionne les temps de préparation et d’ingestion des traditionnels trois repas de la journée (plus la vaisselle et les séminaires aux toilettes…), c’est deux bonnes heures gagnées chaque jour pour lire, se balader, faire la sieste, regarder un film… Seul moment pas très glamour: ma visite au supermarché en fin de journée, dans les odeurs de poulet rôti, pour m’acheter les légumes pour mes 33 cl de potage quotidien.

Dr Coudron: si le jeûne est souhaité, la première journée se passe tout à fait normalement. Sur le plan métabolique, on puise simplement dans ses réserves de sucre.

Mardi 28  août
Hier soir, je me suis retourné un bon moment dans mon lit avant de trouver le sommeil, dans un état proche de celui qui précède une grippe. Réveil un tantinet comateux le matin. Mais je profite de ma pause de midi, débarrassée de toute contingence alimentaire, pour me faire une petite toile au Flon:
Alpha, l’histoire d’un chasseur-cueilleur qui crève la dalle pendant une bonne partie du film. Par chance, aucun des rares spectateurs présents n’a déballé son seau de pop-corn et je peux m’identifier parfaitement au héros.

Dr Coudron: les impacts sur le sommeil sont normaux et sont liés à la sécrétion de dopamine, de noradrénaline, de cortisol et des corps cétoniques, tous psychostimulants.

Mercredi 29  août
Panique au réveil: j’ai perdu 1,3 kilo durant la nuit! Je suis en train de me manger de l’intérieur! Je traîne un peu avant d’aller à ma réunion de travail de 11 h et décide de prendre congé l’après-midi (je ne travaille qu’à 80%). En soirée, réunion avec l’équipe du P2R (le panier bio à 2 roues), pour préparer les prochaines recettes publiées sur le site de la coopérative à partir des légumes livrés chaque semaine aux membres. Je n’ai pas brillé par mon inventivité culinaire…

Dr Coudron: il ne faut pas s’inquiéter si la perte de poids n’est pas régulière pendant un jeûne. La variation du poids dépend de la fluctuation de l’eau dans le corps qui suit les sels minéraux. C’est en marches d’escalier.

François Busson
 

Jeudi 30  août
Lever à 5 h 30 pour me rendre au dojo zen. Mais je ressors déçu par ma séance de méditation. Moi qui croyais planer sur mon coussin, l’esprit affûté par le jeûne et empli de joie spirituelle, j’ai passé une demi-heure avec une légère nausée, la sueur aux tempes et l’estomac gargouillant. Sinon, journée normale un peu au ralenti. Je dors mal depuis trois jours et je ressens plus les effets du manque de sommeil que du jeûne proprement dit.

Dr Coudron: l’augmentation des corps cétoniques entraîne cette légère nausée qui montre que l’on n’a vraiment pas faim. Mais l’adaptation se fait, petit à petit.

François Busson
 

Vendredi 31  août
Je ne pensais pas qu’il était possible de ne pas manger pendant cinq jours tout en continuant à mener une vie active normale. J’ai même pu faire ma séance de spinning à midi au fitness. Bon, j’ai dû un peu l’écourter pour aller m’allonger les jambes en l’air… Mais je me sens en forme, plus calme, plus patient et plus aimable avec mon entourage. Un comble pour quelqu’un qui ne supportait pas de devoir patienter pour manger.
Dr Coudron: le jeûne passe en phase de croisière. On se sent en forme, la période d’adaptation est derrière soi et l’organisme tire un maximum de bénéfices de l’opération.

François Busson
 

Samedi 1er  septembre
Avant-dernier jour de jeûne sans aucune sensation de faim. Je m’offre même mon petit tour hebdomadaire au marché de Lausanne pour faire le plein de légumes et de fruits (bios!) que je me réjouis de savourer lors de mon progressif retour à une alimentation normale. Un moment que j’attends sans aucune fébrilité. Et que je décide de repousser à lundi matin pour vivre une journée de plus cette déconcertante expérience du jeûne.
Dr Coudron: le jeûne correspond bien à un besoin physiologique et le bénéfice est tellement perceptible que, dans un cas sur deux, on a envie de le poursuivre…

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