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Tomas Wüthrich/13Photo
La Fribourgeoise Gaëlle Thalmann (31 ans) dans un but du centre national d’entraînement de Macolin. L’équipe de Suisse s’y prépare avant d’embarquer pour l’Eurofoot néerlandais.
Football

Gaëlle Thalmann comme une lionne 
en cage

14 juillet 2017

L’ambitieuse équipe suisse de football féminin attaque le premier Eurofoot de son histoire dès le 18 juillet, aux Pays-Bas. Avec une attachante 
gardienne gruérienne dans ses buts. Découverte.

C’était dans les années 90, Gaëlle Thalmann devait avoir 8 ou 9 ans et son collège bullois distribuait les feuilles d’inscription pour l’école de football. Le professeur eut alors cette phrase, mémorable, qui se révéla fondatrice pour la vie et la carrière de l’actuelle gardienne de l’équipe nationale: «Je vous précise qu’il s’agit d’inscriptions pour faire du football. Les filles ne sont donc pas concernées.»

Gaëlle, qui adorait jouer au ballon avec ses copains, n’apprécia pas du tout. Elle rentra chez elle fort marrie et très fâchée. Peu après, quand son père, Jacques, commença à entraîner une équipe de juniors au FC Bulle, elle s’y présenta immédiatement, les poings serrés et l’envie de réussir décuplée. Le virage suivant, c’est son paternel qui l’a raconté dans La Liberté: «Un jour, mon gardien m’annonce qu’il ne veut plus jouer au but. Je demande: qui voudrait du poste de gardien? A ma grande surprise, Gaëlle lève la main. C’étaient les vacances de Pâques: j’ai eu trois jours pour l’entraîner dans le gazon devant la maison. J’ai lancé des ballons de foot, des balles de tennis, des balles de ping-pong. En tout cas, j’ai vu qu’elle savait plonger.»

Plonger et s’engager, elle aime. Sous des dehors réservés, que dément un regard d’acier, Gaëlle a du caractère à revendre, teinté du dynamisme de sa mère italienne et de l’abnégation de son père fribourgeois. «Oh, avec le temps, je me suis calmée. Mais je reste quelqu’un d’expressif. Je m’énerve s’il le faut ou je vibre pour les actions de mes équipières. Je vis les émotions intensément, sur et au-dehors d’un terrain.»

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A son poste, Gaëlle Thalmann aime «rechercher cette perfection qu’on n’atteindra jamais». Elle visualise volontiers les goals encaissés. Pour elle, «même si certains buts peuvent paraître imparables, il y a toujours quelque chose à faire». Photo: Tomas Wüthrich/13Photo

Déterminée et globe-trotteuse. En quinze ans de carrière, elle a aligné un nombre de clubs impressionnant, plus ou moins exotiques (voir ci-contre). Pourquoi tant d’équipes? «Au début, j’ai changé parce que je voulais progresser plus vite que les clubs où je me trouvais. Il y a eu aussi des raisons sportives, parce que je ne jouais pas assez, ou économiques, parce que je n’étais pas payée. Mais il n’est jamais facile de changer de ville, de personnes, loin de ma famille.»

Parmi les étapes les plus marquantes, elle cite les deux extrêmes. «Potsdam (Allemagne) et Torres (Sardaigne). Les deux fois, je me suis sentie comme en famille.» Hardie, elle a débarqué en pleine Allemagne de l’Est en 2008. «Ce fut d’abord dur. Avec un entraîneur qui vivait comme au temps du mur, sévère mais malgré tout humain.» Pareil à Torres. «Ma maman, qui vient de la Vénétie, se faisait du souci pour moi. Elle me trouvait trop carrée pour l’Italie. En fait, malgré les tracasseries financières, j’ai adoré ce groupe. Ce mode de vie m’a tranquillisée, m’a fait mûrir. Au final, le foot m’a permis d’améliorer ma façon d’être avec les autres.»

Dès le 18 juillet, avec une Suisse qui, de Burgener à Benaglio, entretient une longue tradition de gardiens de fer, elle sera la portière nationale. Parmi les seize équipes présentes, elle s’attend à travailler dur face aux adversaires du premier tour, l’Autriche, l’Islande et la France. «J’espère que nous placerons la barre plus haut qu’au Mondial 2015, où nous avons été éliminées en huitièmes. Il y a peu, nous avons battu les deux Corées, des équipes de pointe. Voilà l’exemple à suivre.»

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Notre rédacteur Marc David et la portière Gaëlle Thalmann sur un banc de Macolin. «Le football m’a ouvert l’esprit», dit-elle. Photo: Tomas Wüthrich/13Photo 

Quoi qu’il arrive aux Pays-Bas, elle sait que l’image d’une femme jouant au football s’installera encore davantage. Avec un jeu plus technique, fertile en feintes, sans le fléau de la simulation. «Le regard sur les footballeuses correspond au regard sur la femme. En Italie, par exemple, il existe un vrai retard. Une loi dit même qu’aucune sportive n’a le droit d’y être pro! On y pose encore des questions comme: vous jouez sur le même terrain que les hommes? Avec les mêmes buts?» En Suisse, elle voit l’évolution. L’autre jour, dans un grand tournoi de juniors, elle a aimé sentir que les footballeurs étaient heureux de la rencontrer. Question porte-monnaie, rien à voir avec le football des hommes. «Je vivote, je n’ai pas beaucoup de réserves. Je ne suis pas dépensière, heureusement.»

Cela dit, peu de footballeurs ont, comme elle, le livre de sociologie philosophique L’amour liquide sur leur table de nuit et peu détiennent des masters en histoire et en allemand. Elle aime apprendre, a besoin de stimulation intellectuelle, s’intéresse aux guerres mondiales et à l’unification des Etats, à des figures historiques comme le Che ou Mandela. A l’Eurofoot, elle continuera à rédiger un travail sur l’alimentation, dans le cadre de ses études de fitness. Ainsi, si le monde du ballon la déçoit, elle se consolera avec celui des idées, inépuisable.