Darrin Vanselow
Philippe Geluck dans son atelier d'Ixelles (B).
Attentats

Geluck: «On savait que ça allait arriver»

30 mars 2016

Son dessin de chats attristés qui se serrent les coudes face à la barbarie a fait le tour des réseaux sociaux. Philippe Geluck a accepté de commenter pour «L’illustré», dans son atelier en plein centre de Bruxelles, les attentats qui endeuillent sa ville. 

Son atelier est au bout d’une cour, dans le quartier d’Ixelles, dans une rue tranquille, pas si loin à vol d’oiseau des zones dites «difficiles» de Molenbeek ou de Schaerbeek où les intégristes musulmans ont fomenté leur barbarie, celle des attentats de Paris d’abord, puis la tentative déjouée du Thalys, et bien sûr les bombes sanguinaires de Bruxelles la semaine dernière. Comme tous les Belges, ce matin-là, Geluck fut d’abord pris d’effroi, horrifié et anéanti en écoutant la radio, le mardi 22 mars: «Tout à coup, j’ai entendu: deux bombes à Zaventem, et là, je me suis dit: «Ça y est, ça continue.» Vous savez, les Belges sont peut-être plus intériorisés, mais l’effarement est le même que pour les événements de Paris. Ici, c’est peut-être triste à dire, mais on se dit qu’il va falloir peut- être s’y habituer. Il va falloir vivre avec.»

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Le début de quelque chose de terrifiant
«Ce qui est terrifiant, c’est qu’on est totalement démuni, on est impuissant face à une telle forme de violence. A partir du moment où quelqu’un est prêt à se faire sauter avec une bombe, il n’y a aucune mesure de sécurité qui vaille. C’est le même problème que les voitures piégées qui sautaient à Beyrouth autrefois. Tu ne sais pas où ni quand. On ne peut tout de même pas se dire qu’on ne va plus jamais se réunir, plus jamais boire un verre en terrasse. Plus jamais faire les courses, plus jamais être dans un bus ou dans un tram...»

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Je ne change pas ma façon de vivre
Philippe Geluck jure qu’il n’a pas peur, qu’il n’a pas non plus le sentiment d’être particulièrement visé par «ces excités.» Mais peut-être parce qu’il a perdu ses copains, Charb, Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous, dans la tragédie de Charlie Hebdo, Geluck ne tentera pas la diable avec ses crayons: «Dessiner Mahomet? Je ne le ferai pas! Ce serait du suicide. Ce serait imbécile. Et ça n’aurait pas de sens maintenant de le faire. Ce serait une provocation inutile. Je ne le fais pas pour deux raisons: ce n’est évidemment pas la période et, si cela représente une insulte, une offense tellement insurmontable pour des gens, je ne parle pas des fous et des intégristes, mais une blessure pour des gens honnêtes, pacifiques et démocrates, alors je préfère contourner le problème.»

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Découvrez l'intégralité de cet article dans L'illustré n°13.