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© © sedrik nemeth

Jérémy Desplanches, de l’eau qui dore

Publié mercredi 15 août 2018 à 12:05
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Publié mercredi 15 août 2018 à 12:05 
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La veille de ses 24 ans, le Genevois est de venu champion d’Europe du 200 m 4 nages, sa discipline de prédilection. Nous l’avons attrapé avec ses proches à Genève en esca le entre Glasgow et Nice, où il vit et s’entraîne. Retour avec lui sur un jour de gloire.
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© sedrik nemeth
Samedi dernier, avec sa soeur Anais et sa maman Patricia

Lors de la diffusion en direct, on l’a vu, après un temps d’hésitation, «pour être sûr que je n’étais pas disqualifié pour une raison ou une autre, car je me disais que ça ne pouvait pas être si beau», frapper avec force l’eau de son poing. Les temps étaient validés et son nom était toujours là, en haut du tableau «à côté du petit 1». «C’était de la joie, de l’excitation, mais aussi de la rage et de l’énervement, celui accumulé pendant toutes ces années de travail, de sacrifices, d’échecs, de douleur et d’abnégation pour la natation.» En 1 minute, 57 secondes et 4 centièmes, le Genevois est champion d’Europe du 200 m 4 nages. Ce 6 août 2018, il vient d’offrir à la Suisse un sacre européen en natation, attendu depuis dix ans et la victoire de Flavia Rigamonti sur 1500 m à Eindhoven.

© sedrik nemeth
A 5 ans, lunettes sur la tête à la piscine des Vernets à Genève.

De retour pour quelques jours dans son «refuge» à Bernex, dans la campagne genevoise, avant de rallier Nice où il vit depuis quatre ans après avoir rejoint l’entraîneur Fabrice Pellerin et l’Olympic Nice Natation, Jérémy savoure ce moment entouré de sa mère, Patricia, et de sa grande sœur, Anaïs. Le 6 août au soir, elles aussi ont hurlé. «J’étais aussi fatiguée que Jérémy après sa finale, debout devant ma télé, tout le village m’a entendue crier», plaisante Patricia. «J’ai percé le tympan de mon compagnon avant d’effectuer le désormais traditionnel soutien des grands-mères, que j’ai récupérées en pleurs au téléphone», rajoute Anaïs sur le même ton. Son père, Gilles, boulanger-pâtissier bien connu des Genevois est, lui, sur la route du retour après avoir rejoint Glasgow en voiture pour assister au sacre de son fils.

© sedrik nemeth
A 11 ans, en compagnie de sa sœur (ci-dessous) pour l’une de ses premières médailles à Lancy.

Dans quelques jours, ce sera (enfin) les vacances. Trois semaines indispensables, loin de la natation. «J’ai appris à écouter mon corps. Avant, je tombais souvent malade en négligeant ces moments de repos et de récupération.» S’il avait d’abord choisi Bali, le jeune homme s’est mis en quête d’une autre destination après avoir été contraint d’annuler à cause des récents tremblements de terre qui ont touché l’archipel du Pacifique. «L’idéal pour nous serait le plus loin possible!» «Nous», c’est lui et Charlotte Bonnet, sa compagne. La Française a elle aussi a bien mérité ses vacances, elle qui a survolé les Championnats de natation chez les femmes avec trois médailles d’or et une de bronze. C’est d’ailleurs quinze minutes avant son propre sacre que Jérémy Desplanches a assisté à celui de sa compagne en 200 m nage libre. «J’étais en chambre d’appel, un endroit plein de testostérone où tous les nageurs sont réunis vingt minutes avant la course. C’est folklorique, chacun essaie d’impressionner les autres en se tapant sur les muscles ou en faisant des pompes. Il y avait une télé qui diffusait la finale de Charlotte. J’ai crié intérieurement, je voulais la serrer dans mes bras, mais je ne pouvais pas laisser exploser ma joie devant mes concurrents quelques minutes avant ma finale, je devais à tout prix rester concentré», raconte le jeune champion. Ce n’est d’ailleurs que plusieurs heures après que le couple en or se retrouvera et pourra enfin se congratuler.

«Le moment passait 
si lentement…»

DR
Après Glasgow, Jérémy et Charlotte Bonnet, sa compagne, totalisent à eux deux cinq médailles, dont quatre en or!

Pour cette finale, Jérémy était attendu au tournant et il le savait. «Je voulais un podium, mes ambitions étaient claires. C’est extrêmement différent de nager pour une médaille et donc contre ses adversaires et contre son propre temps, comme ce que j’avais pu faire aux Jeux olympiques à Rio ou aux Mondiaux de Budapest l’été dernier, où je m’étais retrouvé en finale presque par chance.» Après une nuit compliquée la veille de la course, le jeune homme trépigne. «J’avais dix heures devant moi avant la finale mais je ne pouvais pas trop m’activer ou m’exciter. J’ai descendu mon fil Facebook des cinq dernières années pour tuer le temps», plaisante-t-il. Et puis, le moment tant attendu, la course. Premier coup de sifflet, Jérémy monte sur son plot, s’étire, laisse tomber ses bras sur ses cuisses dans un claquement. «A vos places», plus personne ne bouge. «Je voyais les gouttes tomber de mon front, le moment passait si lentement, cela fait dix ans que je m’entraîne pour le vivre!» Départ, la troisième traversée du bassin sera la bonne, Jérémy étale son jeu en brasse, sa nage de prédilection, mais «la plus ingrate à l’entraînement». Il prend une avance qu’il ne perdra plus et, 50 mètres plus loin, devient champion d’Europe. Rendez-vous l’été prochain en Corée du Sud, pour les Championnats du monde!

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