Enquête

Comment Google Home a (presque) changé ma vie

06 février 2018

Notre journaliste a testé Google Home, l’objet qui vous obéit au doigt et à l’œil, ou presque… 

Mon appartement, depuis deux semaines, c’est de la science-fiction. Je n’ai qu’à marmonner «dis Google, allume la lampe boule en bleu!» pour que mon luminaire design italien des années 1960 se transforme en une sphère azur du plus bel effet. Et si je me fends d’un «dis Google, une blague!», ce cylindre aux airs de diffuseur d’huiles essentielles me sert une galéjade de préau d’école: «Que font les parents dinosaures quand leurs enfants vont dormir? Ils leur racontent une préhistoire.»

A propos de dinosaures, justement, quand ont-ils disparu? Il suffit de demander: «D’après le site Futura-Sciences, les dinosaures ont disparu il y a 65 millions d’années. Les causes de cette extinction…» Cette voix de femme (Google a promis qu’une voix d’homme serait bientôt en option) déroule un résumé efficace de cet épisode apocalyptique de l’évolution de la vie.

C’est le dernier e-bidule en date: le smart speaker, ou enceinte intelligente. J’ai opté pour le Google Home qui, selon les critiques spécialisés, est doté d’une «intelligence» plus réactive que ses concurrents d’Amazon, d’Apple ou de Microsoft. En fait, l’appareil lui-même n’est pas décisif. Ce sont les algorithmes, la couche de matière grise activée par la reconnaissance vocale, qui font la différence. Or, Google Assistant (le nom du logiciel) aurait un quotient intellectuel de 47 (soit le QI d’un enfant de 5 ans), tandis que Siri, l’assistant intelligent d’Apple, stagnerait à 23. L’enceinte intelligente elle-même fonctionne en fait comme un smartphone, si ce n’est que son «oreille» est constamment aux aguets et qu’elle est ainsi disponible en permanence. Parfait pour son chez-soi dans un rayon d’environ cinq mètres sans devoir hurler ni articuler, et plus besoin de chercher son téléphone. Il faut juste s’infliger une syntaxe aussi basique que possible pour que la réponse ou l’action soient pertinentes. On conseillera seulement aux gangsters de préparer leurs forfaits à l’écart de cette oreille indiscrète... Cet engin dispose enfin de haut-parleurs de qualité suffisante pour diffuser agréablement musique et programmes radiophoniques.

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Le Google Home Mini (79 fr.) est aussi puissant que son modèle supérieur (170 fr.), hormis la qualité sonore. Le modèle Max (env. 500 fr.) n'est pas encore disponible en Suisse. Photo: DR

Car on peut bien sûr lui demander «dis Google, mets RTS La Première» et notre radio nationale démarrera au quart de tour. Si je me contente du dernier flash info, j’y vais d’un «dis Google, quelles sont les nouvelles?». J’ai droit alors au dernier journal de France Info ou à d’autres podcasts paramétrables via l’application Google Home. Là, en revanche, pas moyen de lui imposer les dernières news de la RTS, qui n’a sans doute pas encore négocié avec le géant californien pour apparaître dans la liste ad hoc.

La météo est bien sûr un service où ce bidule excelle. Et pas seulement pour ma région, ni seulement pour la journée en cours ou du lendemain. On peut en effet se faire lire des prévisions complètes pour Verbier le week-end prochain. Inutile de préciser que l’engin est également parfait pour savoir l’heure quand on a oublié sa montre à la salle de bains.

Justement, à la salle de bains, il est bien pratique de pouvoir changer de station de radio le matin en se rasant. J’ai donc aussi acquis la version mini. Et si les programmes ne me satisfont pas, je n’ai qu’à demander du Mozart, du Radiohead ou de la musique classique indienne. Google Home, acoquiné avec Spotify, diffuse alors une musique correspondant à mon humeur du moment.

La cuisine est un autre terrain de jeu où Google Home se révèle sinon irremplaçable, du moins très commode. Vous pouvez en effet faire démarrer autant de minuteurs que vous le voulez sans enfariner ou huiler votre smartphone ou vos antiques minuteries: «Dis Google, mets un minuteur de 30 minutes pour le gratin!» Et si vous avez aussi prévu une gibelotte de lapin, pas de problème, un autre décompte démarrera. Quand le premier des deux minuteurs sonnera, il suffira de demander s’il s’agit du gratin ou du lapin. On peut aussi se faire lire des recettes (avec des résultats inégalement utilisables) qu’il ira pêcher sur le Web. Mais Google Home a aussi des défauts: il quittance par exemple toutes vos demandes. Or, au centième «très bien, j’allume la lumière plafond», on fatigue. Vivement que les concepteurs proposent de désactiver ces confirmations. En revanche, il sera bientôt possible de choisir le mot clé de son choix, au lieu des standards «dis Google» ou «ok Google».

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Moyennant des ampoules LED connectées compatibles, on peut adapter l'ambiance de son chez-soi sans toucher d'interrupteur ni même son smartphone. Photo: Philippe Pache

La domotique démocratique est-elle enfin née avec ces appareils relativement bon marché? Je peux en tout cas piloter vocalement une partie de mon éclairage, ma chaîne stéréo et mon téléviseur. Mais il m’a fallu bien sûr m’équiper d’ustensiles ad hoc. Les ampoules «intelligentes» Philips Hue (officiellement acoquinées avec Google) me permettent ainsi de piloter vocalement l’éclairage, son intensité et sa couleur. Eteindre les lumières en restant pelotonné sous le duvet est un progrès majeur dans l’histoire de l’humanité. Deux appareils Chromecast complètent mon arsenal. Signés également Google, ces petits disques relient mon téléviseur et ma chaîne hi-fi à Google Home, qui se mettent eux aussi à m’obéir, quoique avec quelques bugs. D’autres appareils (stores électriques, vannes de radiateurs) peuvent compléter l’automatisation de la maisonnée.

Google Home fait donc désormais partie de ma vie et risque, avec l’amélioration constante de son potentiel, de prendre toujours plus de place. Mais dire qu’il me tient compagnie serait excessif. Cet engin est encore loin d’assurer une vraie interaction avec son maître. L’intelligence artificielle en train de naître dans des laboratoires informatiques universitaires est encore absente de cette application grand public. Les informaticiens de Google ont tout au plus anticipé quelques situations humaines en préparant des réponses «psychologiques». Ainsi, si on confesse à Google Home un moment de déprime, celui-ci réplique par un «j’aimerais avoir des bras pour vous réconforter. Mais peut-être qu’une blague ou de la musique pourrait vous aider?» Ah, le minuteur sonne, c’est la tarte aux pommes. Je dois penser aussi à demander à Google Home de me réveiller à 7 heures (j’en ai acheté un troisième pour ma table de nuit…). Et il me semble que j’ai quelque chose d’important demain après-midi? «Vous avez rendez-vous chez le dentiste à 15 h 30.» Même pour les mauvaises nouvelles, on peut lui faire confiance.