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Jean Revillard / Rezo.ch
Mardi 25 avril 2017, quelques minutes après avoir été honoré par l’Etat français, Bertrand Piccard réalise un selfi e dans les jardins de l’Elysée avec le président français et toute l’équipe de Solar Impulse victorieuse du tour du monde.
Solar Impulse

Les honneurs de l'Elysée pour Bertrand Piccard et son team

02 mai 2017

Bertrand Piccard a été élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur par le président François Hollande dans un des salons d’honneur du palais de l’Elysée pour son engagement en faveur de l’environnem ent. L’illustré y était. Récit.

«Vous n’êtes pas simplement un explorateur, vous êtes aussi un inspirateur, vous n’avez pas seulement regardé la terre, vous l’avez changée. Vous êtes à la fois un savant et un aventurier.» Ces mots, ce sont ceux du président de la République française, François Hollande lui-même, prononcés dans un salon du palais de l’Elysée, à l’adresse d’un des Suisses les plus célèbres du monde, Bertrand Piccard, élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur par la nation française reconnaissante «de son engagement en faveur de l’environnement». Il succède à un certain Bill Gates, sacré il y a quelques jours à peine dans le même salon de l’Elysée. Un rôle rappelé par François Hollande, non sans humour: «S’il était possible, y compris la nuit, de faire voler un avion sans carburant, il était donc possible, même le jour, de faire signer un accord par les chefs d’Etat. Votre succès est non seulement personnel, mais aussi technologique et industriel.» Comme si le président sortant, en fin de mandat, voulait marquer son quinquennat par un hommage appuyé aux énergies renouvelables et un message très clair au «future is clean», pour reprendre le célèbre slogan créé et martelé par le Vaudois qui avait été l’un des invités d’honneur de la COP21 à Paris, en décembre 2015. Et qui ne manquera pas de souligner publiquement que le président Hollande laissera indéniablement «une trace dans l’histoire de la protection de l’environnement».


«Pour moi, il est beaucoup plus important d’être honoré pour le message que j’essaie de propager que pour l’action elle-même du tour du monde avec «Solar Impulse», dira notamment Bertrand Bertrand après avoir été honoré par le président François Hollande. Photo: Jean Revillard / Rezo

Ambiance de fin de règne


Fouler le gravier de la cour d’honneur de l’Elysée un mardi en fin de journée et se retrouver dans le saint des saints, quarante-huit heures à peine après le premier tour de la présidentielle française, il y a là un côté très insolite, voire un peu incongru. Car dans les couloirs de la célèbre demeure flotte une très perceptible odeur de fin de règne, entre nostalgie et tristesse du temps qui passe. Et pourtant, c’est la date choisie par le président François Hollande, trois semaines avant de quitter le pouvoir, pour remettre au petit-fils du professeur Tournesol une médaille de plus à son impressionnante collection d’honneurs. Mais il n’avait évidemment pas pu imaginer que cette cérémonie officielle interviendrait l’après-midi même de l’hommage solennel aux Invalides du jeune policier Xavier Jugelé, tombé sous les balles d’un fanatique islamique aux Champs-Elysées quelques jours plus tôt. «Nous avons tous les deux un point commun: nous avons réussi deux tours, ironisa Bertrand Piccard à l’adresse de François Hollande, qui esquissa un petit sourire amusé. Je l’ai fait une fois avec le soleil et l’autre avec le vent.» Avant de lancer un appel à la mobilisation: «Aujourd’hui, c’est le monde entier qu’il faut libérer de sa dépendance aux énergies fossiles, de son manque de respect pour la nature.»


Le président français plaisante avec Michèle Piccard, sous le regard de son aventurier de mari, à l’issue de la cérémonie protocolaire. Photo:  Jesn Revillard / Rezo

Pour accéder à la cérémonie, après avoir passé plusieurs contrôles de sécurité et avoir pu traverser notamment le célèbre salon Murat, où se tient traditionnellement le Conseil des ministres, tout à côté de la salle à manger, le parterre des invités réunis dans le jardin d’hiver – une petite centaine – avait été trié sur le volet, composé en majorité de membres de l’équipe de Solar Impulse, parmi lesquels le pilote André Borschberg, le compagnon du tour du monde, et son épouse, mais aussi de quelques amis, comme l’explorateur Jean-Louis Etienne, le photographe Yann Arthus-Bertrand, le directeur du Musée de l’air Gérard Feldzer, le journaliste Jean-Pierre Elkabbach ou le descendant direct du légendaire Pilâtre de Rozier, l’un des deux premiers hommes à avoir volé dans les airs en 1783. Mais aussi des Suisses, comme le promoteur immobilier Bernard Nicod, qui ne boude pas son plaisir d’être là, entre ces murs chargés d’histoire qui ont vu défiler tant de personnalités et de légendes, avec les ombres de Charles de Gaulle – qui détestait ces lieux – et de François Mitterrand – qui y passa quatorze années, un record presque imbattable désormais sous la Ve République.

Véritable complicité

A l’issue de la partie officielle, le président apparaît d’une incroyable décontraction quand il se faufile parmi les invités, ne renâclant ni aux selfies qu’on lui demande, ni aux bons mots. Il se prête même de bonne grâce à une photo officielle, dans les jardins de l’Elysée, dans une ambiance bon enfant. Il est curieux, échangeant avec les invités, prenant son temps, s’attardant parfois vers quelques visages connus. Moments chaleureux, notamment, avec la famille Piccard, Michèle, l’épouse de l’aventurier, et deux des filles présentes à la cérémonie. Entre Bertrand Piccard et le président français transparaît une véritable complicité. Les deux hommes, en fait, se connaissent bien, se sont vus souvent – le président socialiste a été notamment un des premiers à soutenir le projet de Solar Impulse et son message. Il a notamment suivi avec passion les exploits de l’avion solaire autour du monde.


Indissociable des réussites de Bertrand, Michèle, l’épouse aimante, toujours à ses côtés dans toutes ses aventures, fut aussi une des chevilles ouvrières des exploits de Solar Impulse.
Ils se connaissent depuis l’adolescence et demeurent toujours comme deux éternels amoureux. Photo: Jean Revillard / Rezo

En quittant le palais de l’Elysée et après avoir assisté à ce moment rare, on se dit qu’il y a bel et bien un mystère Bertrand Piccard. Honoré dans le monde entier, parlant presque d’égal à égal avec les grands de ce monde, et souvent raillé et incompris en son pays. A bientôt 60 ans – déjà –, le Vaudois sait que ses aventures les plus spectaculaires sont derrière lui, mais son nouveau défi est d’abord un combat pour tous: changer les mentalités et promouvoir les énergies propres. Il ralliera peut-être les Suisses parmi les tout derniers à sa cause, confirmant une fois de plus que nul n’est prophète en son pays. Mais avant, il aura tenté de convaincre la terre entière. Un vrai nouveau défi. Mais quand on s’appelle 
Piccard, rien n’est jamais impossible.

Texte Arnaud Bédat, 
au palais de l’élysée