Didier Martenet
Dano Halsall dans la cabine remplie d'azote liquide. La température extrêmement froide calme les douleurs et provoque un regain d'énergie.
Confession

Le mal secret de Dano Halsall

08 août 2017

Il a été champion et recordman du monde de natation, mais il est miné désormais par un mal de dos violent et impossible à soigner. Pour contenir la douleur, Dano Halsall, 54  ans, expérimente une thérapie nouvelle: des bains d’azote liquide à –180 °C!

Il est toujours aussi impressionnant: un corps superbe et dynamique, 100 kilos (de muscles) pour 190 cm, une silhouette à la fois élancée et massive, une virilité intense et décontractée. Il a gardé aussi le même tempérament, sympathique et ouvert, le même goût des contacts humains et des rencontres. A 54 ans, le Genevois Dano Halsall, installé à Bulle depuis quatre ans, ressemble toujours au champion de natation, ex-recordman du monde du 50 mètres, qu’il était jusqu’à sa retraite sportive en 1992, après les Jeux olympiques de Barcelone. Il attirait alors tous les regards et avait même fait des incursions remarquées dans l’univers du mannequinat, défilant notamment pour le styliste italien Gianni Versace et posant pour différentes campagnes de pub ainsi que pour Daniel Ammann, l’assistant du célèbre photographe américain Robert Mapplethorpe.

Des douleurs permanentes

Si Dano Halsall est toujours «bien dans sa tête et bien dans son corps», il vit pourtant, depuis une dizaine d’années, un véritable calvaire qu’il a pris soin de masquer au maximum, comme pour mieux le tenir à distance et aussi par discrétion naturelle, par pudeur: un mal de dos permanent qui provoque des douleurs insupportables, tour à tour sourdes ou fulgurantes. Rester assis sur une chaise, se relever, mettre ou enlever ses chaussures, entrer ou sortir d’une voiture… Autant de gestes simples et quotidiens qui le mettent au supplice et lui arrachent parfois des cris de douleur: «Des fois, dit-il, c’est comme si on m’enfonçait un poignard dans le bas du dos.»

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Pour renforcer sa force mentale et son goût à la vie, il s'initie au stand up paddle avec sa femme Lena et leur fils Suny. Image: Didier Martenet

«J’ai l’air hypercostaud, remarque l’ancien champion qui veut rester positif, mais je suis incapable de porter une caisse de 10 kilos en porte-à-faux. J’ai commencé à avoir mal il y a une dizaine d’années. Je venais de quitter le secteur du bien-être – j’étais personal trainer et faisais beaucoup d’exercices – et j’avais commencé à travailler dans l’immobilier: j’étais passé derrière un bureau, c’était un autre rythme, avec davantage de stress. Je ne me suis pas trop inquiété pendant deux ans, mais comme j’avais de plus en plus mal, j’ai fini par aller voir un spécialiste de la médecine sportive au CHUV. Il a fait un scanner et il m’a dit: «Tu as le dos d’un mec de 80 ans!» C’était un choc! Ce qu’il m’a expliqué, c’est que j’ai une grosse arthrose et que je n’ai plus de disque entre les trois premières vertèbres lombaires, au bas du dos. Donc chaque fois que je fais un mouvement, les vertèbres se touchent et provoquent des douleurs violentes.»

La cause du problème? Sans doute la natation, les années d’entraînement forcené (quatre à cinq heures d’entraînement par jour) plus une trentaine de compétitions par an! «Le médecin a remarqué que ma colonne vertébrale est en bon état, sauf à cet endroit précis, qui correspond exactement à l’endroit où s’exerce toute la tension du corps quand on se positionne pour le départ d’une course. Mon explosivité au départ, c’était ma grande force – j’avais le meilleur départ du monde – et je l’ai énormément travaillée. Avant une compétition, je faisais facilement, chaque jour, 50 plongeons de départ entre le matin et le soir. Pour le corps, c’était chaque fois des microtraumatismes.» Si Dano Halsall est certain que son sport est à l’origine du problème, c’est qu’il a aussi dû subir, il y a deux ans, une opération à la suite d’une fissure importante à l’aorte, juste à côté, alors que tout le reste de cette artère vitale était, lui aussi, comme la colonne, en parfait état.

«Je me sens un peu coupable»

«J’avais l’impression que j’étais immortel et que j’aurais toujours la pêche, reprend Dano Halsall. Mais je me rends compte que cette douleur me fragilise physiquement et parfois mentalement. Elle remet en cause des choses que je croyais acquises: la forme et la confiance en moi, l’envie de bouger, le goût des voyages… C’est d’autant plus déstabilisant que j’ai toujours pu compter sur mon corps. J’ai l’impression aujourd’hui qu’il me trahit. Je me sens aussi un peu coupable vis-à-vis de ma femme, Lena, et de notre fils Suny, 17 ans, parce que je suis parfois moins enthousiaste, moins positif et pas aussi disponible que je devrais. Ma femme est jeune, elle est en pleine forme, elle a envie de bouger, mais quand elle me dit par exemple «On pourrait sortir ce soir», j’ai tendance à dire non, parce que j’ai plus mal en fin de journée.»

Apprivoiser la douleur

L’ancien champion a bien sûr consulté, depuis des années, les meilleurs spécialistes. Mais en vain. Les différents chirurgiens lui ont déconseillé une opération, qui n’a que peu de chances de succès et qui risquerait même, si les choses tournaient mal, de faire empirer son état. La seule solution? Apprendre à vivre avec une douleur chronique, trouver des astuces pour la neutraliser, la faire reculer, l’oublier. «Soit tu te bats contre la douleur, soit c’est la douleur qui te bat», remarque Dano Halsall, qui a choisi d’explorer désormais toute la gamme des thérapies naturelles.

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L'ancien nageur va souvent se baigner dans la Trême, près de chez lui. L'eau froide soulage une fois de plus son dos. Image: Didier Martenet

Méditation, yoga, acupuncture, hypnose, massages… L’ancien nageur ne néglige rien, y compris des visites chez des guérisseurs ou des rebouteux improbables. «Je me suis retrouvé chez un mec dans sa ferme fribourgeoise, se rappelle-t-il en riant. Il te demande 100 balles pour un quart d’heure, il te touche vaguement le dos, il fait ses incantations et puis plus rien. Pour moi, en tout cas, ça n’a pas marché.»

Dans un genre plus sérieux, Dano Halsall vient de découvrir un traitement qui fait fureur chez les sportifs de haut niveau… et dans les instituts de soin les plus sophistiqués: la cryothérapie. Inventé par un médecin de Saint-Pétersbourg, le Dr Alexandre Baranov, le traitement consiste à passer trois minutes dans une cabine qui se remplit d’azote liquide, à la température de –180 °C. L’effet de ce froid extrême? Il provoque un choc thermique qui, en faisant sécréter des endorphines, les hormones du plaisir, calme les douleurs et procure un puissant effet analgésique et un sentiment de bien-être. Il fait aussi maigrir, dit-on, et aurait des effets anti-âge.

«J’avais lu des articles sur la cryothérapie, explique Dano Halsall. J’avais entendu parler d’un institut dans les Grisons, mais j’ai découvert ensuite, tout près de chez moi, à Bulle, l’institut Hibernatus. J’ai déjà fait deux séries de dix séances, la première au mois de juin, la deuxième en juillet, que je viens de terminer. C’est une expérience étonnante! On s’installe dans la cabine, en caleçon, avec des chaussons. On garde les mains à l’extérieur, sur la porte. Le froid est extrême, mais on s’habitue vite et ce n’est pas difficile à supporter. Même ma femme Lena, qui est frileuse, trouve que ce n’est pas désagréable. Après la séance, on ressent une énergie incroyable! On est plus dynamique, plus vif, plus optimiste. Mon mal de dos est relégué au second plan, parce que j’éprouve un mieux-vivre général et qui dure plusieurs jours, que ce soit au niveau du sommeil, de la vitalité ou de la récupération.»

Les bienfaits du froid

Ces vertus du froid, Dano Halsall les avait déjà pressenties. D’abord il y a vingt ans, quand il s’était entraîné cinq semaines à Miami, où la température dépassait les 35 °C. «On nageait trente minutes, puis on restait trois minutes dans de grandes cuves d’eau glacée. C’était très bon pour la récupération musculaire.» Et puis, plus récemment, il a pris aussi l’habitude de faire trempette dans la Trême, une petite rivière qui passe au milieu d’une forêt, à côté de chez lui: «J’y vais au début du printemps, dit-il, quand l’eau est très froide. Je me baigne un quart d’heure et ça me soulage le dos.»

Amoureux du soleil et de la chaleur, grand fan de la Thaïlande où il aime passer ses vacances de fin d’année, quand l’hiver se déchaîne en Suisse, Dano Halsall a sans doute trouvé, malgré lui, le meilleur antidote à ce mal de dos qui ne veut pas le lâcher: le froid absolu!