Kurt Reichenbach/Schweizer Illustrierte
Johann Schneider-Ammann et son épouse, Katharina, ont profité d'une balade en calèche, avec Voltero et Haïcky, un alezan du Domaine du Peu-Claude, aux Bois (JU), où le cheval du ministre est en pension.
Escapade

Le ministre 
Schneider-Ammann et son cheval

11 juillet 2017

Le patron du Département fédéral de l’économie 
et son épouse, Katharina, se sont rendus dans 
les Franches-Montagnes pour voir Voltero.

Dans son box, Voltero est prêt pour le grand jour. Son collier d’attelage autour de l’encolure, il patiente en observant du coin de l’œil les va-et-vient dans l’écurie. Son poil est lustré et sa crinière brillante. Le cheval a été spécialement bichonné pour l’occasion. Le jeune hongre franches-montagnes de 5 ans n’en sait rien, mais la matinée qui l’attend lui réserve une visite un peu particulière: celle de son illustre propriétaire, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Le chef du Département de l’économie a reçu l’animal en cadeau lors du Marché-Concours de Saignelégier, en août 2012. Après une première année passée chez son éleveur, au Bémont, Voltero a été placé au printemps 2013 par le ministre bernois chez Johnny et Sandrine Combremont, aux Bois, dans le Jura. Le couple héberge une septantaine de chevaux de pension sur son domaine de 85 hectares en pleine nature.


Le couple s'est connu au gymnase, avant d'entamer des études de médecine vétérinaire. Si le futur ministre a finalement changé de voie, son épouse, elle, est devenue vétérinaire pour petits animaux. Photo: Kurt Reichenbach/Schweizer Illustrierte

Première balade

Au loin, une voiture grise approche. Le chauffeur descend pour ouvrir la porte aux deux passagers assis à l’arrière. Le ministre est venu avec son épouse, Katharina. Elle tient dans ses mains un grand pot d’hortensias destiné à Sandrine Combremont. «Comment va mon Voltero?» s’enquiert l’heureux propriétaire sitôt les salutations terminées. Le cheval vient d’être attelé au côté de Haïcky, un alezan de 11 ans, compagnon de route du jeune hongre pour la balade du jour. Il faut y aller, les chevaux s’impatientent. Le couple prend place à bord de la calèche, qui démarre dans un brouhaha de fers claquant le bitume. C’est la première fois que Johann Schneider-Ammann découvre son cheval à l’œuvre en attelage. Une parenthèse nature avant le marathon qui attend le chef de l’Economie dès le lendemain: un voyage de neuf jours qui doit l’amener en Russie, en Indonésie, en Arabie saoudite et aux Etats-Unis.

D’assistant vétérinaire 
à conseiller fédéral

«J’aime tant la campagne, explique-t-il en chemin. Je ne me suis jamais senti très à l’aise en ville. Même à Berne. Cela ne me pose pas de problème d’y travailler, mais j’ai besoin de pouvoir rentrer au calme le soir. Je garde d’ailleurs un souvenir mitigé de mon séjour à New York, à l’époque, après mes études d’électrotechnique à l’EPFZ.» Un goût pour la nature hérité de son enfance passée dans le tout petit village d’Affoltern im Emmental, dans le canton de Berne. «Plus tard, j’ai fréquenté l’école secondaire de Sumiswald. Le collège était à 45 minutes à vélo de la maison. J’ai eu une enfance très simple, à la campagne, entouré d’animaux», se souvient le ministre.

Alors, quand la Fédération jurassienne d’élevage chevalin lui a offert Voltero, il y a cinq ans, Johann Schneider-Ammann n’a pas hésité longtemps à le garder. Un choix qui a dû être accepté par une commission, puisque la valeur du cheval dépassait celle généralement admise pour les cadeaux offerts aux conseillers fédéraux. «Depuis cinq ans, c’est moi seul qui paie les frais vétérinaires de Voltero ainsi que sa pension de 350 francs par mois», explique-t-il. Mais l’affection de Johann Schneider-Ammann pour les chevaux ne date pas de son passage à Saignelégier. Fils de vétérinaire, il a pratiqué l’équitation dans son enfance. «Mon père était membre de la cavalerie et possédait un cheval de loisirs. Un jour, il s’est mis en tête de me faire prendre des cours. J’ai suivi quelques leçons vers l’âge de 14 ans, mais j’ai vite abandonné à cause de problèmes de dos.» Adolescent, il accompagne son père lors de ses tournées dans les fermes de la région. «Je l’assistais lors des césariennes qu’il pratiquait sur le bétail», se souvient Johann Schneider-Ammann. «Au bout d’un moment, il m’a même laissé réaliser les incisions. J’avais plus d’expérience que certains vétérinaires!» Son père, qui le voit déjà reprendre le flambeau, l’inscrit à des cours de latin le mercredi après-midi pour le préparer aux études de médecine.

Futur compétiteur

A l’automne 1972, il fait ainsi son entrée à l’université, aux côtés de Katharina, sa future épouse, rencontrée au gymnase quelques années plus tôt. Mais si la jeune femme rêve de devenir vétérinaire depuis toujours, l’adolescent est moins convaincu. «J’ai arrêté au bout de quelques semaines. J’aimais les animaux mais je connaissais trop les défis du métier. Et puis je ne me voyais pas travailler avec mon père. C’était quelqu’un de très autoritaire, de dur avec ses employés. Quand j’ai abandonné, il a essayé de convaincre mes deux frères cadets de se lancer. Mais l’un est devenu architecte et l’autre a choisi des études de droit. Mon père était à la fois déçu et fâché par ma décision. Il a fallu du temps pour qu’il l’accepte. Mais il a fini par me comprendre. Et puis il a été très fier que j’épouse une vétérinaire. Ils ont d’ailleurs travaillé ensemble quelque temps. C’est ce qui nous a rapprochés, lui et moi, par la suite.»


Offert au ministre en 2012, Voltero est un pur franches-montagnes, seule race indigène de Suisse. Photo: Kurt Reichenbach/Schweizer Illustrierte

Sur la route, le claquement des sabots de Voltero et de Haïcky se fait plus rythmé. Les deux chevaux filent sur le chemin du retour au petit trot. «Cela fait plaisir de le voir en pareille forme!» s’enthousiasme Johann Schneider-Ammann. Le ministre souhaiterait que son protégé prenne le départ de la mythique course de chars romains au prochain Marché-Concours de Saignelégier, où il se rendra en août prochain. Johnny et Sandrine Combremont semblent un rien perplexes mais promettent d’essayer. C’est que, avec 650 kilos sur la balance pour 158 centimètres au garrot, Voltero affiche un léger embonpoint. Le résultat d’une vie de joyeux pacha dans les riches pâturages du Jura. «Il faudrait qu’il perde un peu de ventre, mais c’est faisable s’il s’entraîne régulièrement avec notre groom», expliquent-ils. Allez, au boulot, Voltero!