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© Blaise Kormann

Louis Derungs: «Fini les drames: 2016 sera mon année»

Publié lundi 14 mai 2018 à 14:18
modifié jeudi 17 mai 2018 à 10:56
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Publié lundi 14 mai 2018 à 14:18 
modifié jeudi 17 mai 2018 à 10:56
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A 22 ans, Louis Derungs, électrocuté puis amputé des deux bras en octobre 2013, a trouvé l’amour, un appartement, et publie un livre qui raconte son destin exceptionnel.
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Ils ont l’air tout amoureux. Des sourires pleins de dents, des étoiles dans les yeux, un petit rire complice, les fossettes de Marine, sa main sur le ventre de son chéri, des baisers échangés. Même pas pudiques, même pas gênés, juste fiers et heureux de leur amour qui commence. Ils ont l’air tout amoureux et ça sonne comme une victoire. C’est la vie qui reprend, le retour à la normalité: ils sont amoureux, comme on l’est à  22 ans.

Pourtant, il y a trois ans, en octobre 2013, Louis Derungs, jeune Morgien d’origine belge, alors étudiant à l’EPFL, est électrocuté par un arc électrique, le long des voies de chemin de fer. Personne ne saura jamais ce qui s’est passé, mais Louis, grièvement brûlé sur 45% de sa surface corporelle, est amputé des deux bras, juste sous les épaules.

C’est la troisième fois que L’illustré raconte Louis: son quotidien, les épreuves qu’il traverse et dont il triomphe. Parce que le jeune homme a transformé cette tragédie en moteur: aller de l’avant, se battre pour son indépendance, prouver que rien n’est impossible. Nous avions ouvert pour lui un compte, que Louis a aujourd’hui fermé, immensément touché par les dons reçus, mais voulant désormais tracer sa route seul. Louis l’insubmersible, que jamais rien ne coule, nous disait l’été dernier son entrée à l’Université de Lausanne, en droit, et la prothèse qu’il espérait se faire poser au bras droit à Bellikon (AG), dans un centre de la SUVA. Il suivait une formation pour devenir hypnothérapeute, méthode qu’il utilise au quotidien pour dormir et calmer douleurs et angoisses. Il allait recevoir une voiture, modifiée, pour conduire à nouveau, être mobile, indépendant, sa devise. 

Blaise Kormann
Louis, 22 ans, et Marine, 24 ans, sont très complices. Le handicap du jeune homme ne fait pas peur à son amoureuse

Mais la vie est un yoyo dont le fil s’emmêle parfois. A Bellikon, rien n’a fonctionné comme prévu. «J’avais beaucoup travaillé pour me refaire une masse musculaire et apprendre à contracter indépendamment le biceps et le triceps, des actions nécessaires pour la prothèse que l’on souhaitait me poser. Mais une fois arrivé à la clinique, le prothésiste n’a pas eu d’autre solution que de me proposer de brancher tout le système sur un seul muscle. Ce n’était pas terrible et, malheureusement, au bout d’une semaine avec la prothèse mes muscles se sont mis à se contracter spontanément et involontairement et à rester «crampés». J’ai dû prouver à l’AI que la prothèse ne me servirait donc pas. Tous ces efforts pour rien: c’était ultra-frustrant!»

Désillusions et patience

Le muscle, trop court, du moignon de Louis ne permettra pas l’installation d’une prothèse. Un coup dur. Aussi parce que le jeune homme, qui a passé trop de temps dans la clinique de la SUVA, a dû, de fait, repousser ses études. Devant tant d’adaptation et de factures imprévues à payer, Louis a renoncé à s’offrir sa voiture. «Cela m’a brisé le cœur mais je me suis dit que c’était plus raisonnable.» Du coup, c’est Jessica, 22 ans, son assistante de vie payée par l’AI, qui le véhicule un peu partout, du sport aux rendez-vous.

Louis a la bougeotte. Il enchaîne les séances de sport et les rendez-vous professionnels et quelques week-ends par-ci par-là. Il fait breveter ses inventions, et effectue la promotion du livre qu’il vient de publier aux Editions Favre. «Au début, à la SUVA, à Sion, je devais faire des exercices pour écrire. J’y ai pris goût. Le livre raconte ma vie mais c’est aussi une collection d’astuces que j’ai mises en pratique pendant mon rétablissement pour revenir à la vie mais aussi pour aller de l’avant, toujours plus loin, encore plus loin qu’après l’accident. J’y ai parlé de la méthode d’autohypnose que j’utilise et de la manière dont j’organise ma vie pour être plus efficace sur plusieurs plans en parallèle.»

En un an, Louis Derungs a dicté les quelque 300 pages de son livre via un logiciel de reconnaissance vocale. Il a ensuite corrigé tout le texte en utilisant son nez.

Le casse-tête de l’AI

Quand on n’a plus de bras, le nez se fait index. Tout son appartement est équipé en domotique dernier cri. Lumière, stores, ouverture de la porte d’entrée: les gestes du quotidien sont commandés et dirigés depuis une tablette tactile installée sur un mur… à hauteur de visage. Les tiroirs peuvent s’ouvrir d’une pression de la hanche, le briquet fonctionne à pédale, ne manque qu’un système permanent à inventer pour les placards de la cuisine: pour l’instant, Louis tire avec les dents sur des ficelles scotchées sur la tranche des portes.

Blaise Kormann
Louis, ancien étudiant à l’EPFL, a non seulement imaginé ses prothèses (qu’il peut mettre seul et dont il dépose le brevet), mais il a aussi pensé et fait construire des meubles avec des tiroirs sur mesure pour les entreposer.

«Mon immense chance, c’est d’avoir trouvé un propriétaire qui a accepté d’avancer des fonds pour créer un appartement adapté. J’ai un excellent contact avec l’AI, mais malgré toute leur bonne volonté tout prend un temps inouï: les examens de dossiers, les décisions, les recours, les remboursements. Ils sont eux aussi coincés par les règlements et les cases de leurs formulaires qui déterminent les besoins.» Et ces lois sont souvent obsolètes, pensées pour des personnes qui sont souvent confinées dans un lit ou une seule pièce.

Selon les tabelles, le degré d’impotence de Louis est évalué à moyen, le même niveau qu’une personne qui souffrirait de fortes anxiétés. «A l’heure actuelle, l’AI estime que j’ai droit à 84 heures d’assistance par mois. Soit trois heures par jour pour faire l’administratif, la lessive, m’aider à m’habiller, préparer les tupperwares qui constitueront mes repas et ranger l’appartement, entre autres. Dans la vraie vie pourtant, toutes ces choses prennent bien plus de temps!»

Marine, 24  ans, amoureuse

Pour se changer les idées, Louis, ancien mannequin à la coquetterie légendaire, a choisi de faire de son appartement une vitrine ultrachic et design, digne d’un magazine de décoration. Petit budget oblige, il traque les bons plans et a fait fabriquer des meubles, imaginés par lui, qui marient esthétique et pratique.

Blaise Kormann
Louis en cuisine, appareillé d’une prothèse de son invention. Avec l’aide d’ergothérapeutes, il a imaginé des coques en carbone qui se fixent sur ses moignons, on peut y visser des tiges pour accomplir les gestes de la vie quotidienne.

Fan de sport, il entretient ses muscles et sa silhouette svelte au fitness. C’est là qu’il a rencontré Marine, 24 ans, alors coach sportive. «J’étais au bar. Ça faisait un petit moment que je l’avais repéré, confesse timidement l’amoureuse. On a discuté.» Carré court et regard malicieux, la discrète brunette avoue son coup de cœur. «Ce que j’ai vu en premier? Qu’il était super-beau.» Un éclat de rire. Un regard échangé. «Il a une belle personnalité. Et puis il est très attentionné et très câlin, c’est super-agréable.» A-t-elle eu un peu peur, Marine, devant les difficultés à venir, les épreuves immanquables qu’il leur faudra surmonter? «Non, franchement. Mes proches non plus. Quand on parle avec Louis, on voit bien que ça va aller.» Un baiser, des fossettes, un battement de cils. Louis confirme: «Marine, c’est ma copine, pas mon infirmière. Même si mon handicap fait que nous vivons des choses différentes, qu’on ne vivrait sans doute pas autrement, on est un couple normal, avec, oui, une intimité un peu particulière.» La timide s’affirme: «On n’est pas si différents!»

Ils ont l’air tout amoureux, comme on devrait l’être à 22  ans, et ça sonne comme une victoire. «Louis apporte autre chose à la relation. Ses lèvres, sa douceur, son visage: ça vaut bien des caresses.»

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Prix spécial pour les abonnés de «L’illustré»: 22 fr. plus 3 fr. de participation aux frais de port et d’emballage (au lieu de 27 fr. en librairie).

10% du prix de cette souscription seront reversés à Make-A-Wish

Vous pouvez commander votre exemplaire:

Par courrier: Editions Favre SA, rue de Bourg 29, CH-1002 Lausanne

Par courriel: lausanne@editionsfavre.com

Par téléphone: 021 312 17 17

Les livres seront envoyés et facturés par les Editions Favre.

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