Giovanni Marchese
Six ans après le séisme qui a dévasté Haïti, Christa Rigozzi, Miss Suisse 2006, est partie sur place pour Handicap international. On la découvre ici avec le petit Moyse dans son uniforme d’écolier. «Il a été abandonné après avoir été amputé.»
Mission à Haïti

Christa Rigozzi “triste et en colère!”

06 avril 2016

De retour de Haïti, où elle s’est rendue à l’invitation de Handicap international, l’ex-Miss Suisse Christa Rigozzi a constaté un désastre, six ans après le séisme. Témoignage.

Le 12 janvier 2016, Haïti commémorait les six ans d’un terrible drame. Un tremblement de terre qui tuait 230 000 personnes et en blessait 300 000 autres. Depuis, les handicapés sont innombrables. Des centaines, des milliers d’enfants et d’adultes abandonnés à leur sort. «Ils sont considérés comme maudits là-bas et laissés pour compte», commente Christa Rigozzi. Miss Suisse 2006, ambassadrice depuis la fin de l’année dernière pour Handicap international, rentre tout juste d’une éprouvante mission sur place. «Je suis triste et en colère après ce que j’ai constaté, dit-elle. J’ai voulu aller sur place afin d’aider et témoigner, savoir où va l’argent. On a l’impression que le séisme a eu lieu hier. Je pensais que tout avait été reconstruit. C’est un choc, rien n’a été fait…»

Des prothèses adaptées

Handicap international s’active sur place depuis 2008 avec des résultats probants auprès des mutilés. «Ils intervenaient bien avant la catastrophe, lors d’inondations et leurs conséquences, la malaria et le choléra. Au moment du drame, c’est devenu une mission d’urgence.» Christa cite en exemple le petit Moyse. «Il avait 4 ans à l’époque et vivait dans une belle maison. Il est désormais confiné dans un espace de 2 mètres sur 2. Il a perdu sa jambe, broyée sous les décombres. Handicap international le suit et l’aide. Sa croissance demande une prothèse adaptée, il fait partie des projets de réadaptation de l’ONG qui a ouvert un bureau sur place.» Idem pour Christelle, une adolescente qui peut appeler Healing Hands for Haiti, qui vient la chercher au besoin.

D’autres ont eu moins de chance, à l’image de trois filles, sourdes, rentrées tard du travail, il y a une semaine à peine. Sur le chemin, elles ont trouvé la route unique menant à Port-au-Prince barrée et ont dû passer par une zone jugée ultra-dangereuse: la zone rouge. Une fois la nuit tombée, elles n’ont eu d’autre recours que de frapper à une porte afin de demander de l’aide. «Comme elles ne parlaient pas, les habitants les ont crues possédées – les conséquences des croyances vaudoues –, elles ont été lapidées et sont mortes dans le lit de la rivière asséchée.»

Christa, les familles et les proches de ces trois malheureuses ont manifesté afin de demander que l’on ne tue plus les handicapés. «Nous sommes partis de Port-au-Prince et nous nous sommes rendus jusqu’au Ministère des affaires sociales», dit-elle.

«Quel avenir possible?»

La belle a été suivie tout au long du voyage par son mari, Giovanni Marchese. C’est lui qui a réalisé les photos et, comme Christa, il n’a pas pu retenir ses larmes. «Le gouvernement n’a pas la volonté de faire évoluer les choses.» L’argent récolté était au départ censé aider à la reconstruction. Il a été alloué en urgence pour lutter contre la propagation d’épidémies.

«Y a-t-il un avenir possible, un lendemain?» se demande Christa de façon lancinante. Oui, pour ceux comme Maryse ou Jean-Franz, adultes, handicapés aussi, qui font partie du programme de réintégration socio-économique mis en place par Handicap international. «Elle vend des fruits, lui fabrique du pain. Il travaillait seul avec deux personnes, ils sont désormais huit et produisent chaque jour cinq sacs de 120 kilos. Ces gens ont une volonté farouche et une force admirable», dit-elle. Maryse a d’ailleurs eu ces mots: «Ils m’ont pris ma jambe, mais ma tête est toujours en place. La vie continue…»

Découvrez la galerie photo réalisée à l'occasion du voyage de Christa Rigozzi à Haïti

Retrouvez l'intégralité de cet article dans L'illustré n°14, disponible