François Busson
Après une opération pour un cancer du testicule, Paul Herrmann, 32 ans, s'est mis au yoga.
Santé

Cancer et thérapies naturelles: quatre patients témoignent

21 mars 2018

Les thérapies alternatives, auréolées d’un tout nouveau diplôme fédéral, font leur entrée par la grande porte dans les structures hospitalières. La médecine dite intégrative a enfin trouvé sa place dans le monde de la santé. Et c’est tant mieux pour les patients qui, de leur côté, avaient déjà compris que cette complémentarité s’avérait souvent bénéfique. Ces quatre témoignages disent tous la même chose: si ces personnes se sont tournées vers des thérapeutes alternatifs, c’est parce qu’elles avaient aussi besoin d’être écoutées et de redevenir acteurs de leur maladie.

«Ce cancer a été un avertissement sans frais»

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Le patient Paul Herrmann, 32 ans, chef de projet en assistance en maîtrise d’ouvrage

«En 2014, j’ai perdu mon père, décédé d’un cancer du cerveau à 57 ans en l’espace de six mois. Ça a été un choc terrible, d’autant plus que j’ai dû tout gérer par la suite, m’occuper de ma mère et de ma petite sœur. Deux ans plus tard, j’ai été atteint d’un cancer du testicule droit, heureusement détecté à temps et qui a été immédiatement opéré avec succès.

J’aurais pu en rester là en me disant que j’avais eu de la chance de me choper un cancer aussi aisément guérissable. Mais malgré mon urologue, qui m’a assuré que c’était la faute à pas de chance et à la génétique, j’ai décidé de changer d’hygiène de vie: j’étais tout le temps stressé par le boulot, je mangeais n’importe quoi sauf des fruits et des légumes, je ne faisais pas attention à ma consommation d’alcool… Avec l’aide de mon naturopathe et les encouragements de ma compagne, j’ai adopté une alimentation quasi végétarienne, arrêté la cigarette et me suis limité à une bière par semaine. Tout cela en douceur et sans jamais vraiment ressentir de manque. J’ai également obtenu de ne plus travailler qu’à 80% et, début 2017, je me suis mis au yoga en me disant que si tant de grands chefs d’entreprise en faisaient, il y avait une raison. Et là, j’ai découvert ce que c’était d’être vraiment bien dans son corps, la souplesse retrouvée, la force intérieure, l’harmonie… Et finies les trois ou quatre séances annuelles chez l’ostéopathe!

J’ai beaucoup réfléchi aussi à ce qui m’était arrivé, à ce deuil, à cet immense stress qui l’a suivi. Et j’en suis arrivé à la conclusion que ce cancer était un avertissement sans frais de la vie. Il n’y en aurait pas d’autres et il fallait en tirer des enseignements. Et la naissance prochaine de mon fils, en juillet, me renforce encore dans l’idée que j’ai eu raison de changer de vie…»

La thérapeute Sophie d’Avenia, professeure de yoga à Lausanne

«Le yoga permet de découvrir son corps, d’apprendre à respirer pour emmagasiner un maximum d’énergie vitale. Avec la méditation-relaxation, c’est son propre psychisme que l’on est amené à explorer. C’est primordial lorsqu’on sait l’influence qu’a notre manière de penser sur notre santé. C’est enfin un formidable outil pour se déstresser».

«Chacune des aiguilles ramenait un peu de vie en moi»

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La patiente Sylvie Py, 51 ans, auxiliaire de service en EMS à Lausanne 

«Ce fut le cadeau de mes 50 ans: un cancer du pancréas déjà métastasé au niveau du foie découvert au scanner. Et cerise sur le gâteau, une embolie pulmonaire consécutive à la biopsie du foie. Tout cela au mois de mai de l’an dernier. Avec un diagnostic sans appel: cancer inopérable, mettez vos affaires en ordre. Ça a été un choc terrible! Lorsque j’ai été hospitalisée pour mon embolie, je craignais de mourir chaque nuit. Le médecin m’avait d’ailleurs demandé si je souhaitais être réanimée en cas d’arrêt cardiaque… Et puis, on vous passe d’une salle d’examen à l’autre, on vous branche, vous débranche pour vous injecter des choses terribles pour votre corps. Vous ne comprenez pas ce qui arrive, vous êtes simplement en mode survie. Et on a peur, terriblement peur…

Jusqu’à ce que je rencontre Kiu que m’avait recommandé une amie. Il m’a parlé autrement, m’a offert une autre vision des choses. Et pourtant, j’avais une sacrée frousse des piqûres! Mais j’ai constaté assez vite une amélioration de mon état aussi bien psychologique que physiologique. Couchée dans son cabinet, j’avais l’impression que chacune de ses aiguilles ramenait un peu de vie en moi. Mais ce n’est pas magique, c’est un traitement quotidien au long cours. Ses conseils nutritionnels m’ont été également très utiles: proscrire le sucre et les produits laitiers, limiter les protéines animales, etc. Résultat, j’ai pu supprimer les médicaments pour la digestion que j’étais obligée de prendre pendant les chimiothérapies et je n’ai pas perdu de poids. Et lorsque j’ai eu de fortes douleurs, Kiu a réussi à les faire passer. Bref, j’ai gagné à la fois un soutien moral et un confort de vie.» 

Le thérapeute Kiu Caracani est spécialiste en médecine naturelle et acupuncteur à Lausanne depuis plus de vingt ans

«J’accompagne actuellement une quarantaine de patients atteints du cancer en vue de réduire les effets secondaires des traitements et d’améliorer leur qualité de vie. Je les traite par l’acupuncture avant et après les chimiothérapies et par la phytothérapie. On peut ainsi diminuer les phénomènes de fatigue chronique, les douleurs, les allergies cutanées et la perte d’appétit ou de sommeil.»

«À la recherche de la tumeur... désespérément»

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La patiente Sonia Flury, 61 ans, enseignante à Lausanne

«Au mois de juin 2015, je me suis rendue à un contrôle médical comme Madame Tout-le-Monde. Sauf que cette fois-là, on a trouvé du sang dans mes urines, puis une tache sur le foie. Finalement, la biopsie du foie pratiquée au CHUV en janvier 2016 a révélé une métastase dans un tableau général très flou. S’en est suivie toute une batterie d’examens à la recherche de la tumeur désespérément... A ce stade-là, ils ont décidé de m’opérer en me laissant quinze jours pour réfléchir. Mais c’était tout vu, j’ai refusé qu’on m’ouvre à partir d’un diagnostic aussi imprécis.

Et j’ai décidé de me soigner avec les médecines naturelles... J’ai d’abord contacté un acupuncteur, qui m’a traitée deux fois par semaine durant plusieurs mois. C’est lui qui m’a recommandé le jus de poireau et m’a aiguillée vers une alimentation crudivore. Aujourd’hui, je n’utilise mes casseroles que pour préparer la nourriture des chats! Le printemps suivant, j’ai contacté Patrick Lenoir, qui m’a traitée selon les principes de la naturopathie et de l’homéopathie en commençant par un nettoyage de l’intestin et un soutien du foie avec des plantes et des draineurs. Il m’a aidée également à régler des problèmes de sueurs nocturnes et d’œdèmes au niveau des genoux et des chevilles. Et j’ai complété cette équipe de choc par le docteur Tauxe, aromathérapeute à Lausanne. 

Six mois plus tard, le radiologue du CHUV m’annonçait que mon dernier scanner IRM révélait une image très propre et me demandait quel traitement j’avais suivi: opération ou chimiothérapie? J’étais justement en train de lire un livre, La méditation m’a guéri. Je l’ai brandi devant lui en disant que c’était cela qui m’avait guérie... Quant à mon oncologue, que je reverrai cet été, je l’ai laissé également dans la plus grande perplexité...»

Le thérapeute Patrick Lenoir, homéopathe et micronutritionniste à Lausanne

«A la base de tout cancer, il y a un problème d’immunité et d’inflammation. Il faut donc immuno-stimuler et désenflammer. En dehors de ces remèdes de fond, l’homéopathie propose également des remèdes spécifiques adaptés à chaque type de cancer ou en accompagnement des radiothérapies ou des chimios.» 

«J’ai décidé d’arrêter cette chimio qui tuerait un bœuf»

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La patiente Danielle Stücker, 70 ans, résidant à Morges

«En avril 2017, on a repéré, suite à une biopsie, un carcinome sur une de mes amygdales et, quatre jours après, je passais sur le billard pour me les faire enlever. Ensuite, on a voulu me prescrire des séances de rayons car les ganglions étaient métastasés. Séances que j’ai refusées. J’ai été pendant trente ans secrétaire médicale à l’Hôpital de Morges et le milieu hospitalier ne m’impressionne pas. Et je savais qu’en me brûlant les glandes salivaires, on me condamnait à un terrible handicap et une qualité de vie grandement altérée. «Heureusement», on a découvert ensuite des métastases pulmonaires et l’option rayons a été abandonnée.

Quand la chimiothérapie a été décidée, j’ai tout de suite pris rendez-vous chez Hannes Jacob que m’avait recommandé une collègue et il m’a suivie une fois par semaine pendant les deux premiers mois. J’ai magnifiquement supporté le traitement oncologique pourtant extrêmement agressif, continuant à faire mes courses et mon ménage sous les regards incrédules des infirmières qui opéraient en salle de soins. Je ne dis pas que c’est tout grâce à Hannes, mais il m’a beaucoup aidée et je suis sûre qu’il m’a fait du bien. Il m’a conseillée pour mon régime alimentaire et, sachant que je suis une accro au sucre, m’a encouragée à en consommer moins. Mais il a suffi qu’il m’abandonne un mois pendant les vacances et là, j’ai dégringolé: vomissements, saignements aux mains, aux pieds, au visage, la langue comme un caillou dans la bouche… C’est là que j’ai décidé d’arrêter cette chimio qui tuerait un bœuf. Et en accord avec mon médecin, je suis passée à un traitement d’immunothérapie.» 

Le praticien Hannes Jacob, médium guérisseur et fondateur de l’Ecole suisse de médiumnité de Neuchâtel

«Le traitement énergétique que je pratique sur mes patients agit sur plusieurs plans. D’une part, il booste le système immunitaire et renforce la vitalité pour leur permettre d’affronter l’épreuve de la maladie et de supporter les effets délétères des traitements oncologiques. D’autre part, je pratique la technique EPI (extraction d’information pathologique) en retirant les informations néfastes inscrites dans le corps.» 

Pour poursuivre votre lecture: l'interview de Dr Pierre-Yves Rodondi, qui a dirigé le Centre de médecine intégrative du CHUV