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© Blaise Kormann

Guy Parmelin: «Dans les pires moments je reste optimiste»

Publié samedi 8 septembre 2018 à 12:12
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Publié samedi 8 septembre 2018 à 12:12 
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Il est sensible aux odeurs de son enfance, cet été il sera en Toscane avec son épouse, ira probablement écouter un opéra. Il évoque sa relation de couple, sa famille, la vie. Guy Parmelin, un ministre presque sans défense.
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Votre premier souvenir lié à cette ferme de Bursins?

Notre déménagement en 1971. Auparavant nous habitions au milieu du village. Nous avions mis les meubles dans un char, il fallait apprendre aux vaches à utiliser les nouveaux abreuvoirs, ce qui n’était pas facile. Ce sont les animaux qui ont le plus marqué mon enfance, le cheval, le chien, mon grand-père était un fan des chiens, il en achetait beaucoup, ce n’était pas des pures races mais toujours des chiens sympathiques. Je me souviens de mon père qui allait encore à la laiterie avec un chien attelé.

Une odeur liée à cette enfance?

Les champs de colza, les foins, l’odeur du regain que je sentais depuis la grange. Encore aujourd’hui je suis sensible à ces odeurs, à la beauté de la campagne à chaque saison, nous sommes maintenant dans la floraison des tournesols, au printemps c’est le colza en fleurs, si on monte sur la colline du Molard, au-dessus, on voit le lac, les vignes, les cultures, un paysage magnifique.

Est-ce dans ce paysage bucolique que vous prenez de grandes décisions ou que vous mettez au point une stratégie pour nous faire accepter l’achat de nouveaux avions?

C’est un endroit propice à la réflexion mais je n’irais pas jusqu’à dire que je viens ici pour prendre de grandes décisions... même si, effectivement, c’est un lieu de ressourcement pour moi. J’essaie de revenir tous les week-ends, j’apprécie la tranquillité, j’aime retrouver l’endroit où j’ai vécu, j’ai mon bureau, ma bibliothèque, les amis savent que la porte est ouverte même s’ils n’osent pas toujours venir me déranger. Je suis libre d’écouter de la musique classique, de partir en balade dans la campagne!

A quel moment avez-vous décidé de devenir agriculteur comme votre père et votre frère?

Une semaine après mon entrée au gymnase à Lausanne. J’étais revenu à la maison et j’avais dit à mes parents: j’arrête, cela ne m’intéresse pas, je veux faire autre chose, travailler sur le domaine! Ils ont eu la sagesse de me demander d’attendre les vacances d’automne. Du coup, l’automne venu, ça allait mieux et j’ai décidé de poursuivre et de passer ma maturité.

C’est assez atypique de commencer par une maturité puis ensuite un CFC?

Oui. J’avais d’ailleurs choqué le doyen de l’époque qui ne comprenait pas que je ne poursuive pas mes études à l’université. Je lui ai répondu que j’avais un domaine à reprendre, d’autant que mon frère se dirigeait vers la viticulture. A part la profession d’avocat qui aurait pu m’intéresser, je ne voyais pas l’intérêt pour moi d’aller à l’université. J’avais tout à apprendre dans le domaine agricole car mes parents avaient toujours privilégié nos études. On donnait juste de temps en temps un coup de main pour ranger les bottes de pailles ou sortir les sarments, c’était la condition avant de pouvoir aller jouer au foot. Il me fallait donc passer par l’apprentissage pour apprendre ce métier.

Vous avez également vous-même formé des apprentis pendant 19 ans, avez-vous gardé des contacts avec eux?

Oui. Certains ont changé d’orientation mais aujourd’hui, par exemple, je vais à Yvorne où réside un de mes anciens apprentis qui a un domaine agricole et viticole. Un autre est secrétaire général des maraîchers suisses. Beaucoup ont «bien tourné» (rires).

Que diriez-vous à un jeune qui veut faire un apprentissage d’agriculteur?

Les temps sont difficiles, mais, en même temps, il faut faire ce qu’on aime. S’il peut faire une deuxième formation qui complète celle d’agriculteur, cela peut être utile. Un CFC de boucher en plus lui permettra, par exemple, de vendre directement de la viande à la ferme.

L’apprentissage suisse est loué dans le monde entier. On peut encore améliorer quelque chose dans ce domaine?

On peut toujours améliorer les choses mais il faut rester extrêmement prudent. Notre système d’apprentissage est un mélange subtil entre intérêt des employeurs et formation de haut niveau, il permet d’être très vite au contact des réalités de son métier, il ne faudrait en aucun cas le déséquilibrer. L’employeur a besoin de bons apprentis mais si la charge devient trop importante pour lui, il aura tendance à ne pas en engager. Le système suisse d’apprentissage est très étudié à l’étranger. Je me rappelle de l’ancien ministre français des armées Jean-Yves Le Drian qui s’était montré très impressionné du fait que les jeunes arrivent à l’armée avec leurs compétences professionnelles. Il avait interrogé une recrue qui était horloger dans le civil et allait travailler sur des hélicoptères pendant son service.

Avec la réforme de l’armée et les évolutions des systèmes d’étude comme Bologne, on se rend compte néanmoins que l’armée a plus de peine à garder ses étudiants et apprentis. Parfois cela va contre les intérêts des employeurs ou des universités. La troisième année d’apprentissage, le jeune est un employé quasiment qualifié et bon marché, si on l’enlève à son patron ça grince des dents. Nous sommes en train d’étudier des solutions pour améliorer le système. Mais on ne peut pas non plus avoir une armée à la carte!

Qui va reprendre le domaine familial des Parmelin, présents dans ce village depuis le 15e siècle?

Mon frère a deux garçons. Un a terminé sa formation de vigneron encaveur et fait maintenant son service militaire version longue à l’école de recrue. L’autre a fini son apprentissage de caviste et va aussi effectuer son service long.

Avec un oncle ministre des armées, c’est plus difficile?

Il faudrait le leur demander. Je crois qu’ils ne sont pas malheureux. Quant à reprendre le flambeau familial on ne sait jamais ce qui peut arriver dans la vie. J’ai un autre neveu cuisinier et deux nièces encore aux études, peut-être rencontreront-elles un jour un agriculteur ou un viticulteur intéressé à reprendre le domaine avec elles. Ce serait dommage qu’il faille le louer ou le vendre.

Blaise Kormann
Il trinque au carnotzet avec son épouse, Caroline.

De ne pas avoir eu d’enfants vous-même c’est un regret?

Non, ce sont les choses de la vie. Pour nous ça n’a pas marché. Mais nous avons des neveux et des nièces, j’ai deux filleules dont je suis proche. L’une est présidente du législatif de la commune de St-Cergue. On a discuté longtemps avec mon épouse à propos de la possibilité d’avoir des enfants, mais nous avons décidé de renoncer, il arrive un moment où vous vous faites une raison.

Cette jovialité, cette bonne humeur louée même par vos adversaires, elle vient d’où?

Je ne suis pas toujours comme ça, il m’arrive d’être furieux et de taper du poing sur la table mais même dans les pires moments je reste optimiste, je me dis toujours que la vie continue. L’exemple de mon père a été important, il s’énerve sur le moment et puis après c’est fini! La première chose qu’il disait à un apprenti c’est: si tu casses une machine, tu me le dis tout de suite. Je vais t’engueuler un bon coup et après on n’en parle plus!

Didier Burkhalter nous confiait écouter souvent sa petite voix intérieure. Vous, vous l’écoutez?

J’écoute d’abord les avis des personnes autour de moi. Souvent la première idée est la bonne, mais parfois il faut dormir dessus.

Refuser de vous porter candidat à la succession de Jean-Claude Mermoud, au Conseil d’État, malgré les pressions, c’était écouter cette petite voix intérieure?

Oui. La pression était grande, je n’ai pas dormi pendant une ou deux nuits, je sentais toute cette attente autour de moi. C’est une discussion avec Martine Brunschwig Graf qui m’a aidé à prendre ma décision. «Écoute ta voix intérieure et suis-la, même si les autres ne sont pas contents», m’a-t-elle conseillé. Le soir même j’avais pris ma décision de ne pas être candidat. Mes centres d’intérêt étaient à ce moment-là à Berne. Ce qui ne veut pas dire bien sûr que la politique cantonale n’est pas intéressante.

Vous arrive-t-il encore d’avoir des insomnies en rapport avec votre activité?

Il m’arrive de temps en temps d’avoir de la peine à dormir lorsque des dossiers très importants sont sur la table. On se demande toujours comment on va répondre à telle ou telle question lorsqu’il faudra les présenter et les défendre. Mais je n’ai jamais eu besoin de prendre des somnifères!

Vous avez vu le sketch sur vous de l’humoriste Marina Rollman?

Oui. Je l’ai trouvé sympathique, presque affectueux. Les humoristes ne m’ont jamais blessé. Je ne peux pas toujours en dire autant de certains journalistes.

Qu’est-ce qui vous blesse le plus?

La mauvaise foi et le manque d’objectivité. Quand la personne s’est fixé comme but de trouver quelque chose pour vous faire du tort et là tous les moyens sont bons.

Vous êtes rancunier?

Non. Mais j’ai de la mémoire. (rires).

Que répondez-vous à ceux qui vous ont surnommé «Schnellschuss» pour votre soi disant impulsivité?

Rien. De toute façon quoi que je fasse ce sera mal interprété par mes adversaires, surtout en politique.

«A ma femme qui est toute ma vie» a écrit Didier Burkhalter en exergue de son livre. Vous pourriez écrire la même chose?

C’est très joli.(Il sourit parce que sa femme est présente et propose d’ailleurs de partir pour le laisser répondre) Que voulez-vous que je vous dise...je ne suis pas une personne qui écrit ce genre de choses, mais je pense que oui!

Blaise Kormann
Cabanon de conseiller fédéral.

Le secret d’un couple qui dure pour Guy Parmelin?

Savoir passer par-dessus les désaccords inévitables dans une vie de couple. Je vais vous raconter une anecdote. Je n’offre quasiment jamais des fleurs, je dis en riant que cela ne se mange pas. Lors d’une campagne électorale, j’étais sur un marché à Morges et je vois des magnifiques fleurs perroquets d’Afrique du Sud, le pays où nous avons fait notre voyage de noce. J’en ramène donc à mon épouse. Elle a eu un air suspicieux. Du fait que je n’en offre jamais, elle se demandait ce que j’avais à me faire pardonner.

J’ai compris le message, je me suis dit que je n’en achèterais plus jamais. Bon, j’exagère un peu (sourire). Je suis reconnaissant à ma femme de m’avoir fait découvrir de nouveaux horizons, notamment l’opéra que je ne connaissais pas. Elle m’a dit: on va commencer par quelque chose de très facile et léger, L’enlèvement au sérail de Mozart, puis on passera à des compositeurs plus difficiles comme Wagner. Nous sommes allés voir Lohengrin. Tu verras, c’est magnifique m’a-t-elle dit, à un moment il y a l’apparition d’un cygne. Le cygne, je l’attends toujours, c’était une mise en scène moderne! (rires). J’aimerais beaucoup aller avec elle à la Scala de Milan.

L’opéra c’est un peu comme la politique, beaucoup d’intrigues, de coups bas, de complots?

Non, non, par contre je trouve que les metteurs en scène ont beaucoup d’imagination et que parfois ils vont un peu trop loin dans la provocation.

Vous partez en vacances 
incognito?

Oui. Nous essayons d’aller chaque année dix jours en Toscane dans une maison qui appartient à la famille de mon épouse. Je me souviens d’une dame de Nyon que je ne connaissais pas qui est venue me saluer gentiment sur la plage.

Votre photo en maillot de bain postée sur les réseaux sociaux ne vous fait pas peur?

C’est vrai, il y a eu le précédent avec Moritz Leuenberger en short, et bien, dans mon cas je dis toujours qu’ils contempleront un «homme de poids»! (rires).

Vous allez fêter vos 60 ans en 2019, sexagénaire, c’est un cap qui vous effraie?

C’est un jeune âge, je ne suis pas du tout effrayé. Vous savez, à 30 ans je me demandais ce qui allait se passer, à 40 ans je me suis dit, tiens, mais je suis toujours bien, à 50 ans on commence à avoir des douleurs un peu partout et à 60 ans, et bien on verra! Je vais d’ailleurs vous raconter une blague à ce sujet mais elle n’est pas publiable! (rires)

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