Julie de Tribolet
Néville vit dans un deux-pièces subventionné au Grand-Lancy. Il finit souvent le mois en mangeant des pâtes.
Témoignages

Les jeunes romands face à la précarité

06 décembre 2017

Dix pour cent des jeunes Suisses vivent dans la pauvreté dès l’âge de 18 ans. Une statistique qui peut étonner. Pourtant, comme Néville, il suffit d’une rupture scolaire pour basculer très vite et très jeune dans la précarité. Son parcours de vie en témoigne.

Néville Louvrier, 21 ans, apprenti gestionnaire de commerce de détail, Genève

«Je suis reconnaissant à Caritas de m’avoir permis de m’en sortir grâce à cet apprentissage. Même si ce n’est pas tous les jours facile, une fois toutes mes factures payées, je vis depuis deux mois avec 300 francs par mois et je mange pas mal de pâtes (sourire). Mais pour des jeunes qui, comme moi, ont connu des difficultés, c’est une deuxième chance et je veux vraiment la saisir. Je suis actuellement en 2e année d’apprentissage dans une brocante du Centre social protestant à Meyrin et je voudrais bien faire la maturité professionnelle. La vente, ça me plaît, le métier est varié, on rencontre beaucoup de monde, j’aime le contact.»

Néville ne touche pas son salaire d’apprenti car il est au bénéfice d’un programme de Caritas en partenariat avec l’Hospice général de Genève. «On nous aide financièrement pour le loyer, la nourriture et les assurances pendant notre formation. J’ai le revenu d’une personne à l’aide sociale mais je travaille, je n’ai pas l’impression d’être différent des autres apprentis. Ces temps-ci, je l’avoue, c’est un peu plus difficile car ma demande de bourse d’études a été refusée. Elle avait été acceptée l’année précédente, nous allons essayer de la récupérer avec mon assistante sociale, donc je rame un peu mais je m’accroche. J’essaie d’être autonome, mais c’est sûr qu’il y a pas mal de choses que je ne peux pas me payer, au niveau des habits, des sorties avec les copains. Mais bon, je ne suis pas le plus malheureux non plus. J’ai toujours ma mère en cas de coup dur, elle a toujours été là pour mon frère et moi. Je l’admire et la remercie beaucoup, mon père nous a laissé tomber quand j’avais 5 ans.»

Le jeune homme habite un petit appartement subventionné au Grand-Lancy qu’il a meublé avec goût, même si tout vient de la brocante où il travaille. Il est conscient que cette formation de vendeur, malgré une situation financière toujours précaire, constitue la meilleure protection contre la pauvreté. Pour lui, ce n’était justement pas gagné d’avance. «A l’adolescence, j’ai traversé une période difficile, je n’ai pas terminé ma scolarité obligatoire, j’avais de mauvaises fréquentations. Je me suis fait renvoyer de mon école avant le diplôme. J’ai commencé un apprentissage d’électricien qui ne m’a pas plu. J’ai fait pas mal de petits jobs mais cela ne marchait pas. J’étais sur la mauvaise pente, ma mère ne savait plus très bien quoi faire avec moi. J’aurais vraiment pu mal tourner. Mon apprentissage m’a ouvert les yeux sur la vie, ce que je veux faire de la mienne, sur la valeur de l’argent! Des fois, j’ai l’impression que le fait d’avoir connu jeune la galère m’a fait devenir adulte trop vite!»

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