Jean-Blaise Besençon
Tête-à-tête

La jeunesse retrouvée de Philippe Pache

21 février 2017

Chaque semaine, L’illustré rencontre une personnalité au coeur de l'actualité culturelle romande. Aujourd'hui: le photographe lausannois Philippe Pache dont une minirétrospective est à découvrir à Morges.

Philippe Pache avait 15 ans quand eut lieu la révélation. Sous la lumière orangée d’un labo de cours à option, ce moment magique où une photographie apparaît dans une cuvette de révélateur. Dans cette bonne ville de Morges où le photographe a passé toute sa jeunesse et où il expose 40 ans d’images, il se souvient de son premier labo qu’il partageait avec son père, Daniel Pache, qui fut pasteur, aimait la photographie et dont un très beau portrait façon Harcourt figure dans l’exposition. «Quand à 17 ans j’ai arrêté le gymnase en disant que je voulais faire de la photo, ça n’a pas été mal vu! Et puis mon père était ami avec Marcel Imsand.» Un des maîtres de Philippe Pache: «J’allais lui montrer mes photos une ou deux fois par année.»

A Morges, une grande image du parc de l’Indépendance rappelle ses années d’apprentissage à l’Ecole de photo de Vevey. «J’avais été suspendu pendant une semaine! A Vevey, j’ai surtout appris ce que je n’avais pas envie de faire comme genre de photo.»

A la fois chaleureux et réservé, Philippe s’est tout naturellement passionné pour les portraits. Il les aime sobres et naturels. Dans les séances de pose qu’il propose périodiquement à la Galerie Krisal, à Carouge, il aime quand une famille vient ainsi arrêter son image. «Cette photo va leur survivre. Tout le monde est ému devant la photo d’une arrière-grand-mère même si on ne l’a pas connue…» Pour exercer son œil et cultiver son humour, le jeune photographe avait vite repéré la page «photo insolite» de L’illustré. Depuis ces toutes premières publications, il a régulièrement collaboré à ce magazine. Reportages en noir et blanc, photos de stars, de Miss même, parfois presque nues, comme dans ses images les plus personnelles. «J’ai toujours aimé les images intemporelles, alors j’évite les maquillages, les coupes de cheveux à la mode. Le nu donne naturellement l’intemporalité.»

Et puis, «la photo numérique m’a donné une nouvelle jeunesse. Je me suis remis à photographier des choses que je ne voyais même plus.» Sur son compte Facebook, des publications quotidiennes d’images prises «à l’instant», des photos de sa fille et de sa compagne témoignent de cette nouvelle dynamique. «J’aime beaucoup l’idée de faire et de partager immédiatement.»

Il manque à cet article comme à l’exposition un peu de place pour rendre compte de la richesse de l’œuvre. Car même s’il s’en défend, «moins on s’encombre d’ego, mieux on se porte», entre une image de jeunesse poétique comme une photo de Doisneau ou un lac récent, flou et coloré comme un Rothko, son regard vif et délicat est toujours magnifiquement éclairant.

Philippe Pache, 40 ans d’images, Morges, Fondation Bolle, jusqu’au 2 avril, 
www.philippepache.com