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Didier Martenet/L'illustré
Lauriane Gilliéron et Vincent Kucholl font preuve d’une belle complicité. Ils ne se connaissaient pas avant le tournage, mais ont apprécié tous les deux cette aventure où ils étaient accompagnés d’acteurs «qui ont de la bouteille», confie Vincent.
Tournage

Lauriane Gilliéron et Vincent Kucholl pour le meilleur…

18 avril 2017

Lauriane Gilliéron et Vincent Kucholl sont mari et femme dans Quartier des banques, la série événement de la rentrée sur la RTS. L'illustré s’est invité sur le tournage.

Dernier jour de tournage le 6 avril dernier pour Vincent Kucholl. Il va d’ailleurs le passer en bonne partie couché. D’abord sur le parterre du salon de cette grande demeure bourgeoise de Chêne-Bougeries, puis sur la civière de l’ambulance qui emmène aux urgences le banquier privé qu’il interprète. Teint cireux, costard-cravate, on est loin du Kucholl de 26 minutes, mais c’est oublier que l’animateur est avant tout un bon, un très bon comédien. Avide, comme il le dit, «de sortir de sa zone de confort» pour jouer des personnages plus sobres, plus retenus que les trublions de son émission, même s’ils font rire toute la Suisse romande.


Une des premières séquences de la série, tournée dans une cossue maison de maître louée par la production à Chêne-Bougeries. Lauriane/Virginia découvre le corps de son mari Vincent/Paul inanimé. A droite, le jeune Maxence, qui joue son fils aîné dans la série. Photo: Didier Martenet

Il est Paul Grangier, jeune directeur de banque privée, dans Quartier des banques, la nouvelle série de la RTS qui devrait faire le buzz à la rentrée, début octobre. La première fois peut-être que les producteurs romands se donnent vraiment les moyens, financiers et humains, de rivaliser avec le «scandinoir», comme on appelle les séries scandinaves à succès telles que The Killing. Une saga familiale sur un fond historique, liée aux démêlés bancaires de la Suisse en 2012, une équipe de scénaristes emmenée par Stéphane Mitchell, travaillant chacun des pans du scénario dans une writing room à l’américaine. Et une presque Américaine dans le rôle de Virginia, l’épouse de Paul, puisque c’est Lauriane Gilliéron, ex-Miss Suisse, comédienne vivant à Los Angeles depuis neuf ans, qui joue sous nos yeux.


Brigitte Fossey, Lauriane Gilliéron et le jeune Maxence échangent quelques propos entre deux prises. L’attente fait partie du métier d’acteur. «Il faut pouvoir très vite rentrer de nouveau dans son personnage», explique la jeune actrice. Photo: Didier Martenet

«Action!» s’écrie le réalisateur, Fulvio Bernasconi. Toute l’équipe technique s’immobilise. Dans une chemise de nuit satinée, jaquette sur les épaules, Lauriane se précipite la mine défaite au chevet de Paul, terrassé par un choc insulinique. «Appelez les secours!» hurle-t-elle. On lui trouve un petit air de Nicole Kidman dans The Hours, un port de tête, une élégance, les pommettes saillantes; la comparaison, bien évidemment, la flatte, avouera-t-elle entre deux scènes. «Parce que c’est un de mes films préférés et l’actrice qui m’inspire le plus.» Mais pour ce rôle de femme qui doit tenir son rang et en même temps protéger ses enfants, elle a plutôt trouvé son inspiration du côté de Natalie Portman dans Jackie. «Le rôle de Virginia m’a séduite et terriblement touchée en tant que femme. Elle doit justement mettre sa vie de femme de côté pour sauver sa famille et gérer les catastrophes qui arrivent. C’est un personnage complexe. En lisant le scénario, je me disais que si mon mari m’avait fait ça, je ne pourrais pas pardonner…»

Un peu de «Bloodline»

A ses côtés, la comédienne Brigitte Fossey, qui joue sa belle-mère. Lauriane se dit impressionnée par son professionnalisme et le fait que la grande dame du cinéma français ne se plaint jamais, malgré ses 70 printemps. L’héroïne principale de l’histoire est l’actrice belge Laura Sepul, que l’on peut voir actuellement dans l’épatante série Ennemi public diffusée sur TF1. Quant à Féodor Atkine, qui incarne l’avocat de la famille Grangier, auquel Virginia/Lauriane donne maintenant la réplique d’un ton cinglant, il a déjà tourné avec Woody Allen et Almodóvar. C’est également la voix française du Dr House. «Avoir à mon chevet le Dr House et la mère de Sophie Marceau dans La boum, c’était plutôt rigolo», dixit Kucholl.


Lauriane, entourée d’Adem et de Maxence, les deux fils qu’elle a avec Vincent Kucholl dans cette série à gros budget coproduite par la RTS, Point Prod et les Belges de Panache Productions. Photo: Didier Martenet

S’il fallait trouver un équivalent américain à Quartier des banques, ce serait Bloodline. Des secrets, des imbroglios familiaux, un zeste de thriller. Lauriane a adoré ce show réalisé dans les Keys, en Floride, bien avant de savoir qu’elle en tournerait une inspiration helvétique. Vincent, lui, ne regarde pratiquement aucune série. «J’ai essayé Game of Thrones, mais je me suis endormi.» Françoise Mayor, responsable de l’unité fiction produite à la RTS, ne cache pas que le choix de ces deux comédiens, outre leur talent, obéissait aussi à des impératifs de popularité: toucher le public le plus large. Le budget total s’élève à 5 millions pour 56 jours de tournage. Lauriane et Vincent ne se connaissaient pas avant le premier clap. «J’avais beaucoup ri et apprécié son accent américain quand il interprétait un fan de Trump dans son émission, confie la comédienne, toujours très concentrée sur son texte. Me faire confiance, ne pas être ma pire ennemie, c’est le plus difficile, car je suis trop exigeante avec moi-même. Heureusement, j’ai appris à faire confiance au réalisateur. Fulvio est à la fois doux et très «cadrant»!»

Tournant professionnel

Elle le sait, même si elle ne veut pas se mettre la pression avec ça, Quartier des banques va marquer un tournant dans sa vie professionnelle. Son premier vrai rendez-vous de comédienne avec les téléspectateurs romands. C’est d’ailleurs l’autre Romande de L.A., Alizée Gaillard, devenue une bonne copine, qui lui a donné la réplique au moment d’envoyer les dialogues filmés à Genève lors du casting. Difficile de trouver une actrice qui parle français à Los Angeles, sourit Lauriane, qui n’exclut pas de revenir plus souvent en Suisse si les rôles devaient s’enchaîner. «A Hollywood, la concurrence est de plus en plus féroce. Pour une ligne de dialogue dans Les experts, il y a 1000 figurantes.» Surtout quand on lui demande, comme dans Top Models, où elle a fait une petite figuration, de prendre l’accent français, «moi qui ai passé neuf ans à tenter de le gommer».


Vincent Kucholl répète-t-il son rôle ou fait-il la sieste? Derrière à droite, le metteur en scène Fulvio Bernasconi. Photo: Didier Martenet

A 32 ans, Lauriane n’a pas de plan de carrière déterminé. Prête à «prendre mes chats dans mes bagages» pour travailler à Paris, à Genève ou à Bruxelles si désormais l’Europe la réclame plus souvent. «Pourvu que je puisse voir ma famille et les gens que j’aime de temps en temps. J’ai toujours cru au destin, il faut travailler pour ce qu’on veut, mais je me dis que ce qui doit arriver arrivera. Et ce ne sera que du bonheur puisque je fais ce que j’aime!»