Julie de Tribolet/Illustrations: Louiza
Ces trois Romands sont des victimes de la toile.Et ils sont loin d'être les seuls!
Société

«Je me suis fait arnaquer sur Internet»

13 avril 2016

Toujours plus pointues, les escroqueries fleurissent sur le web. Cinq Romands racontent comment ils se sont fait piéger.

Un sac qui n’arrive jamais, un vendeur par petite annonce qui fait le mort une fois l’argent encaissé, des débits incompréhensibles sur la carte Visa, des données bancaires usurpées... Sur les 4700 cas d’escroqueries dénoncés à la Fédération romande des consommateurs en 2015, 2000 concernaient Internet. Naïveté? Méconnaissance du web? Un peu des deux, mais, en réalité, les arnaqueurs qui sévissent sur la Toile sont toujours plus inventifs et leurs pièges de plus en plus élaborés. Malheureusement pour l’acheteur, une fois berné, difficile de faire valoir ses droits. «Les ministères publics peuvent décider de classer des affaires s’ils ne les jugent pas assez conséquentes. C’est souvent le cas de ces tromperies-là. Les forces de l’ordre ont d’autres priorités», déplore Valérie Muster, juriste à la FRC. Victimes d’escrocs 2.0, cinq Romands racontent leur mésaventure. Un internaute informé en vaut deux...

«Ils m’ont même envoyé un certificat d’authenticité»

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Sur Facebook, j’ai vu une pub pour un site d’outlet Louis Vuitton, confie Maeva, 20 ans, étudiante de Lutry (VD). On pouvait y acheter différents modèles de la marque à prix très réduits. Cela m’a étonnée, j’ai donc contacté le site pour qu’ils me confirment l’authenticité des sacs. Ils m’ont envoyé un certificat d’authenticité. Ils prétendaient être une entreprise américaine qui reprenait des invendus de la marque pour les vendre à prix cassés. Après avoir fait plusieurs vérifications, j’ai fini par passer une commande d’un montant de 300 francs.» C’est en recevant la confirmation de paiement que Maeva se rend compte de l’arnaque: tout est écrit en chinois. Un mois plus tard, le sac n’est toujours pas là.

Grâce au numéro de suivi, la jeune fille peut rapidement le localiser. Il est coincé à la douane genevoise. «Je les ai appelés. Je ne pouvais pas le savoir à ce moment-là, mais cet appel a été une grave erreur.» Le douanier vérifie le colis et découvre la contrefaçon. Conformément à la loi, il décide de détruire le paquet. «Deux jours après, je reçois une lettre d’un avocat genevois m’informant que je dois payer une amende de 900 francs comme dédommagement à Louis Vuitton, pour frais d’avocat et de destruction. Malgré ma bonne foi, ni l’avocat ni ma protection juridique n’ont pu m’aider, j’ai été obligée de payer et j’ai un casier à la douane. Heureusement, ils ont accepté d’échelonner le paiement. Au début, cette histoire m’a beaucoup énervée. Puis j’ai eu honte de m’être fait avoir. J’ai dénoncé le site. Aujourd’hui, il est fermé. J’ai perdu 1200 francs au total, on ne m’y reprendra plus.»

«Je n’ai pas été assez vigilant»

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“Sur ricardo.ch, j’ai été le dernier surenchérisseur pour un iPhone d’occasion, raconte Huseyin, 46 ans, agent de voyage à Genève. Il coûtait 600 francs. Le vendeur m’a rapidement envoyé une photo de sa carte bancaire pour que je lui fasse le virement. Une semaine plus tard, n’ayant toujours pas de nouvelles, j’ai contacté le service clients du site d’enchères en ligne. Mais, à part écrire au vendeur, ils ne pouvaient rien faire.» D’après le nom inscrit sur la carte bancaire, le vendeur semble habiter à Zurich. Seulement, le compte ricardo.ch et le compte bancaire ne sont pas au même nom. «Je n’avais pas envie de me déplacer aussi loin. Surtout que je ne savais même pas si l’adresse était réelle. Je n’ai pas été assez vigilant. Pourtant, cette personne avait une réputation de vendeur honnête sur le site. Mais je pars du principe que l’arnaqueur ne fait que son boulot. Si je suis assez con pour me faire avoir, c’est de ma faute, pas de la sienne», affirme Huseyin. Le site d’enchères en ligne a bloqué le compte de l’escroc. Mais Huseyin n’a jamais revu ses 600 francs.

«Heureusement que la banque m’a prévenue»

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“Un soir de semaine, je reçois un SMS de ma banque, se souvient Claudine, 25 ans, étudiante d’Aubonne (VD). Ils avaient repéré des transactions suspectes avec ma carte de crédit. Je suis vite allée consulter mon relevé et, là, j’ai découvert des dépenses pour des hôtels, des billets de bus, il y en avait pour un peu moins de 2000 francs. Paniquée, j’ai aussitôt appelé le service d’aide de ma banque. L’employée a bloqué ma carte, et elle a pu annuler les transactions qui avaient eu lieu le jour même et qui n’avaient pas encore été débitées. Mais pour les autres, j’ai dû faire une demande écrite et, le mois d’après, le montant était crédité sur ma carte.» Le vol de ses données a eu lieu lorsqu’elle a commandé un produit blanchissant pour les dents, sur un site inter- net, quelques jours plus tôt. En fait, ce n’est pas le site en question qui l’a arnaquée. Des hackers l’ont piraté pour s’approprier les données bancaires des acheteurs. «Tout est rentré dans l’ordre, mais j’ai eu de la chance que ma banque me prévienne de ces dépenses. Sans cela, je n’aurais peut-être pas pu récupérer cet argent.»

«On se dit que ça n’arrive qu’aux autres»

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“Au mois de décembre, j’ai reçu mon décompte Cornèrcard qui m’informait qu’un montant de 827 fr. 35 avait été débité de ma carte Visa, alors qu’elle était bloquée depuis des mois, confie la Lausannoise Janis 27 ans, chauffeuse-livreuse. Les transactions s’étaient produites au Qatar, un pays où je n’ai jamais mis les pieds.» Ce que Janis ignore, c’est que, comme beaucoup d’internautes, elle a été victime de phishing: «Un mois plus tôt, j’avais reçu un e-mail de PayPal, me demandant de remettre mes données bancaires à jour, numéro de carte et pictogramme inclus. Je n’ai pas réfléchi et j’ai obéi. Mais l’auteur de ce message n’était pas du tout PayPal!» Les e-mails frauduleux de ce type sont fréquents. Une fois ses données transmises, il faut en informer sa banque et faire bloquer sa carte au plus vite. Janis dénonce le cas à sa protection juridique mais, comme Internet est du domaine public, elle ne couvre pas ce genre de problème. De plus, la jeune femme ne peut pas prouver qu’elle n’a pas effectué cette dépense. «Il était hors de question pour moi de payer cette somme. J’ai longuement insisté auprès de Visa. Ils ont fini par mener des recherches approfondies avec des experts en phishing et ont vite reconnu l’arnaque. Apparemment, je n’étais pas la seule à avoir été piégée. Ils m’ont remboursé la somme.»

«Cette tromperie m’a beaucoup affectée»

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“J’ai toujours rêvé d’avoir un chihuahua, explique Nadège, une étudiante lausannoise de 22 ans. Plusieurs de mes amies m’ont dit en avoir adopté un sur Internet et j’avais également trouvé le chien de mes parents sur le web.” Sur kifiji.fr, Nadège trouve une famille française qui souhaite donner sa petite chienne Lily; elle appartenait à leur fille, récemment décédée. “J’ai marché dans la combine. Il n’y avait que le transport à payer, pris en charge par une entreprise française de transports d’animaux, pour 150 euros. Je communiquais par mail avec l’auteur de l’annonce, qui m’a fait remplir un formulaire venant soi-disant de l’entreprise de transports, me demandant de payer par Western Union. Tout cela paraissait vrai! J’ai vérifié à quoi correspondait l’adresse à laquelle j’envoyais l’argent. Il s’agissait d’une famille parisienne. J’ai même pu voir leur maison sur Google Maps! J’ai aussi appelé le vendeur sur le numéro français qu’il m’a indiqué. Il avait un fort accent africain, mais cela ne m’a pas inquiétée puisque tout correspondait…” Le paiement reçu, l’homme dit à Nadège que le chien est en route et qu’il arrivera dans la soirée. Mais les heures passent et Lily n’est toujours pas là. “Le soir, il m’appelle: “Le chien est bloqué à la douane car il n’a pas tous ses papiers en règle. Il faudrait me verser 150 euros supplémentaires pour que je puisse débloquer la situation.” Cela me paraissais absurde, j’ai refusé de payer. Trois heures plus tard, l’homme me rappelle pour me dire qu’il a la solution: il a trouvé un jet privé pour le chien. Cela ne m’a pas fait rire du tout. J’ai demandé de l’aide à mon fiancé, très calé en informatique. Il a localisé le numéro du vendeur, qui se trouvait au Bénin. Nous avons pu “hacker” son téléphone: les contacts s’appelaient Pigeon N°1, Pigeon N°2… Le vendeur communiquait avec chacun d’eux au sujet d’autres chiens imaginaires!” Si Nadège n’a jamais récupéré son argent, elle a surtout été “très affectée moralement par cette histoire”.

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