Didier Martenet
Martine Schneeberger, 33 ans, et Philippe Fontana, 46 ans, ont osé se remettre complètement en question et changer de vie professionnelle, radicalement.
Société

Changer de vie: vous en avez rêvé, ces Romands l’ont fait!

08 septembre 2017

N’avez-vous jamais rêvé, un jour, de tout envoyer promener et de changer de vie professionnelle? Pour la plupart d’entre nous, cette option radicale reste à l’état de fantasme, mais certains Romands n’ont pas hésité à exaucer leur rêve, à l’image de Martine Schneeberger, 33 ans, et Philippe Fontana, 46 ans, qui témoignent.

Martine Schneeberger, passée d’horticultrice à propriétaire de boutique de laine et loisirs créatifs: «On est toujours un peu fou quand on lance un business!»

«Moi, je vais dans tous les sens. J’aime tellement de choses différentes, je suis intéressée par tout. Mon problème, c’est que je me disperse.» Ultra-souriante, pétillante et dynamique, Martine a de l’énergie à revendre. Aujourd’hui, c’est ce qui la sauve. En quelques mois, elle a ainsi pris la décision de quitter son emploi aux Parcs et jardins de la Ville de Bex, comme responsable des cultures, pour ouvrir Au Fil du Temps, une boutique de laine et loisirs créatifs: «Un petit coup de folie.» Elle a contacté des fournisseurs, lu de quoi écrire une thèse sur la filiale de la laine en Suisse, recyclé des meubles pour le magasin et appris sur le tas à faire fonctionner la caisse enregistreuse achetée en seconde main sur Internet. Le tout une fois que ses deux enfants de 3 et 4 ans étaient couchés.

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Martine Schneeberger, 33 ans, a abandonné son emploi d'horticultrice pour ouvrir sa propre boutique de laine. Photo: Didier Martenet

«On est toujours un peu fou quand on monte une entreprise. J’ai aimé être «la jardinière de Bex»: décorer mon village, être dehors, transmettre mon savoir aux apprentis. Mais avec mon fils qui va commencer l’école, je ne me voyais pas continuer ainsi avec mes horaires et passer à côté de ma vie de maman. Et j’ai toujours eu le rêve d’être mon propre patron. Alors je me suis lancée. Mon amoureux m’aide pour le côté administratif, mes parents m’ont prêté un peu d’argent, j’ai utilisé mes économies, mon deuxième pilier, mes amies m’ont filé des coups de main.» Une succession de stress et d’inquiétudes au quotidien. «Quand j’ai quitté la commune, on m’a dit que je quittais la sécurité de l’emploi et un salaire qui tombe à la fin du mois. Je me suis lancée quand même: je n’ai pas de dettes, je crois que je vais tenir, j’ai un bail de cinq ans, des projets et des rêves.» Pour la première fois, elle gagne son propre argent. «A la fin de la journée, je compte mon pécule. La fierté est tout autre quand on travaille pour son compte. Je me sens tous les jours soutenue et entourée. J’apprends beaucoup sur moi. C’est une nouvelle aventure!»


Philippe Fontana, passé de géologue à dentiste: «C’était très dur. Plus que ce que j’avais imaginé»

«Un jour, à un retour de vacances, mon patron de l’époque m’a demandé de m’engager plus. Puis il m’a regardé et m’a dit: «Mais Philippe, est-ce que la géologie te plaît vraiment?» J’ai réfléchi et puis j’ai répondu: «Honnêtement, non.» Ça a été un moment clé. Celui que j’attendais pour m’avouer que, depuis des années, je faisais mon travail et rien de plus: je n’avais aucun esprit d’initiative.» Agé de 46 ans aujourd’hui, Philippe a adoré ses études de géologie, à l’Université de Lausanne. «Ce que j’aimais, c’était le terrain, les gens, l’ambiance, la dynamique. Ensuite, j’ai travaillé à Paris, pour Gaz de France, dans la géologie pétrolière, avant de retourner en Suisse, en Valais. D’abord pour des mandats concernant les routes nationales et ensuite, à Sierre, pour des mandats d’hydrologie. Je me suis rendu compte que ces projets au long cours manquaient de rythme pour moi. Il me fallait un travail avec une finalité plus directe, des résultats plus immédiats.» Il démissionne, malgré les tentatives de son patron de le retenir. «J’ai choisi de devenir dentiste parce que je voulais un travail manuel, moins vaste que la médecine. Dentiste, c’est gratifiant: il y a un côté humain très fort. Travailler dans la bouche de quelqu’un, c’est toucher à l’intime.»

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Philippe Fontana, 46 ans, a quitté son travail de géologue pour devenir dentiste. Photo: Didier Martenet

A la rentrée universitaire, à Genève, en médecine, Philippe a 37 ans. Quatre mois plus tard, le jeune marié devient papa une première fois. «C’était intense. Il a fallu tout conjuguer de front. J’ai vidé toutes mes économies; ma femme, assistante sociale, m’a beaucoup soutenu et mes parents nous ont aidés. A la place de cinq ans d’études, j’ai passé huit ans à l’université. J’ai redoublé deux fois et pris une année sabbatique pour m’occuper de ma fille. Nous avons déménagé trois fois. Nerveusement, c’était très dur. Plus que ce que j’avais imaginé. J’ai eu des doutes, mais surtout, je voulais terminer. Retrouver le beurre dans les épinards.» Sur son CV, une fois ses études finies, son parcours de vie a surpris. «Certains ont trouvé hallucinant ce changement de direction. Je ne regrette rien. De toute façon, si je change de nouveau, pour les études, j’ai assez donné!»

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Retrouvez ici les deux premiers témoignages, mis en ligne mercredi, ainsi que les deux témoignages suivants, mis en ligne jeudi