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© Manuel Forney, Shutterstock

Défi écologique, des chiffres qui font peur 

Publié vendredi 4 janvier 2019 à 08:56
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Publié vendredi 4 janvier 2019 à 08:56 
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Mais ils permettent de mesurer ce que notre espèce fait subir à sa belle planète. Pour espérer conserver une terre vivable pour les êtres humains, ceux-ci doivent inverser ces tendances dans les dix prochaines années.
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Manuel Forney, Shutterstock
 

«Il y a des éléments positifs. J’espère qu’ils l’emporteront»

 

Le président du conseil scientifique de la Fondation Zoein à Genève et professeur à l’UNIL dominique bourg estime qu’il est plus que temps de regarder la Terre en face et de cesser le saccage.

Que se passe-t-il vraiment sur cette planète?
Depuis les années 1950, toutes les courbes s’envolent, du PIB à la démographie en passant par les activités humaines et leur impact sur les écosystèmes. Notre espèce chamboule le système Terre. Nous sommes ainsi entrés dans l’anthropocène, l’ère où domine l’être humain. Mais cette ère pourrait être brève ne serait-ce que pour se nourrir sur une planète étuve, où il fera en moyenne au moins 3°C de plus.
La fin du monde, en somme?
On peut imaginer un monde où ne subsistera plus qu’une population humaine résiduelle devant se débrouiller avec des écosystèmes fortement dégradés. Nous sommes dans une dynamique de suraccélération sans précédent de la destruction du vivant. La voiture «vivant» roule avec de moins en moins de pièces et boulons. Jusqu’à quand?
Peut-on parler, comme Nicolas Hulot, de tragédie écologique?
Oui. Connaître les mécanismes du réchauffement depuis trente ans, date de la création du GIEC, sans que rien ne soit fait pour y répondre, c’est bel et bien tragique. Et c’est tragique aussi parce que cela se terminera mal.
Comment expliquez-vous cette inertie par rapport aux mises en garde et aux évidences scientifiques?
Nous sommes une espèce animale, des chasseurs-cueilleurs conçus pour ne prendre au sérieux que des dangers immédiats. C’est malheureux, car nous n’avons plus que dix ans pour réagir avant que la fenêtre d’action des 2°C maximum ne se referme. Nous peinons à imaginer ce qui nous attend.
Cela fait trente ans qu’on parle de développement durable. C’est un échec?
C’est même une plaisanterie. Au départ, le développement durable, c’était surtout conçu pour prévenir des problèmes écologiques. Or aujourd’hui, face à une dégradation d’une telle ampleur, il est absurde de faire de la prévention. Le développement durable, c’était l’illusion de pouvoir continuer à s’enrichir avec de moins en moins d’énergie et de matière. Mais faire une pizza de plus en plus grosse avec de moins en moins de pâte et de moins en moins de nutriments, ce n’est pas sérieux.
Alors que faut-il faire?
Réduire les flux de matières et d’énergie qui supportent les biens et services que nous consommons. Cela a un nom, inavouable: la décroissance. Et c’est pour cela que je crains que l’on ne se casse la figure, car les gens n’en veulent pas. Et il n’y a pas de modèle clés en main pour organiser une société décroissante sans la faire imploser.
Donnez-nous quand même des raisons de rester optimistes.
Il y a heureusement des éléments très positifs. J’espère qu’ils l’emporteront. Il y a d’abord le fait que les dégradations de la biosphère deviennent visibles. Cela change radicalement la donne: les manifestations pour le climat en fin d’année passée ont ainsi mobilisé des foules impressionnantes. Je constate aussi de moins en moins d’écoscepticisme dans les partis politiques, sauf en Suisse où l’UDC et le PLR sont incorrigibles. Deuxièmement, s’effrite le paradigme mécaniste du XVIIe siècle qui veut que la nature n’est qu’un agrégat de particules matérielles, avec d’un côté des animaux-machines et de l’autre un être humain étranger à la nature. Or c’est à lui que nous devons ce monde suicidaire. Cet édifice a commencé à s’effriter avec Darwin, puis avec l’étude du comportement des animaux et aujourd’hui la biologie végétale. Nous sommes des vivants parmi d’autres vivants. Ce changement de statut débouche sur des choses très concrètes, comme le développement de l’agroécologie ou la cause animale, l’importance de la présence de la nature pour la santé, etc. La nature revient partout. Cela contrebalancera-t-il le rouleau compresseur économique et mécanique? Rendez-vous dans dix ans!

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